DISCUSSIONS SUR LES MOYENS DE RÉPRESSION A EMPLOYER
brisements d'images, laissant à de très grands scandales la liberté de se produire. Ces villes ont aussi autorisé beaucoup de sectes, et soutlert ({u'ellcs se répandissent parmi le peuple *. »
« L'Empereur, » rapportait Bucer, « a nettement déclaré qu'il aimerait mieux mourir que tolérer la désobéissance des quatre " villes -. » « On la entendu s'écrier. » écrivaient les délégués de Nuremberg, « qu'il voyait bien qu'on voulait lui enseigner une foi nouvelle, mais qu'elle ne serait pas établie par la prédication, qu'il y faudrait le poing, et qu'alors on verrait bien qui serait le plus fort^. »
Une réfutation de la Confession Tétrapolitaine, rédigée par ordre de l'Empereur, fut lue publiquement à la Diète. Elle se terminait par une menace à l'adresse des villes récalcitrantes,, dans le cas où elles refuseraient d'abandonner leurs coupables erreurs, et de rentrer dans le devoir et rol)éissance. L'Empereur déclara que, pour les soumettre, il « n'bésiterait pas à faire tout ce que sa charge exigeait de lui ».
Ouire les quatre villes zwingliennes et les six villes appartenant à la Confession d'Augsbourg, Francfort, Ulm, Hall et Augsbourg refusèrent de signer le recez impérial.
La question qui s'imposait maintenant aux réflexions de l'Empereur, la question d'un suprême intérêt pour l'avenir de l'Allemagne, était celle-ci : Quels moyens de répression employer contre les réfractaircs ?
Dans le traité de Barcelone, Charles-Quint avait promis au Saint- Père de tout faire pour ramener les égarés par la douceur, mais, dans lecasoi'i il ne les pourrait persuader, de ne'plus hésiter à réprimer par la force l'hérésie, cause de tant de révoltes et d'actes oppressifs. Pendant l'entrevue de Bologne, et durant le voyage de l'Empereur à Augsl)ourg, il avait été sérieusement question de déclarer la guerre aux Protestants rebelles '*.
Après donc qu'à Augsbourg tous les essais de conciliation eurent
' Voy. Neue Sammlunç/ (h'v lleichuihsrhlede, t. II, p. 3ü9, § 8.
- Keiv, Scho:ïbisché [{'forinnlionsfjesc'nc/ite, p. 181.
^Strobel, Misri'llancen, l. III, p. 200 — Voy. b'oiisTEMWX. t. Il, p. 710.
* BuciiiiOLTZ, t. III, p. 4H-ii.'). Lettre du cardinal Campeggio, datée du li juin, 1530. Campaggio avait accompagné l'Empereur en Allemagne en qualité de légat ; voy. dans L.vemmrh, Mon. Vat., p. 38, et Campeggio, Mémorial und Sunnnario über die in Deulacfila/id zu befuh/ende Politik vom Mai /.ï.?0.— Voy.MAüKENBRK- CHER, Karl V und die deutschen Protestanten : Aulianj, p. 3-16.
SENTIMENTS DES MEMBRES CATHOLIQUES DE l'eMPIRE. 1530. 2-21
échoué, on délibéra dans le conseil de l'Empereur sur l'opportunité et les moyens de s'opposer aux Protestants par la force et de prévenir leurs attaques K Le légat Campoggio était pour la guerre ; l'Empereur penchait aussi vers ce parti, ne voyant pas de meilleur remède à appliquer au mal ; mais il manquait des ressources nécessaires -, et d'autre part il reculait devant les conséquences d'une guerre civile. L'Allemagne était dans une telle effervescence au point de vue social et politique qu'une révolution générale y pouvait très facilement éclater, même dans les pays demeurés catholiques, éventualité doublement redoutable, à cause de l'imminente invasion des Turcs ^.
L'Empereur n'avait que bien peu de secours à attendre de la plupart des pouvoirs catholiques.
Parmi les princes laïques, deux seulement étaient pour les me- • sures de rigueur : le margrave Joachim de Brandebourg et le duc Georges de Saxe. « Ces princes, » disait-on dans l'entourage de Charles Quint, « tiennent pour vaines toutes les disputes sur la foi; (l'Empereur lui-même, au commencement, avait partagé leur manière de voir). Ils n'attendent de tant de pourparlers que des dissentiments plus graves et plus amers. Ils sont pour la répression vigoureuse, conforme aux lois de l'Empire, et demandent que ceux qui refusent obéissance à l'Empereur, abolissent le culte de l'Eglise, s'emparent des biens du clergé et des établissements de charité, soient traités comme ils le méritent. Depuis trop longtemps déjà, disent-ils, les Protestants s'emparent impunément des églises et des couvents; nousavons tranquillement laissé faire, et les violateurs delà Paix Publique restent impunis. Des hérésies de toute espèce se propagent en liberté; le pauvre peuple est troublé dans sa foi et tombe dans les vices les plus effroyables au milieu de dissensions et d'erreurs innombrables. Si l'on continue à rester l'indifiérent té-
* « Articuli aliqui notati quomodo et qualiter Caesar Rebelles infide punire possit. » Voy Maurenbrecher, An/ianr/,p- 16-^i. — « Secuudo et priucipaliter : si volumus expectare, qnod ipsi nos aggrediantur, vel nos ipsos, et quodcunque fiât, opus est quod Caesar silbene instractus cum omnibus oportuuis et necessariis ad uuam et ad alteram expeditionem. Quare imprimis sciendum est quid unusquisque ex islis principibus possit aut velit in alterutra {"•^rum expeditionum f^cere, et hoc clare dicat et faciat. Idem est facieudum cum civitatibus bonis et catholicis. » « Cogitet Caesar et Rex de personis suis, quod est principale et totum in toto. In fine et ante omnia Caesar studeat polius prevenire quam preveniri. »
^ Dépèche de l'Empereur du 4 septembre 1530 à Micer Mai, son ambassadeur à Rome. — Voy. Sa.ndoval, Historia de la vida >j liechos del emperador Carlos V
(Valladolid, 1(300), p. 103.
