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COMPLOTS DE LA BAVIERE CONTRE LE ROI FERDLNAND

entreprendre, et qu'il épargnerait le reste de TAllemagne. Le confidenL le plus intime dcZapoli, Nickel de Minckwitz, faisant part de ces nouvelles au délégué de la Bavirre, le charge de demander aux. ducs s'ils ne seraient pas disposés, unis à d'autres princes «dignes de toute confiance », à s'entendre avec la Bohême, la Misnie et la Silésie pour expulser définitivement Ferdinand de l'Allemagne. Une fois ce résultat obtenu, on élirait un nouveau roi des Romains avec l'assentiment des Turcs, et les deux frères pourraient aisément obtenir de ces derniers la garantie d'une paix durable, car au fond les Turcs n'avaient qu'un but : abattre l'orgueil de Ferdinand ^. Sur cette ouverture, lesducs entrèrent en relation intimeavecMinkwitz"-. Le voïvode leur ayant exprimé le désir de voir la Bavière laisser tranquillement s'opérer la campagne entreprise par Ulrich de Wurtemberg pour le recouvrement de son duché ■', en reçut la cordiale assurance qu'ils étaient prêts aie servir de tout leur cœur et n'épargneraient rien pour la défense de la« liberté allemande »; déjà « ils étaient en très bons termes avec Ulrich, et Ferdinand pouvait s'attendre à les voir lui refuser toute obéissance ^ w.

Les alliés se proposaient d'expulser Ferdinand, non seulement de la Hongrie, mais encore de la Bohême et du Wurtemberg; en cas de besoin^ ils comptaient sur l'assistance des Turcs.

Vers la fin de 1531, des négociations furent entamées entre les ducs et Zapoh pour la conclusion d'un traité positif, fixant avec exactitude le contingent que les parties seraient tenues de fournir lorsque le moment serait venu de marcher contre l'Empereur ou contre Ferdinand. Za poli offrait d'attaquer premièrement fAutriche et se faisait fort de décider le sultan à envahir la Garinthie et la Croatie. « La moitié des pays conquis par les Turcs serait abandonnée à la Bavière. Si les Turcs se décidaient à envahir l'Allemagne, on obtiendrait d eux la promesse qu'ils ne s'approcheraient pas de plus de trois lieues des frontières de la Bavière. Zapoli pro-

» LeUredu 31 janv. 1531. Voy. Muffat, p. 112-115.

* Voy. Muffat, p. 110-121. Le 10 janvier 1531, L. Griui accrédita Nickel de Minckwitz: auprès des ducs, afin qu'il les mil au courant des desseins de Soiiinau. — Muffat, p. 94-95. Le l" juillet 1531, Zapoli donna des instructions h Minckwitz touchant une alliance à conclureentre la France, la Saxe et la liesse; il lui recommandait aussi d'avoir l'œil à l'alliance turque. — Falke, Minckwitz, p. 41"2. Le 24 sept. 1531, Minckwitz demandait à Eck une audience secrète. Déjà il avait mis l'Electeur de Sa.xe et le Landgrave << au courant de la question turque et de diverses autres affaires ». — Muffat, p. 13Ü.

'■> Jérôme Lasky au secrétaire de 15avière Weissenfelder, 16 juin 1531. Muffat, p. lt>3.

' Wei.ssenfeldcr à Lasky, 3 août 1,'J.ll, Muffat, p. 125-127. « Volo non latere magiiificeniiam vestram, principes jain esse cum praafato duce (Ulricli) in tractatu conco.die. »

CONVENTION DE SAALFIELD. 1531. 269

mettait de venir au secours des ducs avec une armée de cent mille hommes, dans le cas où ils auraient à redouter les représailles de l'Empereur ^.

Pour décider les Etats de Bavière à adopter des plans si manifestement contraires aux intérêts de la patrie, les ducs affirmaient que si l'on voulait sauver l'Allemagne il fallait, de toute nécessité, se mettre à couvert de Ferdinand ; que si Ferdinand était élu roi des Romains sans qu'on eût rien l'ait pour l'empêcher, les Electeurs ne manqueraient pas de leur donner un maître, ainsi qu'aux autres maisons princièrcs; à moins que l'Empereur et son frère, gardant tout le pouvoir entre leurs mains, ne fissent peser sur eux un joug tyrannique. Dès lors, les princes, leurs terres et sujets perdraient toute indépendance et comme de vils esclaves seraient obligés, sans répliquer, d'exécuter et de fournir tout ce qu'exigeraient leurs maîtres. L'Empereur et son frère n'avaient d'autre but que d'asservir l'Empire. D'ailleurs il fallait songer à protéger la Bavière de l'invasion. Si les États consentaient à s'entendre avec la Saxe et ses alliés, on pourrait vivre en sécurité, car dans le cas où l'Empereur et le roi viendraient à attaquer la Bavière, Zapoli et les Turcs, établis dans les pays autrichiens, s'empresseraient de voler à son secours; les autres princes joindraient leurs forces aux leurs, et les souverains étrangers, fourniraient des troupes et de l'argent 2.

