‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 88 sur 572 · LE ZVVINGLIANISME EN SOUABE · texte numérisé non relu

LE ZVVINGLIANISME EN SOUABE

la Confession dite des Quatre- Villes fut, daus l'intérêt de la paix, reconnue à l'unanimité comme strictement conforme à la parole de Dieu.

Six princes, deux comtes et onze villes d'Empire formèrent la Ligue dite de Smalkalde. Elle ne devait pas durer plus de six ans. Les alliés s'engageaient, dans le cas où l'un d'eux viendrait à être attaqué ou persécuté à cause de la parole de Dieu, pour des motifs de religion ou sous un prétexte quelconque, à ressentir l'injure comme leur étant personnelle, et, à faire tous leurs efforts pour venir en aide à l'opprimé, sans attendre même le secours des autres, afin qu'il fût rétabli le plus vite possible ^ dans la paix et la sécurité.

Les membres de la ligue étaient : l'Électeur Jean de Saxe et son tils Jean-Frédéric, les ducs Philippe, Ernest et Franz de Brunswick- Lunébourg, le Landgrave Philippe de Hesse, le prince Wolfgang d'Anlialt, les comtes Gérard et Albert de iMansfeld, et les villes de Strasbourg, Ulm, Constance, Ueutlingen, Memmingen, Lindau, Biberacli, Isng, Lübeck, Magdebourg et Brème.

Les articles de cette nouvelle union n'avaient rien qui pût alarmer les Suisses, puisque, sous le terme vague de « parole de Dieu », chaque secte religieuse pouvait entendre tout ce qui lui plaisait, selon ses convictions particulières -. Mais ils eurent peur d'être un jour les victimes de la tyrannie des princes alliés.

« Bien que les^princes affichent un zèle ardent pour l'Evangile, » écrivait Zwingle à Sam, « il est clair qu'ils se retireront le jour où ils pourront craindre que notre liberté ne mette quelqu'entrave à leurs caprices 3. » Zwingle eût voulu voir les villes s'unir les unes avec les autres , et dans ces villes, l'élément populaire l'emporter sur l'aristocratie. Il espérait décider les cités souabcs à entrer dans la Confédération. « 11 est fort à craindre, » mandait à l'Empereur son ambassadeur Cornélius Sceppcr (3 juin 1511), (f qu'Ulm, Augsbourg et les autres villes souabes ne se joignent à la Suisse, et ne se détachent entièrement de l'Empire *. »

Dans les villes souabes, le Zwinglianisme l'avait emporté; la destruction violente et radicale de l'Eglise catholique suivit de près son triomphe.

» lIoHTLEDER, Urscicfien, p. 1500 et suiv. — Voy. Iveim, Schwäbische Reformations-fjes<:lüchle, p. :280-282. — Planck, 3% p. 101-200. =Voy. Lenz, p. 419-430.

Keim, Ulm, p. 216 et suiv.

' La.\z, Correspondcitz, t. I, p. 403.

244 l-K ZNVI.NGLIANISME EX SOU A 15 1:. ITiOl.

A la fin de lévrier 1531, dans un synode tenu à Memmingen, svnode auquel prirent part les prédicants et les députés du conseil d'ülin, de Biberacli, d'isny, de Memmingen, de Lindau et de Constance, il fut décidé à l'unanimité que la conformité dansles« cérémonies » n'était nullement indispensable à la communauté chrétienne, parce que l'Evangile s'était implanté dans les esprits avec une telle force, que la variété des cultes ne scandalisait point, et que l'unité ne gagnerait personne. Gharlemagne,pourcomplaire au Pape, avait, le premier, travaillé avec zèle, usant même de violence, à établir cette conformité; mais cette entreprise avait été funeste à la religion et n'était qu'un piège pour les consciences ». Jésus-Christ n'avait institué que deux « cérémonies », le baptême et la Cène, et ce n'était que pour l'administration de ces deux sacrements que la conformité était indispensable. Le baptême n'elfaçait point le péché originel ; néanmoins le conseil dUlm le retenait, comme svmbolisant heureusement l'adrhission de l'enfant dans lÉglise. Touchant le baptême des enfants, il n'existait point de précepte précis ; on était libre, soit de le conserver en souvenir de l'ancienne circoncision, soit de le supprimer. « La liberté que nous laissons sur ce sujet aux fidèles, dans un esprit de charité et de condescendance, adoucira quelque peu l'amertume des reproches que nous font les Anabaptistes, ou du moins leur fermera la bouche. » On se promit de n'user d'aucune rigueur envers ces derniers. Celui-là seulement qui propagerait l'hérésie et provoquerait des rassemblements serait banni. La même règle, selon la juste requête des Anabaptistes, devait être appliquée aux papistes i.

