INVECTIVES DE LUTHER CONTRE LES CATHOLIQUES
et devant le monde entier. » « Qui désormais, sous le vaste ciel, pourrait avoir quelque considération pour nous, et nous tenir encore pour un peuple honnête et loyal? Que dira-t-on, lorsqu'on apprendra que nous nous sommes ainsi laissé bafouer par le Pape maudit et par ses fantoches, que nous sommes leurs dupes, et qu'ils nous ont traités comme des bûches et comme des souches ? » Les papistes, selon Luther, avaient contre eux le droit divin et le droit humain. Ils s'opposaient avec perfidie à toutes les lois du ciel et de la terre. Cela pouvait aisément se prouver, puisque les papistes, sachant parfaitement que la doctrine luthérienne était la seule vraie, ne songaient néanmoins qu'à l'anéantir. Luther prévoyait la guerre et la révolution, mais rien de ce qui pouvaitarriver ne trouhlait sa conscience « calme, pure et tranquille »; la conscience des papistes, au contraire, était «inquiète, infâme et souillée ». c Croyezmoi;, laissez joyeusement aller les choses, laissez les pires événements se produire, fût-ce même la guerre ou la rébellion ouverte; laissez la <:olère de Dieu trancher la question. » « Celui qui ne sait pas ce que c'est que de faire la guerre avec une mauvaise conscience, avec un cœur tremblant et lâche, eh bien, qu'il vienne en faire l'expérience ! Quand les papistes se mettront en campagne, ils passeront par où nos pères ont passé, le jour où ils ont voulu se mesurer avec les Bohèmes et Jean Ziska. » « Voici donc mon loyal conseil : si l'Empereur nous appelle aux armes contre notre propre cause pour plaire au Pape et combattre notre doctrine, comme maintenant les papistes nous en menacent avec force vanteries féroces, chacun, dans de telles circonstances, doit être bien averti ([u'il ne doit ni se laisser faire, ni se croire obligé d'obéir à l'Empereur, car Dieu lui défend sévèrement d'obéir; que celui qui songerait à se soumettre sache bien que, rebelle à Dieu, il perdrait dans cette guerre son corps et son àme pour l'éternité. En effet, l'Empereur n'agit pas seulement contre Dieu, contre le droit divin, mais contre son propre droit impérial, son serment, son devoir, son sceau et ses lettres. » Cependant, personnellement, Charles-Quint, selon Luther, n'était pas responsable de ses actes, il le représente comme l'instrument inconscient de misérables scélérats. Aussi personne ne devait se scandaliser ou s'indigner lorsque, sous le nom -de l'Empereur, paraissaient des lois ou des défenses contraires à la volonté de Dieu et à la justice. Tout ceci était l'ouvrage du premier scélérat de ce monde, du Pape, qui s'efforçait de perdre les Allemands par l'entremise de ses plats et hypocrites valets. « Si le Pape pouvait mettre un bain de sang au milieu de notre pays, il serait ravi de nous voir nous y précipiter. Le Pape et tous ses adhérents
sont des coquins endurcis, des homicides d'àmes, d'infâmes canailles. » {( Si ^(juchju'un me rcproclie d'user de trop 'grossières injures, et m'accuse de ne plus savoirquevomir l'outrage et l'invective, je lui répondrai que tant d'insultes sont encore bien faibles pour exprimer l'inexprimable perversité dont je parle. Est-ce donc insulter le diable que de l'appeler homicide, scélérat, traître, menteur et pervers ? Or, que sont les ânes- papes, sinon de véritables démons incarnés qui ne connaissent point la pénitence, et dont les cœurs, endurcis dans le crime, blasplu-mcnt publiquement et sciemment * ? »
Luther n'est pas moins violent dans les a Gloses sur le préiendu Edit impérial ». 11 termine par ces mots : « Puissent la perverse Papauté et tous ceux qui y adhérent tomber dans l'abîme de l'enfer, selon la vision de saint-Jean dans l'Apocalypse ! Amen. Que celui qui se prétend chrétien dise avec moi : Amen -! »
Il met sa gloire, son honneur à tonner contre les papistes, à les cribler d'injures et de malédictions. « Puis(}ue je ne peux plus prier, » s'écrie-t-il, « je veux du moins maudire^ ! »
A l'invitation de Jean-Frédéric de Saxe, les Etats de Smalkalde se réunirent vers la^lin de décembre 1530. L'Electeur, le Landgrave le duc Ernest de Brunswick, le prince Wolfgang d'Anhalt, les comtes de Mansfeld et les délégués de (|uinze villes libres y assistèrent. Il y fut décidé à l'unanimité qu'on demanderait à l'Empereur de suspendre les procès intentés aux nouveaux croyants par le fiscal ou par la Chambre Impériale, c'est-à-dire d'aunuler les décisions prises contre les Luthériens à la Diète d'Augsbourg. Si néanmoins le hscai ou la Chambre Impériale, se fondant sur le recez d'Augsbourg, poursuivaient les Protestants devant les tribunaux, les alliés s'engageaient à se i)réter mutuellement «. bon conseil et assistance ;». De plus ils résolurent de se joindre à la protestation de l'Electeur de Saxe contre l'élection de Ferdinand, et de tout faire pour gagner la France et l'Anglelcrj'e à leurs intérêts. Jean-Frédéric invita Zurich, Berne et Bàle à entrer dans la nouvelle ligue, à la condition toutelois »lue ces villes adopteraient sur la cène l'article de la confession de foi présentée à ri\inq)ereur par les délégués de Strasbourg •. Dans une nouvelle assemblée tenue à Smalkalde, en mars 1531,
* Sämmll. Werke, t. XXV, |). l-.'JO. Voy. la leltre de Luther à lElecteur Jean de Saxe, 10 avril 1531. — Ul Wi/ni;, l. IV, p. £3«-2il.
ï S.iiiiiJilL \Vei/ct; t. XXV, i). t)i-«8. a T. XXV, p. 1U7-1U8.
* \ o}'. Lenz, I'/tili]>/j und Zmhif/li, p. Î30. l'Iiilippe de liesse était d'avis de commencer irnmcdialenieiit les hoslililés. Le chancelier de Saxe, brück, écrit a Seckeiidorf (t. 111,3; : « IJis.suadebal aiile oiiiiiia, ne Lieclor Lamlgravio coiisenliret, qui uuielijt aggressioiieiii expeclare, .sed copias e.\Ua iirovmciam tduccre, ut belli buoitu/v aliquu ex parte lucraretur. »