^ Réponse de l'Empereur à Campeggio. Voir la relation du légat, dans Laemmi n,
Mon. Vat, Ll. — Voyez encore l'opinion de Campeggio à cet rgard, dans Lanz ,
Staatspapiere, p. 48-49.
'2±2 SENTIMENTS DKS MEMBllES CATHOLUJUES DE l'eMPIUE. 1530.
moiii de tant de scandales, la ruine du Saint-Empire est imraineute, il ira s'afïaiblissant toujours davantage pour être enfin totalement détrait, selon Tinévitahle sort réservé à tout royaume divisé contre lui-même. »
(( Mais au conseil des princes, la majorité combattit vivement cet avis; les ducs de Bavière surtout s'y montrèrent très opposés. Bien qu'ils n'eussent point l'intention d'apostasier, ils étaient en secret jaloux de l'Empereur et de son frère et ne voulaient pas de Ferdinand pour roi romain. On connaissait fort bien leurs secrètes menées, et l'on n'ignorait point ({ue le duc Guillaume aspirait à la couronne romaine *. »
Les intrigues des ducs de Bavière avaient été si loin qu'en juillet 15:29, Albert de Mayence avait conclu avec le duc Guillaume un traité par lequel, en échange de certaines promesses, il s'était engagé à le servir dans l'affaire de l'élection d'un roi romain-. L'Electeur Palatin avait donné les mêmes assurances ; un manifeste en faveur du duc Guillaume avait même été préparé d'avance'^. AAugsbourg, des pourparlers avaient eu lieu entre les ducs de Bavière et l'Electeur de Saxe sur les moyens à employer pour entraver l'élection de Ferdinand ^.
Parmi les princes spirituels, les archevêques Albert de Mayence, Christophe d'Augsbourg, .Christophe de Stadion, Hermann de Cologne, inclinaient bienplutùtdu côté protestant que ducôtécalholique. Hermann passa franchement dans la suite dans le camp luthérien. « L'archevêque de Mayence est catholique un jour, le lendemain protestant; on ne sait jamais au juste de quel côté il tombera '; il penche fort du côté des honneurs mondains et du faste ; il est naturellement timide, et il a plus de dettes qu'aucun autre prince. L'archevêque de Cologne se laisse aisément influencer; quant à la foi, il en est fort ignorant, et surtout il est extrêmement poltron. L'archevêque d'Augsbourg est honnête homme, mais peu solide dans sa foi '^. » Une relation protestante s'exprime comme il suit
1 Aufzeicltnunf/en, voy. p. !•), note l.
- Voyez ce traité dans Stumpf, ürl{i(nih'nliucli,\). .">-12. —Albert toucha douze mille florins par avance, s'engageaut à les rendre au cas tle la non-réussite de l'élection. Cependant en 153» l'argent n'avait pas encore été entièrement renitooursé, Voy. Stu-mpf, p. îj'l, note 2.
» Stlmpf, p. ol, — Voy VVillk, p. 47 et suiv.
< Voy. ces lettres dans Küiistemann, t. Il, p. 7Ü8-820.
^ En {ii'À'l Albert agréa la dédicace que Melanclilhon lui fit de son commentaire sur l'Epllre au.x Uomains, et lui envova en récompense un gobelet rempli d'or ; un autre jour il fil un présent de vingt llorins à Caiherine de llofa. femme de Luther ; Luther les refusa. Seidema.vn, l.ul/icrs' (•rund/jcsilz, p. 477. — Kustlin, M. Luther, p. 417-418.
^ Au/zeic/ytuniji;n. Voy. plus haul|). l'J, note 1. L'Empereur disait de l'Arche-
SENTIMENTS DES MEMBRES CATHOLIQUES DE l'eMPIRE. 1530. 223
au sujet de ces trois prélats : c Ilssout à moitié évangéliques, eine seraient pas fâchés de devenir princes temporels. Si tous les évéques leur ressemblaient, on viendrait facilement à bout de Tépiscopat *. »
« Ce qu'on ne saurait trop regretter, » écrivait un fidèle sujet de l'Empereur, « c'est que Sa Majesté Impériale, qui a les meilleures intentions du monde et ne songe qu'à défendre la sainte foi et les mœurs chrétiennes, puisse si peu compter sur les premiers pasteurs du peuple. Qu'il y a peu d âmes généreuses! Que l'épiscopat ait ses apôtres, je ne voudrais pas le mettre en doute; mais aujugement de Dieu, on se demande si l'on en comptera douze, et s'il n'y aura parmi eux qu'un seul traître •. »
Les princes laïques, en élevant les grands seigneurs aux premières charges ecclésiastiques, avaient donné à l'Église le baiser de Judas. Briguant pour les cadets de leurs familles les sièges épiscopaux et les plus'grands honneurs de l'Église, jamais ils ne s'étaient demandé, disait Georges de Saxe, « si leurs fils entraient dans la bergerie par la porte ou par le toitô). Il en était résulté que les évêques se comportaient tout comme si leurs diocèses leur eussent appartenu par droit d'héritage^. La plupart étaient bien moins des évéques que des princes temporels décorés d'un vain titre ; ils rivalisaient avec les princes la'ïques en luxe, eu amour du bien-être, et n'étaient occupés que de chasse et de jeu. Beaucoup subissaient entièrement l'influence de leurs conseillers laïques, lesquels entretenaient des relations suivies avec les chefs du parti luthérien et « acceptaient d'eux force pots -de-vin ». D'autres donnaient ouvertement dans les idées nouvelles, et faisaient, sans vergogne, leur cour aux hommes influents, dans l'espoir de se voir un jour affranchis de toute dépendance de Rome et dispensés d'obéir au Saint-Siège '\ Ce que le légat Aléandre écrivait en 1321, lors de la Diète de Worms,
vêqae de Cologne qu'il était plutôt payen que catholique ou luthérien. Yoy. la dépèche de Campeggio, 26 nov. 1ö30. — Ehses, Landgraf Philipp, p. 18, note 1.