Dans la doctrine de la Cène, les conseillers des villes et leurs prédicants, « entièrement purifiés de tout levain papiste, » tenaient pour indubitable, avec Zwingle, que l'Eucharistie n'était autre chose qu'une « cérémonie ». Néanmoins, pour ne point scandaliser le gros des fidèles, il parut indispensable de paraître en tout du même avis que les Luthériens. Martin Bucer écrivait au prédicant d'Esslingen, Ambroise Blarer : « Il est important do nier énergiquement notre désaccord avec Luther. Ulm, Constauce, Esslingen doivent, autant que possible, soutenir hautement avec Strasbourg (|ue Luther et nous ne faisons qu'un -. »

Obéissant à l'esprit du c nouvel et pur évangile )),les habitants de Reutlingen avaient, d's le mois de février 1581, détruit et brisé les autels et les images dans leurs églises. D'autres villes ne lard''-

' Ki;iM, Scliwäbisclie Hefurinalion'igrsc/iichle, p. 2oa-2o'.i. — Ki:im, (Udi, p. fii el suiv.

« « ... Nihil viilelur cousuilius fore, quam ut forliur dissiüiulcinus, nobij noiidum per o niiia coiivenire. » Keim, Lnnliitgen, p. il7.

ATTENTATS DES ZWIXGLIEXS CONTRE l/ÉGI.ISE CATHOLIQUE. lo3l . 245

rent pas à suivre cet exemple. Au mois d'avril, le conseil d'Ulm pria Bucer, Blarcr etOEcolampade, devenir dansleurcité établir la réformation, et l'espoir do Sam, le prédicant d'Uim, devoir la ville promptement délivrée de l'Antéchrist fut réalisé très rapidement, au moyen d'attentats sacrilèges commis dans les églises « an nom de la sainte parolede Dieu ». Depuis longtemps, le conseil avait Fait enlever des sacristies les précieux ouvrages d'or et d'argent qui y étaient renfermés 1; mais, vers la fin de juin, pour parler comme un contemporain nouveau croyant^, « on souilla la belle et noble cathédrale de façon à ce que jamais il ne fût possible de la rétablir en son ancien état ». Les taljleaux, les autel'*, au nombre d'environ cinquante, tout fut brisé, anéanti, pulvérisé; les statues des apôtres furent traînées par terre, puis emportées; même les magnifiques orgues de l'église furent brisées comme étant « œuvre du démon ». Tout ce qui ne put être enlevé fut « haché , mis en pièces, abîmé, lacéré », entre autres les belles stalles du chœur, chef-d'œuvre de maître Syrlin, et les ornements sculptés des portes de l'église. « Les images mêmes du Christ, » écritLéonard Widmann, « n'ont pas été épargnées; celles qui se trouvaient sous le clocher ont été emportées; on y a substitué un tableau représentant Abraham et Isaac, et comme l'église ne doit plus servir au culte, on en a fait un cellier ^. »

Tout cela se passait par ordre du conseil et sous les yeux des prédicants 3.

Le formulaire du conseil fut ensuite imposé à la population tout entière, et déclaré « évangile infaillible «. Ordre fut donné à tous d'avoir à s'y conformer.

Les prêtres furent avertis que s'ils osaient professer des opinions religieuses particulières, ils recevraient aussitôt leur congé ; « car il n'y a qu'un Evangile, » disaient les réformateurs iconoclastes, (( et il faut se déterminer à l'adopter sous la forme précise que nous avons fixée; même si un ange du ciel descendait pour nous en donner un autre, nous lui dirions anathème. »

• Hassler, Ulms Kunstgeschichte im Mittelalter, p. 116.

