‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 90 sur 572 · PLANS MILITAIRES DE PHILIPPE DE HESSE · texte numérisé non relu

PLANS MILITAIRES DE PHILIPPE DE HESSE

d'or pour les frais de la campagne K Philippe pensait pouvoir compter encore sur d'autres auxiliaires.

Et d'abord sur la Suisse - :

« Ulrich reçoit beaucoup d'argentparla France ; pourleroi, comme pour les confédérés, il n'est point d'homme plus précieux. » Telle était, en Suisse, dès le mois de janvier 1531, l'opinion générale. Près d'Hohentweil, dans les environs d'Hilzingen, nombre de gens sans aveu, sorte de bravi, la plupart vendus au duc, commençaient à se rassembler, et parmi -les paysans du Hegau, le ferment révolutionnaire se ranimait. Plusieurs anciens chefs de bandes, entre autres « Bengle le brigand », accouraient. Le 14 janvier 1531, Jean de Füchstein, leconseiller, le zélé serviteur d'Ulrich, sccondépar des troupes suisses, assaillit à Timproviste le château de Staufen 3, domaine d'un grand feudataire autrichien. Vers le milieu d'avril, Philippe et Ulrich, unissant leurs forces, tentèrent de s'emparer de " la forteresse de Hohenasperg ; mais l'entreprise échoua, grâce à la vigilance du lieutenant-gouverneur du Wurtemberg^.

Il importait de décider lElecteur de Saxe à prendre part à l'expédition. Le Landgrave lui fit donc représenter que tous les Protestants seraient grandement consolés par le rétablissement du duc Ulrich; que cet heureux événement rendrait du cœur aux villes de rOberland, leur inspirerait le courage de protester, elles aussi, contre l'élection de Ferdinand et de soutenir avec énergie les intérêts de la Ligue. Le Wurtemberg pouvait fournir un grand nombre de soldats; les Suisses, dès longtemps travaillés par Ulrich, se montreraient d'utiles auxiliaires ; le moment était propice, vu l'embarras où les Turcs jetaient l'Empereur. Le Landgrave ne demandait à l'Electeur que mille chevaux et la promesse de protéger la Hesse pendant toute la durée de la campagne ; alors, avec une armée de dix mille fantassins et de deux mille cavaliers, il pourrait mener à bien la grande entreprise k

Mais Jean-Frédéric était t.-op honnête homme pour songer à exploiter, au profit des intérêts protestants et contre la Maison d'Autriche, le péril imminent de l'invasion musulmane. Une telle conduite lui paraîtrait antichrétienne, répondit-il le 15 février 1531 aux avances de Philippe ; la Ligue de Smalkalde ne s'était formée que dans un but de défense. D'ailleurs l'Electeur était mécontent

' Voy. V. Stalin, t. IV, p. 337.

- Lettre de Philippe à Zwingle, 25 janvier 1531, Ziungl. 0pp., t. VllI, p. 375 ^ Hevd, t. 11, p. 3Ü3.

' Heyd, t. 11, p. 3Ü(5-369, v. Stalin, t. IV, p. 339.

- Leduc Ulrich partit avec celle iustruclion pour la cour de Saxe. Heyd t 11 p. 393. ' '

2U PLANS MILITAIRES DE PHILIPPE DE HESSE. lo31.

du Landgrave qui, selon lui, n'aurait pas dû se rapprocher des Suisses avant que l'article de la Cène n'eût (Hé concilié ^.