1 Lettre du 20 juillet 1330, dans îîassemcamp, t. i, p. 270, note I. —Juste Jonas écrivait d'Augsbourg à Luther à la fin de juin : « Dicitur episcopus Augustanus ia privatis colloquiis hujusmodi edidisse vocem : illa quae recitata sunt (la Confession d'Ausgbourg) vera sunt, sunt puraveritas; non possumus inficiari.» Corp. Reform., t. II, p. loi; voy. p. 241-242, et la lettre de Luther du 3 nov. 1530, DE Wette, t. VI, p. 190.
-Aufzeichnungen, voy. plus h Aut, p. 19, note 1.
^ Yoy. plus haut, p. 49.
■* Voici comment Tiepolo, l'an ^assadeur de Venise, jugeait, en 1332, l'épiscopat allemand : « E'un special desiderio in tutti li vescovi di Germania che vorriano »elle diocesi loro ognuno avère, si nel conferir di tutti li benefizj, corne nelle gindi/j, una potesta assoluta che non fosse in alcuu modo soggetta all'autorita pontificia, ni dipendesse da queila, anzi essi soli fosser come pontefici in tutti li luoghi soggeti alla loro chiesa, dicendo che l'autorilà ligandi et solvendi data da
22i se.\timi;m.s dks mk.mbres CATHOLioLES i)K i/emi>iri:. 15;)0.
resta trop longtemps véritable : « Les évèques tremblent et se laissent circonvenir comme des lapins. » Les appréciations de ce même Aléandre, et d'autres nonces très au fait de l'état religieux de TAllemagnc à cette époque, sont d'une justesse frappante : a. La conduite peu sacerdotale des évêques et du bas clergé, » disent-ils, « voilà la cause principale de la haine du peuple pour les pivtres * ; malgré lescruelles épreuves de l'Eglise, ils ne changent rien à leurs mœurs ; aussi les évêques ne peuvent-ils compter sur l'attachement de leurs sujets, et ce fait sullit pour explirjuer aux esprits quelque peu pénétrants leur attitude timide clleur lâcheté habituelle. De plus, ils sont divisés entre eux, alors qu'il serait si nécessaire de se soutenir les uns les autres contre les accusations, de rester unis et forts, et de s'appuyer sur l'Empereur "^. »
A Augsbourg, la division des membrescatholiques de l'Empire, l'effroi qui les dominait, se montrèrent au grand jour et servirent, naturellement, à rendre les Protestants plus hardis. Le jour où l'Empereur, par l'organe de l'Electeur Joachim de Brandebourg,réclama avec fermeté l'adoption du recez.ftquehjuesprinces et évoques montrèrent une si grande épouvante qu'on eût dit qu'il se fût agi d'approuver quelque grande ini(juité; ils se hâtèrent de faire offrir leurs excuses à leurs collègues luthériens^. Joachim, parlant au nom de 1 Empereur, avaitallirméqueladoetrinecontenuedans laConfession d'Augsbourg avait été réfutée par l'autorité de la sainte Ecriture; que les précédents conciles chrétiens l'avaient dès longtemps déclarée hereticjue et antichrétienne; que l'Empereur ne pouvait s'empêcher de trouver étrange qu'on parût suspecter l'intégrité de sa foi, et qu'on lui fît entendre ([ue lui et les autres Electeurs, princes et membres de l'Empire, étaient dans l'erreur. Les vénérés ancêtres de Sa Majesté, les empereurs et rois, aussi bien que les nobles ancêtres de l'Electeur de Saxe et autres princes, devaient-ils donc être regardés comme hérétiques? Sa Majesté n'admettait aucunement que la Confession d'Augsbourg fût basée sur l'Evangile. Cependant, c:)mme l'Empereur souhaitait extrêmement 'voir la paix rétablie dans l'Empire et en tous lieux, il avait, par une bonté toute
Christo a l'ietro fu accordula alli altri aposloli aiicoraet cosi non piii alla romana che ad alcuii' altra chiesa. Oueslo saiia il desiderio di tuUi. « Outre cela, plusieurs, dans leurs diocèses, vivent ea seigiiours leinporels et sonpfent à se marier, selon l'exemple que leur en a doiiia; leGraiid-Mailre de l'russe.— Voyrz celte relation dans Aliièhi, série 1, vol. 1, p. lii.
' Nous aurons souvent occasion, dans le courant de ce vohime.de citer de nombreux lémoif^nages analogues rendus par les légats sur les évoques de celte époque.
* Aiil'z('i(hiiitn<ifn, voy, p. 19, noie 1.
* Ai//':cic/i/iini;/cii, voy. plus haut. [). l'.i, note I.
SENTIMENTS DES MEMBR'ÎS CATHOLIQUES DE L\ DIÈTE. Io30. 22:i
gratuite fait disposer le recez de raanièreà ce que lesProtestantspusseiit l'accepter; il les supplia de le signer, et de bien réfléchir que, s'ils ne s'y décidaient, ils attireraient sur l'Empire des calamités, des troubles funestes, dont ils auraient à porter toute la responsabilité devant Dieu. On ne voyait, dans aucun texte de l'ancien ou du nouveau testament, qu'il fût légitime de s'emparer par la violence du bien d'autrui pour prétendre ensuite que la conscience défendait de le restituer. Si le recez n'était adopté, l'Empereur était résolu à faire respecter sa volonté.