2 Widmann, p. 103 106. Keim, Ulm, p. 246. « Hs ont jeté bas les deux belles orgues sur un monceau de débris ; comme ils ne pouvaient venir à l'out de soulever le corps principal du grand orgue, ils y ont attaché des cordes et des chaînes auxquelles ils ont attelé des chevaux; ceux-ci, tirant fortement, ont enfin amené la chute de l'instrument, qui est tombé à terre avec fracas. » Relation du super» intendant Dieterich. — \oy .Sonderbare Fredic/len, t. 1, p. 2o3.

» Voy. les lettres d'OEcoîampade et de Gapito à Zvvingle, 22 juin et 4 juillet 1521, in Zuingl. 0pp., t. VIIl, p. 612-613, 618-619. « Ulmae nihil non ex sententiacessit, » écrit Gapito, « expurgata sunt omnino templa in urbe, in agro, quem am. plum habent, et omni eorum dilione similiter missa missionem inhonestam accipiet. »

240 ATTENTATS DES ZWINGLIENS CONTRE l'ÉGLISE CATHOLIQUE. 1531.

Toute doctrine différant en quelque point de la doctrine imposée était interdite, et devait être bannie môme des conversations *.

A dater de ce jour, les catiiolifjues d'Ulm se rendirent en troupe au couvent de Süllingen ou bien à Wiblingen, lieux où la messe était encore tolérée, bien que le conseil eût interdit le pèlerinage sous des peines sévères -. Les religieux restèrent tous fidèles à leurs vœux. « Dans les affaires civiles et temporelles, )> déclarèrent au conseil d'une commune voix les pères dominicains et franciscains, « ils étaient prêts à obéir à l'autorité comme c'était leur devoir ; mais dans les questions de conscience et de foi, ils ne devaient comptede leurs actes qu'à Dieu seul et à leurs supérieurs. Ils entendaient s'en tenirà l'Église chrétienneet au recez d'Augsbourg. ;) Tous les moyens tentés pour leur « conversion » restèrent inutiles. (( Des bommes armés, envoyés par le conseil, pénétrèrent cbez les dominicains, exigèrent les clefs du cloître et de l'église, s'emparèrent de tous les ornements sacerdotaux, calices, monstrances, vases sacrés, archives ; pénétrant dans l'infirmerie, ils arraclièrent de leurs lits les religieux malades, les vieillards infirmes, usant de paroles injurieuses et menaçantes pour les détourner de leur genre de vie et de leur religion. » N'étant plus en sécurité, les religieux se résignèrent à l'exil. Les franciscains, à leur tour, dans le couvent des({uels se passèrent des scènes affreuses de pillage, quittèrent presque tous la ville ^.

(^ En 1531, » rapporte en sa clironique Christian Löschenbrand, témoin oculairedeces faits, « la destructionde cin([uante-deux autels aeu raison del'idolàtrie dans l'église paroissiale. Chacun, alors, semontraitpleinde zèle. On espérait que, moines et prêtres une fois chassés, tout irait bien. Cependant lors(|ue ceux-ci furent loin et qu'on vint à parler de la charité que chacun doit témoigner à son frère, de la nécessite'' de l'aider, de le conseiller, de lui prêter au besoin de l'argent, on regarda derrière soi. Mais comme on dépouillait les prêtres de leurs bénéfices, qu'on chassait les religieux de leurs couvents et qu'on avait toute liberlé de mettre la main sur les revenus et les dîmes, l'Evangile semblait admirable à tous, et le riche faisait profession de l'aimer encore plus que les autres, car il convoitait les riches bénéfices. Lorscju'on l'avertissait queson devoir était de restituer

' Ki;iM, UlWy p. '■2'ti. (^epciulant le conseil ne satisfit pas à cette dernière exigence (les prédicaiits.

- KmM, p. 2Ö2. A GeissIinKen, en dépit de tous les elTorls du conseil, les Gaiholiques élaient encore en majorité en l.'illj. Voy.p. 251.

