INTOLÉRANCE DE LUTHER
Christ la plus effroyable injure; la messe était un biasphrme exécrable, une abomination parmi toutes les abominations qui se peuvent imaginer. Abandonner à la conscience de chacun la liberté de communier sous une ou sous deux espèces était également inadmissible, car ce serait pour ainsi dire avouer que ceux-là ne pèchent point qui communient sous une seule espèce.
Dans tous ces articles, on ne devait pas céder de la largeur d'un cheveu, dût toute l'Allemagne périr.
« Quand bien même on nous convaincrait, » dit textuellement Luther, « des avantages et du profit que retireraient de notre adhésion tous les gens pieux, la nation allemande, le Saint-Empire romain et la foi chrétienne ; quand même, d'autre part, on mettrait en avant les intérêts de la paix, nous représentant les désastres, les calamités prêts à fondre sur nous, la guerre, les émeutes dont nous sommes menacés, alléguant qu'en un tel cataclysme la religion et la doctrine chrétiennes périraient infailliblement dans l'un et dans l'autre parti, et qu'un lamentable oubli de toute loi et discipline [en serait la suite inévitable ; si l'on ajoutait que les Turcs, les souverains et princes étrangers auraient alors trop aisément raison du peuple allemand divisé et affaibli, et que. pour l'amour de la paix, pour éviter de funestes dissensions, il faut de toute nécessité se garder de tout briser, de tout anéantir pour l'amour de quelques articles de foi, à tous ces raisonnements il n'y aurait qu'une seule chose à répondre : Ce qui est bien doit s'accomplir, quand même le monde entier devrait être broyé en mille morceaux ^ »
« J'affirme, » disait encore Luther, « que notredevoirest de repousser la paix jusqu'au plus profond des enfers, si nous la devons acheter au préjudice de l'évangile et de la foi. » Luther entend toujours par les mots foi et évangile ces deux doctrines fondamentales : la doctrine de la justification par la foi seule sans les bonnes œuvres, et la doctrine de la non-liberté de la volonté humaine.
Il persista toute sa vie dans cette manière de voir.
Sa doctrine, qui était l'évangile sans tache, pur de tout alliage, devait être préchée envers et contre tous, dût le monde entier s'effondrer. « Tout ceci est très effrayant, » disait-il, « mais il n'y a aucun remède ! On dit que si le Pape tombe, l'Allemagne tombera avec lui et se brisera en mille morceaux. Qu'y puis-je faire? Je ne saurais l'empêcher ! A qui la faute? Ils disent encore en leurs criailleries : Si l'on n'avait pas prêché l'Evangile, nous serions en paix à l'heure qu'il est ! Non, mes amis, les choses auraient étéde mal en pis,
» Walch, t. XLVI, 1853-1856.