En outre, avait ajouté Joachim, les membres catholiques do l'Empire se faisaient un devoir de déclarer que si l'Electeur de Saxe et ceux de son parti refusaient de signer, eux s'étaient engagés visà-vis de l'Empereur, en princes obéissants, à exposer leur vie, leurs biens et tout ce qui leur appirtenait pour la restauration de l'ordre, et que l'Empereur, de son côté, leur avait donné les plus consolantes assurances, leur promettant de sacrifier tout ce qu'il possédait, son royaume et ses terres, pour la cause de la religion outragée, jurant de ne quitter l'Empire que lorsque la rébellion aurait été domptée ^.
Sur le refus répété des Protestants de signer, Joachim avait insisté avec plus de hauteur encore, disant que l'Empereur, si les Protestants persistaient dans leur détermination, prendrait conseil du Pape et des autres souverains chrétiens et aviserait avec eux aux moyens de maintenir la vraie foi chrétienne et d'extirper la nouvelle hérésie, décidé qu'il était à rendre à la nation allemande la paix et la concorde. L'Empereur exigeait aussi que les Abbés, les moines et religieux, chassés de leurs abbayes et couvents, fussent réintégrés dans leurs biens, car de nombreux suppliants demandaient chaque jour justice. L'Électeur avait ensuite reproché aux pouvoirs protestants de tolérer dans leurs cités certains prédicants séditieux, qui réveillaient chez les paysans des pensées de révolte etd'autres brouillons, non moins inexcusables, qui injuriaient publiquement jes Electou:-s et princes, au grand détriment de l'honneur de ces derniers -.
Immédiatement après la séance, l'arthevôque de Mayence se hâta de faire dire aux conseillers de Saxe et de Hesse encore présents à Augsbourg,que ce qu'avait avancé son frère Joachim n'était pas exact, et que jamais les Catholiques n'avaient pris d'engagement quant à la répres:sion des Protestants. Les conseillers de l'arche-
• Walch, t. XVI, 1865-1867.
ä Walch, t. XVI, 187-2-1873.
i-l'> SKNTIMENTS DES MEMBRES CAÏlIOIJOUKS UE LA DIKTE. 1330.
vôque de Trêves et du duc de Clèves apporlèient les mêmes assurances, les mêmes excuses. Louis de Bavière déclara à son tour que Joachim de Brandebourg avait parlé « sans y être autorisé ». Le duc Henri de Brunswick, en secret d'intelligence avec Philippe de Hesse pour le rétablissement d'Ulrich (fût-ce même par la force et la violation de la Paix-Publi(]ue), dit ouvertement aux. conseillers de Saxe que, pour sa part, il trouvait le rcccz trop sévère, et qu'il irait un de ces jours visiter lEIccteuret l'aidcrà abattre un sanglier. Les conseillers de l'Electeur Palatin firent savoir à ceux de Saxe qu'ils s'étaient plaints du discours de Joachim à l'Empereur, et que celui-ci leur avait répondu : « Oui, il a eu tort, il a outrepassé son mandat K ;)
Et cela était vrai.
Aucune ligue entre l'Empcreuretles membres catholiques de l'assemblée n'avait été formée pour la répression des Protestants.
On ne s'était entretenu au conseil d'état que de l'organisation d'une ligue défensive au cas où les Protestants viendraient à attaquer ouvertement les Catholicjues -.
A la ([ueslion(|ui avait été posée par l'Empereur avant la proposition du recez à l'Assemblée « sur ce qu'il y aurait à faire si lo parti opposé, c'est-à-dire la Saxe et les autres pouvoirs prolestants, ne parvenait pas à s'entendre avec Sa xMajesté ou formait de nouveaux complots contre lui », les membres catholiques avaient répondu qu'à leur avis l'Empereur devrait alors faire publier un édit de religion sur les bases de l'édit de Worms et du recez postérieur correspondant à cet édit, avec ordre exprès pour tous d'avoir à s'y conformer.
Mais ils avaient ajouté qu'en réiléchissantà la gravité de la situation, il leur paraissait auparavant bien nécessaire de tenter par de sages conseils d'amener les Prolestants, ou du moins un certain nombre d'entre eux, à un accommodement. Que si néanmoins la Saxe et ses adhérents refusaient tout rapprochement, il serait opportun (pie l'Empereur, en sa qualité de protecteur et de tuteur de l'Eglise chrétienne, enjoignit aux rebelles de renoncer à leur entreprise, sous peine d'avoir à comparaître à un moment déterminé devant le tribunal compétent, pour entcndi-e prononcer contre eux la sentence du ban. Si la Saxe et ses alliés persistaient envers et contre tous dans leur résistance, Sa .Majesté devrait alors laisser à la justice son libre cours; et si, avant I exécution de l'arrêt, la Saxe
' Voy. ces lettres dans Föustkmann, t. M, p. ii|l-020, fdi, (iV"). — Voy. Sali«,
t, I, |)."3i:j-;jii.
- Voy. FiinsTiiMANN, t. II. p. 7.17 710.
RECEZ d'aüGSBOURG, 1530. 227
Oll ses alliés osaient prendre les armes contre Sa Majesté Impériale ou quelques gouvernants catholiques ou tentaient de leur nuire de quelque manière que ce iïït, il serait temps alors de prendre des mesures énergiques pour repousser ces desseins criminels *.