^ Keim, p. 5Jo.S-202.

ATTENTATS DES ZWINGLIENS CONTRE l'ÉGLISE CATHOLIQUE. 1,^31. 247

aux pauvres les richesses mal acquises^, il trouvait ce discours bien rude, et qui pouvait le comprendre i? » « Les seigneurs et les autorités, » écrit le président Conrad Sam deux ans après l'accomplissement de la révolution religieuse à Ulm, « n'ont plus d'autre préoccupation que le bien-être et le luxe : ils passent leur temps au jeu, se gorgent de bonne chèrC;, se soûlent de minuit à minuit, sans trêve, sans répit et sans se laisser une minute de réflexion. Les paysans font tout de même; ils n'ont, eux aussi, ni loyauté, ni charité, ni justice. Ils semblent avoir lait un pacte avec l'enfer et la mort ; ils nous disent: <( Nous en tendons faire bonne chère, bien boire, nous voulons faire tout ce que bon nous semble, jour et nuit; qui sait si nous vivrons demain? Rien de ce dont nous menace le prêtre ne peut nous atteindre! Si nous leur parlons du jugement et de la colère de Dieu, ils répondent: « Conduis doucement ta chèvre au marché, car je ne me laisserai pas berner facilement, le diable n'est pas si noir que tu le dépeins ! Parle-nous de paix, de mangeaille, de bien boire surtout, et alors nous louerons ton sermon 2, »

Très satisfaits du résultat de leur mission, libéralement récompensés par le conseil, Bucer, OEcolampade et Blarer quittèrent Ulm pour ■se rendre à Biberach et, là aussi, détruire « l'antechrist » sur l'invitation du conseil. Le 29 juin 1531, les images furent brisées immédiatement après le sermon. Des dix-huit autels de la paroisse, un seul fut épargné; on emporta tous les matériaux, l'orgue fut mis en pièces. Deux statues de la Vierge furent enlevées. De plus, on emporta de l'église: unechàsse d'argent contenant beaucoup de précieuses reliques; deux monstrances en argent, dont la plus grande avait coûté quatre cents livres ; cinq croix d'argent, dont deux dorées ; un encensoir en argent; des monstrances en vermeil, des pierres précieuses, des perles, neuf croix d'or et d'argent incrustées dans les chasubles, des chapes, des surplis, un grand nombre d'ornements sacerdotaux, t rente-sept calices ; un grandnorabre de missels, parmi lesquels huit avaient coûté trois cents livres, etqui tous furent déchirés. On brisa les verrières du chœur; quatre chapelles furent démolies, entre aures la chapelle de St-Wolgang, où l'on admirait une fresque représentant des traits de la vie du saint. La chapelle de St-Nicolas fut pillée et plus tard transformée en brasserie. Le charnier du cimeière devint une tuilerie. On détruisit dans une chapelle du cimetière trente-six tableaux représentant la Passion et dans la chapelle

1 WcvEBMANN, Ulmische Gelehrte (Ulm, i8i9),^t. II, p. 288. — Voy. Döllinger, Jie for mat ion, t. I, p. 222-223.

- Keim, Ulm, p. 312-313.

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de riiôpital, une série de peintures représentant la vie de Siiinte Marie-Madeleine; dans toutes les églises cl chapelles échappées à la destruction, un grand nombre de tableaux *.

(( Les idoles et la messe sont détruites, » écrivait Buccr de Biberach sur le ton le plus satisfait -. Il put bientôt s'applaudir, ainsi que ses confrères, d'un grand nombre de « hauts faits évangéhques » de ce genre, à Memmingen, Lindau, Isny et Esslingen.

