CHAPITRE PREMIER
COMPLOTS DES PRINCES PROTESTANTS CONTRE l'EMPEREUR. — LA LIGUE DE SMALKALDE. — LE ZWLNGLIANISME EN SOUABE. — NOUVELLES TENTATIVES DE CONCILIATION DE l'eMPEREUR
Le 28 juillet lo30, pendant Icsdélibérations d'Augsbourg, Philippe de Hesse et le duc Henri de Brunswick avaient renouvelé leurs conventions secrètes au sujet du ivtablissement duduc Ulrich. Il avait été décidé entre les deux princes que, vers la Pentecôte de l'année suivante, leurs armées opéreraient une jonction à quatre ou cinq milles de Francfort, et marcheraient ensemble sur le Wurtemberg. En dehors d'unimminentpéril demort,riennedevaitdétournerlesdeux princes de leur entreprise, ni les ordres ou les défenses émanant de l'Erapereu;-,de syn gouvernement ou de la Chambre Impériale, ni les représentations de leurs propres vassaux i. Peu de jours après la signature do ce contrat, Philippe quittait secrètement Augsbourg. o. Le diable nous menace de terribles calamités, » avait dit longtemps auparavant le théologien luthérien Brenz, en parlant du Landgrave et de ses amis; « les Impériaux sont moins à redouter qu'Antiochus. Les ruses de cet homme et ses intrigues continuelles sont vraiment extraordinaires, et nous avons tout lieu de craindre qu'il ne répande tout autour de lui un mortel poison -. » Mélanchthon et Brenz s'efforcèrent de détourner le Landgrave de son dessein; ils lui disaient: « Les Zwingliens se vantent d'avoir eu leur pouvoir de l'argent et des hommes; ils se font gloire de l'appui des nations étrangères et s'entretiennent déjà du partage des évéchés; à les entendre, ils vont à la conquête de la liberté; mais s'ils possédaient en réalité la vraie
' M0..TLEDER, Ursachen, t. IV, p. 1031-1063.
- Corp. Reform , t. Il, p. 92. — Voy. Pasto.t, p. 38.
COMPLOTS COiNTRE l'KMI'IRE. 1o30-1ü31.
doctrine, leur conduite, dont ils sont si fiers, leur paraîtrait antichrétienne, puisqu'elle ne peut avoir pour résultat (jue le pillage sacrilège des églises et la ruine totale de toute autorité'. »
(( Quand les prés refleuriront, » écrivait Philippe le 10 octobre 1338 à son ami Zwingle, « je reprendrai les armes et j'entrerai en campagne ^. » Le 19 octobre, il demandait au conseil de Zurich ^ de lever pour lui des troupes ; personne ne connaissant le moment où les adversaires se montreraient, Constance ordonnait à Zurich, le 24 octobre, d'enrôler des soldats, de pourvoir à tous les emplois militaires, de nommer des conseils de guerre, de mettre l'artillerie en état, tout comme s'il se fût agi de se mettre en campagne le lendemain \ Strasbourgs armait aussi en diligence.
Le 18 novembre, une « convention chrétienne » fût conclue entre le Landgrave et les villesde Zurich, de Bàle et de Strasbourg ^. Philippe désirait vivement voir leroideFranceentrcr dans ses plans; songeait à l'y inviter par une ambassade, mais ce projet fut abandonné, à cause de la réconciliation de François I" et de Çhar- Ics-Quint. D'ailleurs, en France, (.( l'évangile n'était pas prêché selon son véritable sens '^ ».
Pour « saper jusqu'en leurs racines toutes les abominations papistes », Zwingle et le conseil de Zurich (qui ne se dirigeait que d'après ses conseils) rêvaient l'organisation d'une ligue puissante. Il fallait à toutprix renverser l'antique constitution de l'Allemagne. Le 2(3 septembre 1530', Zwingle, réclamantavec emportement le complet aflranchissement des villes d'Empire de la Haute Allemagne et de la Souabe, écrivait à son ami Conrad Sam, prédicant à Ulm, que l'Empereur, sous prétexte de défendre l'Église, ne songeait, en réalité, qu'à opprimer les cités et à les dépouiller de leurs libertés et privilèges. « Hélas,je prêche à des sourds, » ajoutait-il, « je ne parle pas de toi, mais de votre population, qui vénère avec tant de superstition la domination romaine, c'est-à-dire étrangère. Je ne sais si l'on pourrait trouver un second peuple assez insensé pour se mettre ainsi de gaîté de cœur un tyran sur le dos, et qui plus est un tyran étranger. Qu'a donc l'Allemagne de commun avec Rome? Souviens-toi du dicton