Pour s'entendre avec la Saxe au sujet de l'élection de Ferdinand, Eck se rendit au mois d'août 1531 à Giessen, auprès du Landgrave. Dans cette entrevue la question religieuse fut aussi traitée. Il fut convenu que si le Pape tardait à réunir le Concile, on supplierait l'Empereur de le convoquer de sa propre autorité; si Charles-Quint, pour une raison ou pour une autre, tardait à donner satisfaction à cette requête, les Etats se réuniraient pour statuer entre eux aussi bien sur les points de foi que sur la réforme des abus 3. Ainsi donc les membres du Saint-Empire d'Allemagne se proposaient, du consentement de la Bavière, de se constituer en tribunal ecclésiastique indépendant du Siège Apostolique, et se déclaraient compétents en matière de foi.

Le 2't octobre, à Saalfeld, les ducs Guillaume et Louis s'unirent aux princes de Smalkalde contre Ferdinand. «Pour des motifs équitables et chrétiens, » dit le traité de Saalfeld, « l'Electeur de Saxe,

» Evidemment une armée turque. — Projet d'alliance entre le roi Jean et les ducs, nov. 1331. Voy. Muffat, p. 142-143. — Voy. Stumpf, p. 73-75. — Buchholtz, t. IV, p. 159-lßO.

2 Voy. Stumpf, p. 67-72.

^ Voy. Ranke, t. III, p. 302; tiré de diverses correspondances conservées aux archives de Weimar.

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afin d'éviter de plus lonj^ucs dissensions dans la Clirélienlé et dans la nation allemande, et aussi pour la défense des libertés de l'Lnipire, proteste contre l'élection de Ferdinand. D'accord avec la Saxe, les alliés déclarent, en celteopposition,nerormer (ju'unseul homme et ne vouloir jamais se séparer; aucun d'eux, sans la connaissance et la volonté de tous les autres, ne pourra poursuivre un but particulier, conclure la paix ou terminer un dilîérend. Si, au sujet de leur union ou de leur refus d'obéissance, les princes étaientinquii'-tés ou menacés par quelque adversaire, ils s'engagent à se venir mutuellement en aide et à mettre loyalement en commun terres, gens et biens. »

Il s'agissait maintenant de rendre les pouvoirs étrangers favorables à cette ligue, en apparence formée pour le maintien de la religion, et la pour libt-rlé de la patrie.

Dans ce but, Bonaventure Kurss, délégué par laBavière, se rendit à la eour de France, et Nicolas Meyer, conseiller de Hesse, partit pour l'Angleterre. Tous deux avaient mission d'inviter les souverains de ces pays à entrer dans les plans des princes protestants, et à l'ournir, pour l'organisation de la ligue, une somme d'environ trois cent mille llorins. La France serait priée d'user de son inlluence auprès de Venise, de la Suisse, de la Lorraine et du duché de Guelcire, et de décider ces états à s'unir aux alliés; le Landgrave et le duc Guillaume promirent de solliciter l'appui du duc de Gueldre; Philippe se chargeait de gagner le roi de Danemarck Frédéric *. Par l'entremise de son ambassadeur particulier, le comte Guillaume de Fiirslenberg, il s'ellorca de démontrer à François L"" (novembre 1532) qu'il était de son intérêt d'empêcher Ferdinand d'obtenir pour lui et ses descendants la couronne impériale et (lu'il devait sans h«''siter fournir aux alliés ia somme demandée. 11 l'enga.i^eait aussi à envoyer un plénipotentiaire aux Etats de la ligue, (pii allaient s'ouvrir à Lübeck. En inrnic temps, le i'(''lal)lissenient du duc Finch de Wurleinbgrg lui était inslaminciit recommandé -. Le 18 novembre. Eck écrivait au Landgrave (|ue, selon lui, à la Diète <|ue rEm[ier(!iir \enait de convo(pier à Uatisbonne, les princes et membres derEm[)ire feraient bien de paraître environnés d'un imposant appareil militaire. La Bavière avec mille cavaliers, la S:i\e, lu Hesse et autres piineiijaulés avec cini] cents. Iles troupes camperaient (mi face de Hati-^bonne, sur le territou'e bavarois; on coiijterail les ponts du Daiiulie, et l'Empeieiir. le roi Ferdinand et les

' Vov . sur les ilcci.siüiis prises à Saaifeltl, SriMir;'. p. ül üi, el L'ikim- •denhuch. p. 1Ü-2Ü.