« Un esprit sauvage et violent semblait s'être déchaîné parmi les hommes; rien ne leur était plus "sacré. Tout ce que leurs ancêtres avaient donné dans un esprit de piété, par amour pour l'art, et avec le concours des plus nobles artistes, pour la gloire de Dieu, de sa Mère bénie, des chers saints et pour nourrir la dévotion populaire, une génération brutale, à la grande horreur des chrétiens, l'a renversé, souillé, maudit, prétendant qu'ainsi le voulait l'Evangile, et que la gloire de Dieu était intéressée à leur destruction 3. »

Z\vingle,dès 1527, avaitattiré l'attention du conseil d'Esslingen sur les « trésors des sacristies ». Selon lui, c'était un devoir de s'en emparer, car on ne pouvait les abandonner plus longtemps aux moines et aux prêtres. Ces sacristies renfermaient tant de richesses qu'on en pourrait certainement retirer plus de cent fois cent mille ilorins^, « Songe, » écrivait Bucer à Ambroisc Blarerquele conseil d'Esslingen invitait à venir établir la réformation dans la ville, « qu'aussi loin que s'étend l'évêché de Constance, Dieu confie la Souabeà ton apostolat ^. » Tout aussi zélé pour la cause do Dieu que tant d'autres autorités éclairées par « la sainte lumière de l'Evangile » ,

' Verzeichniss dessen was bei der Bilderslürmerel zu Biherach am Tage Petri und Pauli theUs zerstört theils wegrjenommen wurde. Voy. Reformation zu Biberach, p. 129-1.31. — On estimeà environ 32.000 llorins les biens d'oglise confisqués par le conseil de Biberach elle produit de la vente des tableaux, pierres tombales, etc. Reformation zu Biberach, p.3i. — Comme le conseil avait interdit leculte catholique dans la ville, les fidèles allaient en secret à la messe à Warthausen. Plusieurs d'entre eux organisèrent dans le voisinage un tir aux oiseaux, afin de détourner les soupçons. Le conseil se donna beaucoup de peine pour décider, au moyen de remontrances amicales, les religieuses à changer de religion et à abandonner leur genre de vie. H les réunissaii, leur parlait en particulier, ou bien les faisait exhorter par les pasteurs, promettant une dot à celles qui consentiraient à se marier. Mais tout fut inutile. >< Nous sommes les opouses du Christ, » disaient-ellos avec fermeté, « il ne se pourrait faireque l'unede nous vouliit d'un autre opoux. » Alors ors h'ur relira leurs moyens d existence. Leurs revenus montaient environ ^ 1,13'«- florins. Comme les s<rurs refusaient île quitter l'habit et de recevoir aucun prédicant évangolique, on les contraignit enfin à quitter la ville (p. "2'.»). Sur l'introduction de la nouvelle doctrine i» lüberacli, voy. Fi-ciburjcr Diocesanarchiv, t. L\, p. 141 et suiv.

* Voy. sa leUre dans PiiEssEL.p. 192.

^ Curipune Sachrichten, p. 83.

♦ Lettre circulaire adressée aux Chrétiens d'p"sslingen, Zuingl. Opj).. 22c p. S, ' Keim, Esslingen, p, 40-41.

ATTENTATS DES ZVVINGLIENS CONTRE l'ÉGLISE CATHOLIQUE, 1531. 24»

le conseil d'Esslingen opprima par la violence le culte catholique, mit la main sur les trésors et les biens des églises, ordonna la destruction des autels et des tableaux; les stalles de chœur furent détruites et plusd'un riche ornement emporté, comme une facile proie, dans les maisons particulières. Les plaques de marbre portant des inscriptions funéraires, les pierres tombales des cimetières n'échappèrent même pas à la destruction. En présence de quelques amis du conseil, les images du Christ furent brisées, le couvent de Sainte-Glaire pillé. « Et c'est en plein jour, en pleine rue, en peu d'heures, sous les yeux des conseillers, » rapportent avec indignation les chanoines de Spire, « que de tels attentats ont pu se commettre ^ ! ;)

Le conseil menaça du cachot tout religieux qui persisterait à porter l'habit de son ordre ou à observer les lois du jeune. Un bourgeois d'Oberesslingen, ayant fait baptiser son enfant selon le rite catholique, fut jeté en prison pour huit jours et condamné à payer une amende de vingt florins 2.

