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POURQUOI LES PROTESTANTS NE POUVAIENT ÊTRE TOLÉRANTS

messes. Je tiens pour certain qu'on trouverait à peine dix personnes d'ici à Wittemberg que jenepuisse persuader, sijele voulais, de retourner aux pratiques auxquelles je me livrais moi-même du temps où j'étais papiste et moine ^. »

Seul, rÉlecteur Jeau-Frédéric, auquel Luther avait remis toute la direction de l'Église de Saxe et l'administration des biens du clergé, se montrait plein de zèle pour la nouvelle doctrine. Dans sa grande miséricorde, Dieu, disait Luther, lui avait prêté et préparé, à lui et aux autres prédicants, un abri assuré en la personne du prince de Saxe. « Mais quelque bien disposés, généreux et débonnaires que les princes puissent se montrer vis-à-vis de nous, tant d'exécrable haine, de mépris, d'aversions s'en prennent à nous parmi les nobles, les fonctionnaires, les bourgeois et les paysans, que, si cela était en leur pouvoir, je crois qu'ils nous auraient de grand cœur et dès longtemps chassés de cet asile. »

Ce n'était qu'en faisant cause commune, en se soutenant mutuelment, que les princes, les prédicants, les théologiens pouvaient espérer voir se maintenir la nouvelle religion imposée au peuple, et Luther allait répétant : « Si les princes et seigneurs ne nous viennent en aide, nous ne durerons pas longtemps ! Prions pour notre Électeur, afin qu'il conserve l'Eglise - ! »

Si l'Électeur tolérait la messe dans ses états, les prédicants, étant données les dispositions populaires, craignaient que bientôt la victoire ne revint à l'ancien culte. Silamesse estconcédée, disaient les théologiens de Saxe, 1 se trouvera dans les principautés environnantes beaucoup de gens disposés à recevoir les ordres ou bien à rétablir des prêtres, dût-il même leur en coûter beaucoup d'argent, pour le seul bonheur de voir reparaître le papisme et les innombrables messes privées. En Saxe même, il ne manquerait pas de clercs et de moines prêts à réclamer, en vertu de l'édit impérial, le droit de célébrer la messe jusqu'à l'ouverture du prochain concile. « On trouverait jusque dans les états de notre très gracieux seigneur des personnes qui, ayant fondé des messes, s'agiteraient sans relâche jusqu'à ce que les messes fussent rétablies. »

Donc, quand bien même, par une telle concession, la paix eût été possible, on ne pouvait songer à l'obtenir à un tel prix.

« Nous ne devons pas avoir égard au maintien de la paix temporelle, car Dieu nous punirait si nous aidions à faire revivre de si

' Sïimmtl. Werke, t. Yl, p. 280 ; t. XLIll, p. 63, 279, 316. — Voy. t. IX, p. 330 ; t. VI, p. 1Ü6.

- Laut^rbach, Tagebuch, p. 131, liS. — Walch, t. I, p. 2'iii.— Yo)'. la brochure : An meine Kiitikev, p. 117-124.

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farauds abus. Le Saint-Esprit condamne très sévèrement toutes ces idolâtries.

« Nous ne devons pas davantage nous fonder sur la beauté du rite quotidien de la messe et prétexter qu'elle porte les simples au recueillement, à la ferveur. Le culte do Béthel et de Béthaven était également édifiant et admirable, et pourtant les prophètes se sont élevés contre lui avec la dernière violence; sans aucun doute leurs contemporains leur reprochaient, comme on nous le reproche aujourd'hui, de troubler la paix. Il ne faut pas se laisser séduire par les pièges de Satan et consentir à l'abus intolérable et dangereux d'un acte qui outrage la majesté divine *. »

Luther, pendant la Diète, déclara donc que les princes ne toléreraient jamais dans leurs états, ni vœux nionasti(iues ni messes, (13 juillet). Pleins de respect envers l'adorable vérité de lEvangile, ils étaient convaincus que la messe et les vœux religieux étaient absolument opposés à la parole de Dieu. « On m'objectera peut-être que l'Empereur, de son côté, est persuadé de lorthodoxie de la doctrine catholique, mais à cela il me sera facile de répondre : nous savons que l'Empereur n'en est pas certain et qu'il ne peut en être certain, parce que nous savons (ju'il se trompe et qu'il résiste à l'Évangile. Nous ne sommes pas obligés de croire qu'il est certain, puisqu'il se passe de la parole de Dieu, tandis que nous en faisons l'unique règle de notre vie. L'Empereur est tenu d'obéir à l'Evangile et, comme nous,dele soutenir et protéger de tout son pouvoir. Un meurtrier ou un adultère ne saurait justifier ses actes en disant : J'ai raison; donc il te faut approuver ce que j'ai fait de mal, car je suis très assuré d avoir bien agi. II faut être en état de justifier ses actes en les appuyant sur la parole do Dieu '-. »

C'est par de tels arguments que les membres dEmpire protestants pensaient légitimer leur manière d'agir et justifier le renversement de l'antiquî religion. Ces raisonnements étaient censés prouver sans réplique que l'Empereur n'avait i)as le droit de soutenir et de défendre l'Eglise.

Tout aussi probants étaient les motifs que Luther mettait enavant pour démontrer (jue les mendjres catholiques de l'Empire qui s'opposaient à .sa doctrine dans leurs territoires étaient u possédés du démon ». Sa doctrine, alors comme autrefois, était, dans sa pensée, synonyme de parole de Dieu. Il écrivait à i)ropos de Georges de Saxe: (( (Juant à moi, je suis persuadé (jue n.a doclrineestlaparole de Dienet (ju'ellc é(iiiivaut à l'évangile; or c'est de cela (|ue le duc Georges

« Corj,. Hrfnrm., t. Il, p. .'](l4-31(). ^i^iuninii. Wnkc, l. LIV, p. 17'J-1.MÜ.

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