Philippe voyait la question d'un tout autre point de vue. Envoyant ses charges de pouvoirs aux États de la Ligue, à Francfort, il leur avait recommandé de faire tous leurs efforts pour décider les confédérés à entrer dans l'union protestante, quand bien même l'Électeur de Saxe serait d'un avis différent; car si tous les autres princes de Smalkalde se montraient disposés à s'entendre avec les confédérés, l'Électeur, disait-il, «serait bien forcé, à la longue, de se ranger à leur opinion ». Les villes outrées dans la Ligue devaient être exhortées à refuser l'obéissance à Ferdinand-. Enfin, « pour mettre les Evangéliqucs à l'abri de toute surprise, de tout affront, » Philippe, le 10 juillet, pressait le duc Ernest de Lunébourg de prendre l'initiative, et de commencer hardiment les hostilités ^. Le Landgrave savait assez que les bruits qui couraient sur les prétendus armements de l'Empereur étaient dénués de tout fondement;« il avouait qu'on était en pleine sécurité du côté de l'Empereur ' aussi bien que du côté de Ferdinand. Luther écrivait à Gerbellius, en juin 1531 :« Nous sommes convaincus que Ferdinand ne songe nullement à envahir la Hesse; c'est la Hesse, bien plutôt, qui est un péril pour lui ; d'ailleurs, il ne peut rien =^. » Philippe voyait tous les jours augmenter ses forces, et vers la fin de juillet, il se félicitait, avec l'un de ses amis, des nombreuses offres deservicequilui étaient faites : « Nous ne voulons pas que lu ignores qu'un puissant souverain, et d'autres très hauts personnages nous ont fait des propositions généreuses, de sorte ({u'il est maintenant avéré qu'ils se mettront de notre parti, et partagent nos vues ^ » Le 2'i juin, Frédéric, roi de Danemark, s'était déclaré prêt à conclure une alliance « pour la défense des intérêts temporels », avec le Landgrave, l'Électeur de Saxe et le duc de Lunébourg ".

Ces criminelles intrigues et ,1a complicité de la Bavière n'étaient

1 lli-YD, t. II, p. 39i. — Wille, p. 54-55. liistruclion pour le jour de la Trinité (4 juin 1531). Nel'decker, Urkunden p. 1Ü8-173.

^ Kümmel, t. 11, p. 271.

■' Le 4 juillet 1531, Capito écrivait de Strasbourg ùZwingle : « Antehcs nienses rumor fuit exercilus intentes a Ca'sare conscripli. Kou putavit rem negligendaiîi seiiatus. Sciscitalur Cattuni (rhiiippe de llcssf), qui consiliorum istorum arcaua explorata prope habet. Sed is repeiil oniiiia satis luta. » Ziiingl. 0pp., t. VUl, p. (J17. — Voy. la dépêche de Philippe à Zurich dans les Eidgenüssischen Abschieden, t. IV, partie l^*, p. Düi.

'•' De Wette, l. IV, 27->.

« KOMMEL, t. 11, p. 272.

Dépêche du roi Frédéric de Danemaik, 2i juin 1531, dans Neudecker, i'r/ninden, p. 17Ü-178.

l'empereur s'efforce de pacifier l'allemagine. 1331. 255

pas ignorés à la cour de Bruxelles. L'Empereur, pour épargner une guerre civile à l'Allemagne et dans l'espoir d'obtenir des secours contre les Turcs, « voulut tenter une fois encore de ramener les esprits à l'unité religieuse'». Le 8 juillet 1531, il donna l'ordre au fiscal de l'Empire de suspendre jusqu'à laprochaine Diète tous les procès intentés aux Protestants pour cause de religion et, jusque-là, de regarder le recez d'Augsbourg jcomme non avenu *. Le 10 juillet, il envoya les comtes Guillaume de Nassau et Guillaume de Neuenar en ambassade à Jean-Frédéric, et les chargea de déclarer à l'Electeur que l'Empereur ne pouvait tolérer ni admettre en aucune manière qu'en Saxe on agît contrairement aux dogmes essentiels de la sainte foi, et en particulier contre la foi au Saint Sacrement. Relativement aux articles définis et fixés par l'Église, l'Empereur exhortait les Protestants à revenir à l'obéissance envers le Saint-Siège, à songer à leur conscience, à leur honneur, aux scandales de tant d'innovations. Les biens du clergé devaient être restitués, et loin de les faire servir à leur propre et particulier avantage, les princes devaient, selon l'intention des donateurs primitifs, les employer aux besoins du culte,, à l'entretien des prêtres, aux aumônes et aux œuvres de miséricorde. L'Empereur n'entendait point tolérer les confiscations ou détentions des biens ecclésiastiques, car de tels actes ne pouvaient se justifier par aucun argument solide. Il espérait que ses délégués et les Électeurs de Mayence et du Palatinat, qui s'étaient offerts comme médiateurs, obtiendraient plus que par le passé et parviendraient à pacifier les esprits. Il les autorisait à faire pressentir aux Protestants qu'à la prochaine Diète, (f pour l'amour de la paix commune, » tous les procès intentés contreeuxseraientsuspendusjusqu'aux décisions du prochain concile. Quant aux points de foi sur lesquels ils refusaient de s'accorder avec laSainteÉglise, « ils devaient s'efforcer d'obtenir des princes protestants la promesse qu'ils n'attireraient point les autorités catholiques dans leurs erreurs, » et que dans leurs pays, villes et bourgades, ils laisseraient eu paix tous ceux qui entendaient rester fidèles aux anciennes traditions,