Des vingt-trois prêtres séculiers de la ville, dix-huit déclarèrent vouloir demeurer enfants de la sainte Eglise et protestèrent contre la violence quileurétait faite. Aux environs, la plupart des religieux refusèrent également d'apostasier ^. Pour protéger le prédicant Ambroise Blarer delà colère du peuple, le conseil était obligé de le faire garder à vue : « Maître Ambroise, » lit-on dans une dépêche envoyée par le conseil àHeilbronn, a ne saurait, dans les circonstances actuelles, se rendre sans danger au milieu de vous par n'importe quel moyen de transport, car, même dans notre ville, à cause de ceux qui s'opposent encore à la parole de Dieu et vont et viennent par les rues, nous sommes obligés de veiller sur lui, non sans raille anxiétés; il serait donc très périlleux de le laisser voyager ou chevaucher jusqu'à Heilbronn ! »

En 1532, on réussit à renverser les idoles « jusque dans le conseil », selon l'expression d'un prédicant, c'est-à-dire à en évincer les conseillers catholiques ; mais il ne fut pas aussi facile de vaincre les résistances des habitants, tous très attachés à la Papauté. « Considérant les profondes racines que le papisme a jetées ici dans lésâmes, »ditun édit religieux daté de 153i, «nous avons jusqu'à présent, par lagràce de Dieu, observé la plus grande prudence, veillant àcequeles prédicants établis parmi nous annonçassent fidèlement la parolede Dieu, toutenusantde patience envers lesréfractaires. Mais

^KEUi,Essling';n, p. 61. — Voy. Wille, p. HM12. * Keim, p. 62, 73.

'Keim, p. 34-59, 62-63.

£50 ATTENTATS DES ZWINGLIENS CONTRE l' ÉGLISE CATHOLIQUE. 1531.

pour éviter de plus grandes impiétés, il nous devient impossible daller plus loin dans les voies delà tolérance. » « Le commandement de Dieu nous oblige, non seulement à ttre les pères de son subordonnés dans le gouvernement temporel et ce qui concerne leurs corps et leurs biens, mais davantage encore en ce qui regarde le salut de leur âme, de manière à ce que toute fausse doctrine soit autant que possible extirpée, les blasphèmes retranchés, et que tous soient exhortés et pressés d'acquérir au plus vite la connaissance de la vérité. » Chaque famille fut par conséquent contrainte d'assister auprêche évangélique, d'y envoyer les enfants otles domestiques, et avertie qu'en cas de désobéissance les gens de police interviendraient. Person ne, sous peine de châtiment, ne devait, en public ou en secret, parler des choses de Dieu.de l'Evangile ou des règlements disciplinaires émanés de l'autorité, d'une façon légère ou injurieuse. Tout individu assez téméraire pour se montrer dans les rues les jours de fête abolies en habit de fête, témoignant ainsi qu'il entendait célébrer ce jour, malgré « la divine ordonnance du conseil », était passible de châtiment.

Sept ans plus tard, le conseil laissait échapper cet aveu: « L'expérience de tous les jours nous a prouvé que les lois disciplinaires sont absolument méprisées par nos bourgeois, sujets et voisins; presque aucun de nos édits n'est obéi. ^) « Les lois religieuses, la discipline, ;) disait Blarer, après six ans d'efforts, « sont, il est vrai, consignées par écrit, mais non mises en pratique; les maisons d'idoles sont détruites, le culte des faux dieux aboli, mais la gloire et le service de Dieu n'y ont rien gagné, en sorte qu'on a plutôt excité la colère du Seigneur qu'obtenu sa grâce et sa bénédiction». »

A Isny, où, dès lo27, les prédicants démagogues et la populace avaient impunément pratiqué une véritable chasse à courre contre les Catholiques ^, les prédicants zwingliens excitèrent le peuple à envahir le couvent des bénédictins le dimanche après la Saint-Ulrich (15.34). Armée de haches et de marteaux, une bande de furieux pénétra dans l'église pendant le service divin, et s'y livra aux sacrilèges accoutumés : les statues furent abattues, le grand crucifix détaché de la muraille : <.<. L'image de Notre-Seigneur fut découpéeen quatre morceaux, la tète fut arrachée du corps, et l'on eût dit (ju'il venait d'être écartelé par des bourreaux ^. »

' Keim, 77, 87-95.

* Voy. SCHAHFP, p. 39-40.

' ScuARPP, p. 59-61.

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