CAHIER DE DOLÉA.N'CES DES PRINCES ECCLÉSIASTIQUES
duisaient avaient pour conséquence le mépris de la religion, la démoralisation du peuple, et ce dangereux esprit d'insubordination qui se faisait jour de tous côtés.
On lit dans le cahier de doléances présenté à la Diète par les princes ecclésiastiques : « Contrairement à la sainte Ecriture et à la loi chrétienne, les autorités temporelles et les potentats osent, au gré de leur caprice, à l'insu et sans l'assentiment des évéques, et malgré toutes les conventions, confier les paroisses et les chaires à des moines échappés delcur couvent et à d'autres personnages suspects. » Ces nouveaux venus se rient des commandements et des lois de l'Église et enseignent au peuple à les mépriser; la plupart du temps, leurs prédications ne tendent qu'à exciter les laïques contre les clercs. Ils répandent des pamphlets odieux contre le Pape, l'Empereur et le roi; ils outragent tous ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Il est évident que de leurs prêches séditieux proviennent tant de discordes, de rebellions, de sang versé. Les partisans des nouveautés ont détruit un grand nombre d'églises et de monastères, et fait servir les pierres des autels, les débris des monuments funèbres, à la fortification des bastilles et des remparts. Ils ont supprimé les legs pieux, les messes anniversaires et autres saintes fondations, confisqué les revenus des couvents et vendu à l'encan les ostensoirs, les calices et les reliquaires; ils ont brisé et brûlé les images, les crucifix, et profané le Saint Sacrement. Dans les quelques villes où les églises et les couvents sont encore delx)ut, l'ancien culte est interdit; ceux qui y assistent sont punis; les magistrats permettent au peuple d'insulter les processions et de jeter aux prêtres de l'ordure et des" pierres. Les curés et pasteurs des âmes ne sont pas même en sécurité dans les rues lorsqu'ils portent aux mourants le très saint sacrement du Corps de Jésus-Christ.
« De hauts dignitaires temporels retiennent les monastères sous leur autorité et contraignent moines et religieuses à abandonner leurs biens. Ils les expulsent de leurs couvents, accaparent leurs dépouilles, et s'emparent des legs constitués par les dévotes gens du temps passé. Des couvents de femmes dont ils n'osent s'emparer, ils chassent les prêtres et les confesseurs, pour mettre en leur place des moines apostats; ils contraignent les pauvres sœurs à assister à leurs prêches, où ils ne cessent d'insuher notre sainte religion. Aussi les couvents désolés se changent-ils en déserts.
« Les pouvoirs temporels, do leur propre autorité, imposent au peuple des lois nouvelles concernant le culte et les charges ecclésiastiques; dans leurs territoires, ils forcent les prêtres à
PLAINTES CONTRE LES ÉVÈQUES. Io30.
observer les nouveaux règlements, sous peine de perdre leurs prébendes et d'encourir toutes sortes de châtiments. En quelques localités, ils empêchent les mourants de se confesser et de recevoir la sainteEucharistie, etdéfendent auxCatholiques d'enterrer leurs morts en terre bénite. Ils suppriment la juridiction desévèquesetneveulent reconnaître personne au-dessus d'eux; ils interdisent les visites de paroisses et de couvents, défendent aux prêtres de recevoir les mandements de leurs évoques, et portent les affaires purement ecclésiastiques, en particulier les causes matrimoniales, devant les tribunaux civils; ils contraignent les curés à donner les sacrements aux excommuniés, soumettent les hôpitaux et autres fondations ecclésiastiques à la seule autorité et administration laïque, s'emparent de tout le bien d'Église, et pendant qu'eux-mêmes créent des impôts, dispensent ceux des leurs qui ont des biens immobiliers dans les évèchés de payer les redevances ou autres taxes à qui de droit; ils les dispensent également de partager les charges civiles des bourgeois qui habitent la même ville qu'eux. Et cependant lorsque, dans leurs (propres états, les princes ou autorités catholiques publient des règlements, ils ne sont pas observés par les sujets protestants du pays.
« De tout ceci il résulte non seulement un grand tort et préjudice fait au clergé, mais encore un notable amoindrissement et mépris de la puissance et de l'autorité temporelles *. »
Les évêques fournirent des explications et justifications au sujet des plaintes et griefs portés à la connaissance des États aux Diètes de Nuremberg et de Worms -, et maintenant formulés de nouveau par l'Ordre temporel, ils enrcjetèrent avec raison, comme non fondés, une partie considérable, et promirent d'apporter remède à ceux, dont ils reconnaissaient l'existence.
Mais sous le rapport « de l'exacte observance de la discipline cclcsiastique, du zèle actif pour l'amélioration des mœurs du clergé et pour sa digne formation », ce que l'évêque Galiriel d'Eischsiitt
'* Besh-erunriPH der gaisllichen Fürsten wider die veltlklipn, auf dem Beiscfisiaç/e zu Auf/sbi/rg iiberf/ehen anno ."iO. liesirerung die r/alsllic/ie Jurisdiction, etc., Ijelaiif/eiid. Fraiirfurter Reir/islar/sarlen, t. XLIV. fol. 106-130. Tiré en partie des actes des Diètes de Wurzbourg et de Bamberg, dans May, t. II, p. 496- 500. —L'Empereur ayant exprimé le désir devoir les membres du clergé présenter, comme les laïques, leur cahier de doléances, les prolats rédigèrent aussi leurs griefs, en prolestant toutefois de leur intention « de ne blesser ni injurier personne, ni de comprendre dans leurs récriniinations ceux que lesdites récriminations ne regardaient ni ne concernaient en rien ».
^- La constitution de l'Empire du 19 nov. 1530, entrant dans tous les détails du gouvernement, et comme alors, chercliant à apporter un remède efficace à tous les abus du clergé, à tous les griefs qui désunissaient le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, ne fut jamais publiée ù cause do l'opposition qu'y apportèrent quelques princes et Electeurs. (Huchholtz, t. Ilf, p. 636-661.)