Charles était tout disposé à user de tolérance; il ne demandait aux Protestants qu'une tolérance égale.

Mais il se refusait absolument à supporter en Allemagne l'existence des sectes zwingliennes ou anabaptistes; pour venir à bout de ces pernicieuses hérésies. Luthériens et Catholiques devaient s'unir.

Il désirait que, dans toutes les questions intéressant la prospé-

* Bl'chholtz, t. IVj p. 9.

2ÖG l'kMPEREUR s'efforce UE PACIFIER L'ALLEMAGNE. 1531.

rite générale de l'Empire et la répression des Turcs, les Protestants fissent cause commune avec les Catholiques, et se montrassent obéissants envers l'Empereur et Ferdinand, reconnaissant franchement l'élection de ce dernier. En revanche, il promettait à l'Électeur de Saxe que jamais Ferdinand ne porterait la moindre atteinte à sa juridiction ni à ses droits d'Électeur, qu'il le maintiendrait dans tous ses titres, prérogatives, droits régaliens, en un mot qu'il se comporterait en tout ce qui touchait aux intérêts de la Saxe, en Empereur clément et débonnaire K

Mais l'Électeur ne se montra pas disposé à accepter ces offres -. Les négociations entamées par Tarcheveque de Mayence et l'Électeur palatin aux Etats de Smalkalde, vers la fin d'août, n'aboutirent point. Philippe de Hesse avait encore moins envie de laisser échapper les avantages que la situation actuelle, et surtout le péril turc, semblaient lui offrir pour la réalisation de ses vastes plans militaires. Le gouverneur de Marl)Ourg, Adolphe Rau, et le chancelier Jean Feige, dont le Landgrave léclama l'avis en cette circonstance, le louèrent tous deux d'avoir fait aux avances de l'Empereur une réponse ambiguë; plus tard, lui disaient-ils, il serait aisé d'obtenir tout ce qu'on voudrait. L'Empereur mettait tout en œuvre pour accommoder les affaires de l'Allemagne; il se flattait d'arriver à la paix religieuse avant le printemps, pensant alors pouvoir diriger les efforts communs contre les Turcs. Si les Evangéliques reconnaissaient l'élection de Ferdinand, ils recevraient en échange l'assurance que leur religion serait tolérée. L'Empereur espérait qu'alors Catholiques et Protestants vivraient en paix à l'extérieur comme à l'intérieur, et s'imaginait pouvoir ainsi arriver à ses fins ; car, une fois la paix conclue, la Ligue de Smalkalde tombait d'elle-même, n'ayant plus de raison d'être, et il était clair que la cause « évangélique » n'aurait qu'à perdre à sa dissolution. Or, les Protestants ne devaient consentir à aucun accommodement, n'accepter aucune trêve avant que l'Empereur, le roi et les princes catholi([ues eussent donné leur plein assentiment à la libre diffusion de l'évangile, non seulement dans les possessions protestantes, mais encore dans les états catholi- (pies. En ajournant le plus possible les négociations, il y avait espoir (pie les k événements prévus », c'est-à-dire « le péril turc » liiiiraicnt par décider IT'mpenMir à leur donner complète satisl'action. Si les choses tournaient autrement et (|ue Cliarles-(Juint, Ferdinand, et peut-être les Turcs, tentassent d'imposer la concorde religieuse, les princes d'Autriche n'auraient pas beaucoup à s'en féli-