1 Corp. lieforin., t. 11, p. 95.
ï Zniiujl. 0pp., t. VllI, p. 534.
^ Keim, Scltwählsclie Ke/'ormutionsfji'sck . , p. 248.
♦ Eidi^e/iiJsiisclie Ahsc/iicdc, t. IV, Ahl/i. 1". Voyez la dépêche des délégués de Strasbourg, p. 81G, u" 1.
'•' [•Aclf/enossic/te Ahsclticde 1". läll-lölO.
"' Délibérations de.s Etats de Unie, Itj uov. 1j3U. Lidf/CTii'i.ynisc/ie Absc/iiedc,
' Vuy. celte date daus .Mukikoi j;u, t. 11, p. 291.1. —Vo)-. Le.nz. /'/i/7/y^;j und Zivin- (jh, p. 47-48.
COMPLOTS CONTRE l'empire. 1530-1531. 2n9
populaire :1a Papauté et l'Empire viennent tous deux de Rome. » Au dire de Zwingle, Charles n'était qu'un enfant sans expérience, un Espagnol rempli de superstition, et son élévation à la dignité suprême avait été un grand malheur. Tolérer par faiblesse que l'Empire romain opprimât « la vraie religion », c'était se joindre à ceux qui la persécutaient et^ avec eux, apostasier et insulter la foi ^
« Le moment est venu de s'opposer ouvertement à l'Empereur, ;) déclarait le conseil de Zurich à ses alliés le 13 février 1531. « 11 n'est pas pour le moment en état de se défendre; il faut se dévouer à la bonne cause avec plus de résolution et de vaillance que par le passé, affaiblir la puissance impériale et triompher de ses pièges. Si vous laissez Charles en venir aux accommodements par écrit, il n'aura très certainement qu'une idée : vous perdre, vous dominer et vous persécuter. »
D'ailleursdéclarer la guerre à laPapauté c'était la déclarer àl'Empire.
« Car laPapauté et l'Empire sont tellement enchevêtrés l'un dans l'autre par des devoirs et des hens multiples et inextricables, que l'un ne peut subsister ni être détruit si l'autre ne partage son sort. Par conséquent, celui qui veut abolir le papisme s'oppose à l'Empereur, et celui qui laisse se fortifier la papauté sert et fortifie l'Empire 2. •»
C'est ainsi que Zurich prêchait la révolte ouverte contre Charles- Quint.
Vers la fin de mars 1531, l'ambassadeur de France Meigret, après avoir conféré avec un délégué de Zurich, s'offrit à solliciter auprès de François l^"", puisque toutes choses semblaient maintenant converger vers la guerre (ce qui n'était pas pour déplaire au roi), l'envoi secret à Zurich d'une forte somme d'argent, depuis longtemps promise ^.
Pour combattre l'Empereur, toutes les forces desEvangéliques devaient s'unir, et Philippe de Hesse mettait tout en œuvre pour amener un accommodement entre Luthériens et Zwingliens, dans l'es poir d'attirer par là l'Electeur de Saxe et ses alliés à son parti.
Jean-Frédéric, à son retour de la Diète d'Augsbourg, avait assuré à Wenceslas Link qu'il ne se porterait point contre l'Em-
' « Exemplum est, » ajoutait-il, « apud Jeremiam 15, ubi exterminiumcomminatur Deus Israeli, quod Manassea permisisseut impune esse pessimum. » Zui/t'jlu 0pp., t. YIII, p. 493, 388.
- Voy. BuLLiNGER, t. Il, p. 342.
■^ Eidrjen'ùssiche Abschiede, t. IV, Ablh. 1^, p. 93i.