Cette réponse des membres catholiques concorde parfaitement avec ce que l'Empereur avait dit aux conseillers de Saxe : «. J'ai fait alliance avec les membres d'Empire attachés à l'ancienne religion, pour le cas où les nouveaux croyants tenteraient quelque agression à main armée ; mais cette alliance est purement défensive'. ))
Ce sont les termes mômes durecez du 19 novembre où l'Empereur déclare s'être cordialement entendu avec tous ceux quiyontapposé leur signature, et leur avoir donné l'assurance loyale « que nulle autoritélaïque ou ecclésiastique ne pourrait faire impunément violence à une autre autorité; la contraindre ou envahir ses états pour motif de religion ; l'opprimer dans sa juridiction, ses revenus, taxes, impôts et biens; soutenir, protéger ou suborner ses sujets ou alliés pour des motifs de foi ou sous tout autre prétexte, sous peine d'encourir les châtiments portés dans les articles de la Paix-Publique conclue à Worms ^ contre les perturbateurs de l'ordre ».
Il est évident que, pour eux et entre eux, les catholiques unis à l'Empereur pour le maintien de l'ancienne religion n'avaient aucun besoin de se faire la mutuelle promessede ne point se combattre et de ne se porter les uns envers les autres à aucun acte de violence. Cette mesure concernait uniquement les pouvoirs protestants, contre lesquels on se promettait de se liguer en cas de légitime défense.
Atin que dans « la pratique et exécution » rien ne fût laissé dans le vague, l'Empereur et les membres catholiques firent de nouveau serment que, pour la cause de la religion, ils se soutiendraient et défendraient loyalement les uns les autres. De plus, il fut stipulé que, si l'un d'eux formait le dessein d'envahir les états d'un autre pouvoir à main armée et par violence, la Chambre Impériale ordonnerait à l'agresseur, sous peine du ban, d'avoir à se désister de son entreprise et de faire accommoder son différend par le tribunal compétent ; dans le cas de non-obéissance, le réfractaire serait mis au ban et la sentence exécutée par les pouvoirs voisins. En résumé, pour le maintien de la paix et de la concorde et pour éviter toute guerre, il était expressément interdit à tout membre
1 BocHHOLTZ, t. III, p. 491-492.
* FÖRSTEMANN, t. II, p. 780, 785, 812.
* Neue Sammlung der RcicJisabschiede. t. Il, p. 316, | 65.
2^8 RECEZ d'aLT. SlJOURr.. Io30.
du Saint-Empire de faire tort à un autre membre ou de l'attaquer dans ses étals *.
La requête des chargés de pouvoirs des princes protestants, réclamant pour leurs maîtres et tous les partisans de la nouvelle religion le droit de se regarder comme exempts, jusqu'au prochain Concile, de tout procès, de tout démêlé avec le fiscal ou avec la Chambre Impériale au sujet de la religion, fut repoussée par l'Empereur. Il déclara qu'il lui était impossible d'entraver le libre cours de la justice et de lui lier les niAins. Protéger le droit, lui laisser toute liberté d'action, c'était sa mission la plus haute, sa plus belle prérogative-.
Par rapport à la foi, voici le résumé du recez. Les articles proposés à l'acceptation des Protestants y étaient daborJ rappelés comme il suit : « L'Empereur, jusqu'au mois d'avril suivant, accorde aux Luthériens le temps de réfléchir aux moyens de se rapprocher de lui et des membres catholiques. Jusque-là ils devront s'engager à ne tolérer aucune innovation dans la religion, et garder la paix et la concorde avec les Catholiques comme ceux-ci les garderont avec eux; ils ne contraindront personne à entrer dans leurs sectes, garantiront à leurs sujets catholiques le libre exercicrde leur culte; rétabliront dans leurs biens les religieux et religieu-es expulsés; entin leur laisseront toute liberté au sujet delà messe, de la confession, de l'administration et de la réception de l'Eucharistie. M
« Tous ces articles, aussi bien que les ordres de l'Empereur touchant la répression des Zwingliens et des Anabaptistes, les princes et villes protestantes les avaient repoussés.
« Aussi, l'Empereur s'était-il uni aux membres obéissants de l'assemblée, dans la ferme résolution de demeurer fidèle à l'antique et véritable foi chrétienne et de la défendre contre tous ses ennemis. Les nombreuses sectes qui se sont élevées (le recez les énumère avec détail,) n'ont produit jusqu'ici dans l'Empire que les plus Iristes résultats, tels que le mépris de l'Eglise et de l'autorité, les divisions entre les simples fidèles, lu ruine de toute vraie piété, l'oubli de l'honneur, des bonnes mœurs, de la craiute de Dieu et de tout sincère ani).ir d'i p.-ochain. »
(Le recez, en s'exprimant ainsi, ne faisait que répéter ce qu'avaient dit, publicpiemonl ou en secret, sur les tristes conséquciifîes de la scission roligimise, Irs préilicanls do la nouvelle tloctrine.)
' \cne Saminlinig di'i' liiùclisahschl.'ilc, t. H, p. 31l3-317, § 60, 72.
- Voy. les délibérations à ce sujel Juiis FöiisriiMA.N.N, t. Il, p 78iet suiv.