' Lanz, Correspondenz, l. I, p. .'Jl-'-olO. Yoy. BuciinoLZ, l. IV, p. 10-12.

PHILIPPE DE HESSE RECHERCHE l'aPPUI DE LA FRANCE. 1331. 237

citer, car ils attireraient sur eux le mépris des Évangéliques, « et ne tarderaient pas à s'apercevoir du peu d'eflicacité d'un tel moyen ». L'Electeur était « dans la bonne voie ». 11 avait si énergiquement protesté contre lelection qu'il serait maintenant honteux à lui de se désister; sa réponse aux ambassadeurs français prouvait assez, du reste, qu'il était dans ce sentiment i.

Tandis que TEmpereur essayait en vain de ramener les Protestants à l'unité, le Landgrave, en août lo3l, faisait de nouveau supplier le roi de France, par l'entremise du conseil de Zurich, de venir au secours de leur commun allié, le duc Ulrich de ^Yurtemberg, et de l'aider à recouvrer son duché, (( ce qui serait extrêmement désavantageux aux ennemis de Sa Majesté très chrétienne, » c'est àdire à l'Empereur et au roi Ferdinand ^. Le 30 septembre, Philippe écrivait à Zwingle : « Dans peu, nous vous écrirons pour vous faire part de certaines choses que vous entendrez volontiers, et qui sont tout au désavantage de ceux dont vous êtes aussi bien que nous l'ennemi. Nous ne pouvons encore aujourd'hui les confier à la plume ^. »

Mais Philippe fut contraint de remettre à plus tard l'exécution de ses plans. Peu de jours après la démarche de Zurich auprès de François I«"", des événements « qui n'étaient point faits pour lui plaire » vinrent donner un tout autre aspect à la situation politique.

' Neudecker, Actenstucke, p. 60-63.

^Négociations et instructions diverses, dans les Eidgenössischen Abscfn'ede?}. t. IV. Abth. iR. 1116-1118. Voy.RoHRER, p. 31. — Letiz, Philippund Zwingli, p. 451-452. ' Zuingl. 0pp., t. Vlll, p. 647.

CHAPITUEII

LR ZWINGLIA.MSME VAIACU E\ SUISSE. 1531.

Lorsque, dans les villes souabes, le Zwinglianisme avait été adopté comme religion d'État, Zwingle s'était llatté de les voir se réunir sans retarda la Confédération helvétique, et rompre définitivement tous les liens qui les rattachaient à l'Empire. Capito ^ assurait (jue bientôt Ulm allait demander à entrer dans la Ligue Evangélicjue, et Buccr entretenait Zwingle dans l'espoir qu'Augsbourg et Kempten - allaient en faire autant.

Aussi Zwingle avait-il trouvé nécessaire d'extirper de la Suisse tout vestige de Catholicisme. Tandis qu'il ne cessait de conspirer avec l'étranger, il reprochait aux. princes catholiques « leurs continuelles intrigues, » et pendant qu'il se répandait en invectives contre « l'idolâtrie papiste » et les « prêtres de Baal », il se plaignait hautement des propos injurieux tenus par quelques catholiqLes sur le compte des Zwingliens dans les anciens cantons, reprochant aux autorités locales de les tolérer, malgré les articles de la Paix- Publique ^.

Le conseil de Zurich usa de procédés si violents envers les cantons c;itholi({ues que Berne et les autres villes entrées dans la Ligue Evangéli([uc lui en lirent à plusieurs reprises de vifs reproches, lui représentant que cette manière d'agir violait le traité de Cappel.

On lit dans un Mémoire rédigé par les cantons catholi(]ues pour les étals. de Bade : >i Bien ne justifie les attentats de Zurich, ni son refus de se soumettre aux décisions de la majorité. » « Nous déplorons qu'on en soit venu, dans noire Confédération, à cequ'uncantou ne puisse plus obtenir justice contre un autre canton. Grâce aux belles inventions de nos avocats tracassiers, on contourne et dénature si bien les règlements et les articles de la Paix-l^ubli(|ue, qu'il n'est plus possibkï d'obtenir (juel([ue garantie contre un pouvoir arbitraire. Quanta la justice, ces nouvelles gloses, fabri(juées à la hàle i)ar les juristes, lui font grand tort^ et certainement onlélé

« Zuiîu/l. Opp-, t. VIII. p. tl-2'i.

* Zutiif/l. Opp., t. \ IJ, [). Olli.

^ Voy. Luiiii, [). ü:2-üO.

GUERRE DE RELIGION EN SUISSE. lo31. 259

inventées contrairement aux prescriptions de nos ancêtres et des vôtres, des princes et confédérés, |du temps jadis, pour lesquels les choses allaient assurément moins mal qu'elles ne vont, hélas! de nos jours ^. »

« Il faut à tout prix appliquer au mal un remède énergique et triompher de l'entêtement des villes catholiques, » s'écriait Zwingle le 30 avril, « et ce remède doit être assez fort, assez efficace pour entraîner l'établissement définitif delà parole de Dieu, l'abolition de la tyrannie et la ruine d'une absurde doctrine 2.» « Les habitants des cités catholiques sont pervers et impies, » déclarait le conseil de Zurich, « et très certainement Dieu ne peut permettre qu'on fasse la paix avec eux, à moins qu'ils ne consentent à laisser prêcher ouvertement, en toute sécurité, la parole de Dieu 3. » Puisqu'ils déclarent vouloir persister dans leurs erreurs, résistent à Dieu et refusent d'entendre sa parole, puisqu'ils annoncent l'intention de persécuter l'évangile, il convient de s'opposer à eux par les armes et de les réduire définitivement. « On ne peut, en tellematière, invoquer la Paix-Publique ou la tradition, » dit Zwingle dans une Instruction secrète où il reprend presque les arguments dont s'était servi autrefois Thomas Munzer, « car toute équité, liberté ou pouvoir, qu'ils découlent du droit divin ou du droit humain, sont renversés, abolis et anéantis du moment qu'on en abuse. » « C'est ainsi que, dans l'Écriture, nous voyons le Seigneur châtier, puis anéantir le peuple d'Israël, bien qu'il eût autrefois conclu avec ce peuple une alliance éternelle. Le Seigneur n'a-t-il pas dit : Faites périr par le feu le méchant qui est au milieu de vous ^? »

Les cités catholiques, après que les Zwingliens leur eurent enlevé, jusqu'aux moyens d'existence, implorèrent inutilement le secours de l'Empereur et de Ferdinand (30 août 1531). Leurs ennemis, écrivaient-ils au roi de Hongrie voulaient les contraindre à apostasier : « Depuis le saint jour de la Pentecôte, ils nous ont retranché tout ce qui est nécessaire à la vie, ils ont supprimé tout commerce, et empêché qu'aucune marchandise ne pénétrât chez nous. Tout ceci n'a lieu qu'à cause de la foi, car dès qu'il s'agit d'autres intérêts, ils sont prêts à nous écouter, pourvu que nous leur cédions en ce qui concerne la religion, et que nous consentions à laisser parler et prêcher librement ce qu'ils appellent ce la parole de Dieu ^ ».

* Archiv, ßr Schweizerisf/ie Reformathmsgeschlcldc, t. II, p. 157-158. - EUlf/enössischeu Abschiede, t. IV, Abt/i. 1 b, p. v63.