RECEZ d'aUGSBOURG. 1530. 2£'J
Le recez ajoutait: «L'antique religiou, l'ancien culte serontraiaintenusen dépit do toutesles innovations. Pour éviter que d'autreshérésies ne viennent à se produire, l'autorisation de prêcher ne sera accordée qu'à des prédicateurs dont la doctrine, les mœurs, la capacité ayan téléexaminées par les évêques auront été trouvées sans reproche; les prêtres mariés seront immédiatement dépouillés de leurs charges et bénéfices et déclarés indignes du sacerdoce; cependant s'ils renvoyaient leurs femmes et obtenaient du Pape l'absolution de leur péché, ils pourraient rentrcrdans leurs droits. Les prédicateurs, dans leurs sermons, éviteront avec soin tout ce qui pourrait donner prétexte à la révolte du peuple contre l'autorité, ou à l'animosité des chrétiens les uns contre les autres. Surtout ils s'abstiendront des discours séditieux que plusieurs d'entre eux n'ont pas rougi de tenir, affirmant que les Catholiques voulaient opprimer l'Evangile et la sainte parole de Dieu. Un tel dessein est bien éloigné de la pensée de l'Empereur et des membres catholiques du Saint-Empire. Bien au contraire, nous avons toujours eu la volonté et le soin de faire prêcher dignement la sainte parole de Dieu, pour l'accroissement de la charité chrétienne, de la crainte de Dieu, de la piété, des bonnes œuvres, et nous avons sévèrement défendu à nos prédicateurs de suivre l'exemple des nouveaux docteurs qui flattent les convoitises, l'envie, l'orgueil de leurs auditeurs, ou séduisent par de fausses doctrines les laïques ignorants. Nous sommes encore dans les mêmes intentions, désirant que les prédicateurs de l'Evangile prêchent et enseignent la sainte Ecriture d'après l'interprétation des docteurs approuvés et adoptés par l'Eglise uni verselle,et s'abstiennent de toucher aux points controversés, ce qui n'est propre qu'à fomenter les querelles, calomnies, blasphèmes et diffamations. Sur toutes les questions débattues, les prédicateurs attendront les décisions du Concile. Ils devront se garder de détourner les simples fidèles de l'assistance à la messe, de la prière et autres bonnes œuvres^ comme cela s'est malheureusement vu en beaucoup d'endroits. Au contraire, ils appuieront surla grande dévotion avec laquelle il faut ouïr la messe et les saints offices ; ils y porteront leurs auditeurs, leur recommandant d'offrir à Dieu de ferventes prières, d'avoir dévotement recours à la Vierge Marie et aux chers saints, d'observer les joui's de jeûne établis, d'éviter les mets défendus, selon la tradition de l'Eglise, de ne jamais détourner les religieuses et les personnes consacrées à Dieu de la fidélité à leurs vœux^ mais au contraire de leur enseigner la manière de les observer parfaitement, et de pratiquer les œuvres de miséricorde.
« Et comme la propagation de livres nuisibles et défendus a été
cause d'une foule de calamités, les imprimeurs et libraires seront soumis désormais à une exacte surveillance, afin que rien de nouveau, mais surtout nul écrit injurieux pour l'Église, nulle image ou pamphlet outrageant, ne soit à l'avenir imprimé, colporté, sans l'autorisation préalable des personnes désignées dans ce but par l'autorité ecclésiastique ou civile.
« Les évèchés ravagés à main armée, les couvents, les églises seront rétablis dans leur ancien état; lesévêques et prêtres, les moines, les religieuses injustement dépossédés et chassés de leurs propriétés et domaines par la violence, seront réintégrés dans leurs biens ; quant à ceux qui jusqu'ici ont été laissés en paix, défense expresse à tous, sous peine du ban, de les empêcher à l'avenir de pratiquer leur culte ; leurs biens devront être respectés, le droit impérial comme le droit ecclésiastique et le droit divin défendant expressément que personne ne s'empare de ce qui appartient à un autre arbitrairement et contre toute justice; à plus forte raison, lorsqu'il s'agit des biens légués à l'Église et à Dieu, car il est encore plus répréhensible de supprimer ou de dérober ce qui a été donné pour les pauvres et pour la gloire de Dieu.
« L'Empereur prend sous sa protection spéciale et sous celle de l'Empire, tous les bourgeois et habitants établis dans les états protestants restés fidèles à l'ancienne et véritable religion et étrangers aux doctrines séditieuses et séductrices; ordonnant qu'ils aient toute liberté d'émigrer, s'ils le jugent convenable, sans avoir à payer à l'état une taxe ou amende quelconque.
« La convocation du Concile est de la plus urgente nécessité. Un concile seul peut remédier aux abus qui se sont introduits dans la sainte Eglise et rétablir partout l'ordre et la paix. A la prière de tous les membres du Saint-Empire, tant catholiques que protestants, l'Empereur, résolu à la réforme et meilleure organisation du gouvernement ecclésiastique, se propose de supplier le Pape d'annoncer et de prescrire ce Concile dans l'espace de six mois à partir de la clôture de la Diète, et de l'ouvrirau plus tard un an après cette prescription. L'Empereur et les membres du Saint-Empire ont le consolant espoir que les souverains et princes chrétiens accueilleront avec joie le Concile et y paraîtront en personne, afin que l'ordre et la paix, par l'heureuse conclusion des affaires ecclésiastiques et temporelles, puissent refieurir dans la Chrétienté. »
Le Pape, à Bologne, avait accordé le Concile à l'Empereur à la condition qu'avant l'ouverture de l'assemblée les novateurs religieux seraient rentrés dans ]c giron de l'I^gHse. Charles s'était llatté d'obtenir ce résultat par le Diète d'Augsbourg.
Son attente avait été trompée, mais il n'en était pas moins persuadé de l'urgente nécessité du concile, et travaillait sans relâche à l'obtenir du Pape. Sans cesse il s'efforçait de convaincre le Saint-Père des « avantages infinis » qu'aurait le concile pour le retour des hérétiques à l'unité, la réforme des abus, l'honneur du Siège Apostolique, l'aff^ermissement de la foi catholique, enfin l'union des puissances chrétiennes pour le refoulement des Turcs. « Je manquerais à ce que je dois à Dieu et à Votre Sainteté, » écrivait-il à Clément YII, (I si je n'exprimais nettement et franchement mon sentiment à cet égard ^. »
Le Pape hésitait encore; il représentait à l'Empereur toute la difficulté de convoquer un concile et d'en poursuivre les séances; à son avis il était périlleux, de discuter une fois de plus avecles Protestants des erreurs si souvent condamnées. « Evidemment,» disaitil, « le futur concile sera repoussé par ceux qui, tant de fois, ont refusé d'accepter l'autorité des anciennes assemblées. La vieille dispute sur la véritable situation où le concile doit se maintenir vis-à-vis du Pape, renaîtra. Un schisme peut en sortir 2. »
Clément YII redoutait aussi des complications politiques. Il s'étonnait, disait-il à Loysa, confesseur de l'Empereur, que Charles ne parût point se douter de l'avantage que le roi di France allait tirer du Concile, car il ne manquerait pas d'en profiter pour exciter à la révolte les sujets de l'Empereur; n'était-ce pas à ses intrigues qu'il fallait attribuer le peu de succès des négociations d'Augsbourg ? Il était clair que le retour des novateurs à la vraie foi accroîtrait la puissance impériale, dont le roi était si jaloux, au lieu qu'il se flattait de voir l'Empire déchiré par la guerre civile si les Protestants persistaient dans leur obstination 3. Malgré tant d'hésita-
* Pour plus de détails, voy. Pastor, Reuinonsôestrehungen, p. 71-75.
2 Yoy. Pastor, p. 7ti-17.— Les lettres de Loysa, publiées par Heine (p. 393-394), prouvent clairement que le Pape s'opposa longtemps au Concile. — Yoy. Heine p. 27, 43, 50, 68.
^ Lettre de Loysa, du 30 nov. 1530, dans Heine, p. 393-394. — Voici ce passage : « Me dijo el Papa que si el Rey de Francia les ha soplado à las espaldas para, que conellosnon pudiesedesaprovechar en esta dieta de Augusta por sola envidia. que tiene ù vuestra prosperiJad, que se espanta como V. Md. no piensa que en el concilio les diri el mesmo calor y aun mas crescido para su obstinacion, pues que convertirse ellos â la fé, es magnifie.sta pujanca de vuestra autoridad y quedar hereges es necessario que V. Md. quede obligado à hacer guerra à sus vasallos y gastar sus dineros ea esta empresa que basta para que el francés se bàne en agua rosada. » L'ambassadeur d'Angleterre écrivait de France le 20 janvier 1531 à Henri VIH au sujet, de François 1". « The king your brother spake of the generali Councell. saying thas the Emperour could gett no'.hyiig of ihem in Almayne, tili they savv a gênerai Councel, soe that the Emperour procurys yt as myche as He may. „ Le roi lui avait dit : « Lett the Pope and the Emperour do
232 LE CONCILE EST PROCLAMÉ. Io30.
lions et de craintes, à la fin de novembre 1530, en dépit de tous les ol)lacles,la résolution de convoquer le Concile fut adoptée à l'unanimilé par le Sacré-Collège. « Pleins de confiance en Charles-Quint, prince suscité par Dieu pour défendre l'Église en ses périls actuels, » les cardinaux en proclamèrent l'urgente nécessité. Loysa écrivait à Charles-Quint :« Les motifs que Votre Majesté Impériale a fait valoir en faveur du Concile ont presque complètement changé les vues du Sainl-Père, qui fait gr and cas de la droiture, delà fermeté d'àme, des intentions pures et loyales de Votre Majesté. » Le premier décembre, Clément VII, par un bref adressé à Ferdinand, annonçait que le Concile s'ouvrirait dans le plus bref délai possible,ajoutant qu'il le considérait comme l'unique remède aux maux de l'Église, et réclamait à ce sujet le concours zélé de tous les princes chrétiens ^
La Diète d'Augsbourg n'avait fait que mettre en une lumière plus évidente les dissensions qui déchiraient l'Empire; tous les efforts de Charles-Quint n'avaient même pu réussir à amener une paix apparente et extérieure. On avait reconnu l'impossibilité absolue d'en venir, en matière de foi, à un accommodement quelconque. Comme cela était facile à prévoir, les membres d'Empire protestants n'avaient pas voulu renoncer à leurs églises nationales, créées en dehors de tout droit ; ils avaient refusé de rendre à leurs légitimes possesseurs les biens d'Église spoliés, et de garantir aux catholiques établis dans leurs états le libre exercice de leur religion.
« Sa Majesté Impériale, » rapporte un gentilhomme attaché à la suite de l'Empereur, « était arrivée à Augsbourg dans les dispositions les plus bienveillantes et les plus débonnaires, espérant fermement que, sous le rapport religieux comme pour les intérêts politiques de l'Allemagne, les choses allaient prendre une heureuse tournure. Mais peu à peu l'humeur de Sa Majesté s'était assombrie. Elle se plaignait fréquemment que rien ne marchait, ne réussissait, qu'il ne se pourrait faire aucune entente ni sur le terrain religieux, ni pour la répression des Turcs, et que, dans l'Empire, ce qu'à Dieu ne plaise, la révolte et la guerre étaient imminentes*. »
Avhat ihey lyst, 1 \\y\ be the King iiiy brotliers freuJe ia spyte of them ail, in right «rwrong. » Relation de Bryaii dans le^ Slali'ptipers, t. Vil, p. 277-278.
' Dans Raynal'i, ad a. 1530, n" 173. — Huchiijltz, t. IX, p. 8'J-90.
- Aiifzeirhnuiif/en, voy plus haut, p. 19, note 1.