'* Déclaration de Zurich à l'ambassade frauçaise (mai 1531}. Eidgenössischen Abschiede, t. IV, Abth. l b. p 990, 99iJ-997.

* Délibérations secrètes contre les cinq viltes. Zuinr/t. 0pp., 2 c, p. loi, 105. ^ Eidrjenöisichen Abschiede, t. IV, Abth. 1 b , p. 11-27.— Voy. Roiiher, p. 33.

260 VICTOIRE DES CATHOLIQUES EN SUISSE. Iü31.

Pour sauver leur relii^'iou, leurs libertés, leur oxistcuce nirme, les cil<''S eatliuli(iues se viri'iit obligées de recourir aux armes.

Le 11 octobre 1531, le combat de Cappel fut livré. L'armée de Zurieh, uiise en pleine déroute, subit des pertes considérables. La bataille fut ardente : « Ceux de Zurich insultaient les Catholiques, qu'ils appelaient mangeurs de Dieu, anabaptistes impies, serviteurs d'idoles, rustres grossiers » et autres noms plus injurieux encore. De leur côté, les Calholi(iucsappelaient ceux de Zurich archi-hérétiques maudits, voleurs de calices, de sorte que des deux côtés il y avait grande rage et grand acharnement *. » Beaucoup des bourgeois de Zurich, et les plus considérés, restèrent sur le champ de bataille, entre autres vingt-six membres du grand et du petit conseil et sept prédicants. Zwingle lui-même, qui avait pris une ardente part au combat, périt en cette journée, « Les Catholiques, pleins de joie, remercièrent Dieu, en voyant étendu à terre et baigné dans le sang le cadavre du véritable auteur et de la cause première de leurs maux, calamités, misères et angoisses. Après l'avoir écartelé, on le brûla, en juste punition de ses crimes 2. »

Luther crut reconnaître dans la victoire des Catholiques ud jugement porté par Dieu même. « Zwingle, » écrivait-il^ « est mort en blasphémateur, tout chargé du poids de ses nombreux péchés et blasphèmes. Dans son dernier ouvrage, non seulement il a osé attaquer la doctrine du Saint-Sacrement, mais encore il s'est expriméen véritable payen ^. »

Grande fut la joie des Catholiques. Ferdinand, écrivant à l'Emi ereur, célèbre ce grand événement, le premier qui se fût produit, après tant de revers, en laveur de la foi et de l'Eglise •*. Lorsqu'il eut recula nouvelle d'autres avantages, successivement remportés, il pressa Charles-Quint avec les plus vives instances de .soutenir les Suisses restés fidèles à l'ancienne religion, comme le voulait son titre de protecteur de la foi, lui repré'sentantle grand bénéfice que l'Eglise recevrait de son appui après avoir tant soulFcrt de la défection des Suisses. Selonlui, l'Empereur ne pouvait trouver une meilleure occasion d'ac(iuérir de la gloire. d'autant plus que cette entreprise tournerait aussi à l'honneur do la Maison d'Autriche. « La Suisse, »

* KcssENRERG, Clironik, voy. Arc/iiv. fur Schu:eizerisc/ic Ri'funnatlonsijcsihicldr,

t. 111, p. 4rii.

' Salât, ('livonik. Voy. — Archiv, für F^rlnreizcrlsctie V.ofunnaliimaqrüchichlr, t. I, p. 310-312. Sur los poésies poléinisics de Salai après la bataille de Clappci, voy. noire sixième vol. « i,a mori lie /uiii;;!e et de tant de pasteurs de S;ilsccle fui également considérée par N's Héfornus cotnine un ctuUimenl du ciel. » l.iUlii. p. 74.

^ S;,>,nnll. Werki', t. XX.Xil, p. 3'.i'J-lU). —Voy. A. Knir.iisoN, Zwiiu/li's Teil und (Jessen licitrl/ieilurif/ ilurch Zri/r/mosscn. Strasbourg, 1881.

* 15 cet. Voy. Lanz, Correspondenz, l. I, p. t)53.

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