FE^,Dl'^A^D est couronné roi des romains. 1o30. -33
Pour éviter du moins que la couronne romaine ne devînt le prétexte d'une compétition sanglante. pour donner àrEmpire,àla place du Conseil de Réjence devenu totalement impuissant, un gouverneur investi d'un pouvoir fort et respecté, l'Empereur proposa aux Électeurs d'élire Ferdinand roi des Romains. Le o septembre, pendant la Diète, il donna à son frère, auquel huit ans auparavant il avait déjà abandonné les terres héréditaires de sa maison, l'investiture de ces mêmes terres, de la Souabe Autrichienne qui y attenait, et du duché de Wurtemberg.il repoussa la requête d'un grand nombre de princes venus pour le supplier de rétablir le duc Ulrich dans ses états, tout en se montrant disposé à entrer plus tard, soit avec Ulrich, soit avec son fils Christophe, dans un arrangement à l'amiable *.
Il fut convenu entre Charles-Quint et les Electeurs-, à l'exception de Jean-Frédéric, que l'élection de Ferdinand aurait lieu à Cologne et non à Francfort, où sévissait alors la peste et qui^ pour cause de religion, était alors en révolte ouverte avec l'Empereur. L'Electeur de Saxe fut invité à y prendre part; mais il ne parut point, et déposa une protestation en règle contre le vote de ses collègues. Ferdinand fut élu le o janvier, et Cologne célébra cet événement par de grandes réjouissances ^.
Le couronnement de Ferdinand eut lieu le 11 janvier, à Aix-la- Chapelle; il conclut avec les Electeurs une alliance de dix ans. Les princes s'engagèrent à se prêter mutuellement aide et secours, dans le cas où soit au sujet de l'élection, soit pour quelqu'intérêt s'y rattachant ou sous tout autre prétexte, l'un d'eux viendrait à être attaqué. En pareil cas, ils jurèrent d'unir leurs forces.
' BucHHOLTZ, t. II!, p. 577. — IIeyd, t. II, p. 373.
- Stumpf, Urkundonbuch, p. 12-13. — Voy. le Mémoire relatif aux moyens par lesquels rélectioa de Ferdinand pourra être obtenue, et parliculièrenaent sur la manière de gagner l'Electeur Albert ds Mayence, dans Lanz, Slaatspapiere, p. 40-33. — Sur les promesses faitesà chaque Electeur en particulier, voy. Ranke, t. III, p. 221. — François I'' prétendait savoir de bonne source (voy. sa lettre du 8 juillet 15.'30 dans Capefigce, François b' et la Renaissance, t. 111, p. 159, notei que l'Empereur n'avait proposé l'élection de Ferdinand que dans la prévision du refus des électeurs d'élire son fils Philippe, qu'il aurait voulu voir élever à la dignité de roi des Romains. Ils n'étaient pas satisfaits, cependant, de l'élection de Ferdinand, comme quelques-uns l'avouèrent à Tiepolo, l'ambassadeur vénitien. « ^'on poterono fare, » écrivait Tiepolo, « che a me ancora non scoprisse o l'indignazione che avevano di tal cosa coneeputa... infine che la grandezza sua era a tutta la Germania odiosa et pero tal elezione a niuno grata; di forma che espressamente rai dissero.che sebbene eiso fosse eletto, nondimeno non avrebbe l'obbedienza che si ricerca daU'Alemagna. » Dans Albéri, sér. I, vol. I, p 103.
^ A la grand'messe, environ quarante mille personnes reçurent la communion. Rapport du légat, 2.3 janvier 1331. — Laemmeb. Mantissa, p. 203.
234 DKLIBÉRATIONS DU CONSEIL d'ÉTAT. 1531.
Dans le cas où Ferdinaüd se verrait contraint de punir les armes à la main quelque sujet rebelle, tous les Electeurs promirent de contribuer aux frais de la campagne ^
Au Conseil d'État, à Aix-la-Gliapelle, la grave question de savoir s'il convenait d'attendre que Jean de Saxe et ses adhérents déclarassent la guerre à l'Empereur. ou si l'on devait les prévenir, l'ut de nouveau débattue. Ou lit dans un mémoire rédigé à ce sujet: « L'Empereur pourrait déclarer aux Electeurs que Jean de Saxe, son fils, et d'autres princes infidèles à la religion ont fait preuve d'une extrême obstination, cherché toutes les occasions d'entraîner les autres dans leurs erreurs, et formé des ligues et des alliances, montrant ainsi très clairement qu'ils n'attendaient qu'un moment favorable pour s'armer contre l'Empire; qu'en présence de tels procédés lEmpcreur, le roi et les Electeurs feraient bien de s'entendre sur ce qu'il conviendrait de faire à tout événement, pour la défense de la foi, le maintien du respect dû à l'Empire et le salut de l'Allemagne. Qu'en conséquence, l'Empereur proposait aux Electeurs de s'unir à lui, non seulement pour s'opposer aux Protestants, mais encore pour prévenir leurs attaques en cas de nécessité -. »
Au moment où ces graves questions s'agitaient au Conseil d'Etat, la guerre contre l'Empereur et son frère était depuis longtemps résolue Jean-Frédéric hésitait encore, mais Philippe de Hesse et ses alliés étaient déjà sous les armes.
1 BocHHOLTZ, t. III, p. 390-591.
2 « Ce que semble, aaiilf ineillejir adrns, VEmpereur peut faire proposerauxEIectcurs » (à Aix). LASz,Slaa(spa])i''re,p. 57-59. — On ignore si Charle.s-Oiiiiit entra dans ce plan et si des pourparlers eurent lieu à ce sujet à Aix-la-Chapelle. En tout cas Lanz est dans l'erreur lorsqu'il dit : « L'Empereur songeait à prendre vis-à-vis des Protestants le parti de l'attaque, ce fut ce qui les poussa h s'opposer ouvertement à lui. »