«UüM^i;i., t. 1, p. 2yi)-2'Jl, et l. 11. p. 200-201 .

LES PRINCES ALLEMANDS OECHERCHEXT l'aPPUI DES PUISSANCES ÉTRANGÈRES 1Ö31. l'71

Electeurs se trouvant cernés de tous côtés, « il serait très facile de les amener à de bonnes résolutions * ».

A Lübeck les conditions d'une alliance entre Zapoli et les princes signataires du traité de Saalfeld ^ furent arrêtées. Nickel de Minckwitz, qui y vint au nom de Zapoli (janvier 1532), demanda pour son maître non seulement l'envoi de troupes danoises, mais encore de cavaliers allemands. A ce sujet, les ducs écrivirent à Zapoli au mois de mars : « Nous sommes tout disposés à satisfaire Votre Majesté Royale en tout ce qui pourra contribuer à sa gloire et à ses intérêts. » Ils contribuèrent à l'équipement des cavaliers, comme ils l'avaient déjà promis aux ambassadeurs de Saxe et de Hesse .

Afin d'entraver autant qu'ils le pourraient les efforts tentés par l'Empereur pour amener une réconciliation entre Ferdinand et Zapoli, ils mandaient à ce dernier : « Nous savons do source certaine que la puissance de Ferdinand n'a rien de bien redoutable; il est tellement ruiné qu'il ne sait plus comment sortir d'embarras. Nous ne négligerons rien pour en fournir les preuves à Votre Majesté Royale, afin que, bien éclairée, elle puisse prendre le parti le meilleur 3, »

« Maintenant ou jamais, » disait Eck, « le moment est venu de se débarrasser du joug welclie, » Mais il fallait commencer par fournir à Zapoli les moyens de se défendre. « En somme, » écrivait le chancelier au duc Guillaume (21 avril 1531), (( si la Saxe, la Hesse et Votre Grâce sont vraiment décidées à mener l'affaire à bonne fin et persistent dans leur résolution, la première chose à faire c'est de maintenir le voïvode en Hongrie, car à lui seul il peut être d'un plus grand secours à Votre Grâce que tous les autres souverains chrétiens mis ensemble^. » Le duc Louis n'oubliait rien pour dissuader les Bohèmes d'aider Ferdinand à refouler les Turcs. « Ferdinand, » leur répétait-il, « a peu de crédit dans l'Empire : d'ailleurs il est tellement ruiné que tout l'argent que nous pourrions lui fournir ne lui serait d'aucune utilité. Vous le donneriez sans pouvoir en espérer aucun bénéfice, et pour toute récompense, vous seriez tournés en ridicule. Vous feriez bien de répondre à Ferdinand que vous êtes très décidés à ne rien accorder avant d'être exactement informés des intentions du Saint-Empire ; qu'alors

1 Wille, p. 67.

*Yoy la dépêche adressée par Eck aux ducs de Bavière, et le procès-verbal de l'a-semblée de Nuremberg, daté du 2G sept., daus Muffat, p. 131-137. •* Muffat, p. 164-lt)tj.

^Muffat, p. 198. —Voy. p 203-204.

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seulement vous verrez ce que vos ressources vous permettront de faire. De cette manière, vous garderez votre argent, et pourrez utilement l'employer pour les besoins de la Bohême *. »

François l''"' se montrait maintenant plein d'ardeur. Jérôme Lasky, son ambassadeur, informa le Landgrave à Giessen, au commencement de mai 1532, qu'il avait donné ordre d'empêcher par tous les moyens Ferdinand etZapoIi de se rapprocher et de s'entendre ^. De Giessen, Laski donnait aux ducs les détails les plus circonstanciés sur la mission qui lui avait été confiée par François I". Le roi désirait vivement conclure avec eux une étroite alliance, et songeait à leur envoyer un ambassadeur; les rois d'Angleterre et de Danemark, Zapoli et le duc de Prusse entreraient dans la ligue. La cause d'Ulrich de Wurtemberg fournissait un excellent prétexte à la guerre contre la maison d'Autriche; les ducs devaient se hâter de se réconcilier avec Ulrich, et soutenir les intérêts de son fils 3. Grâce à tout ce que lui avait dit le Landgrave, le roi comprenait maintenant à merveille l'importance qu'aurait pour la France le rétablissement du proscrit. Le Wurtemberg était en état de fournir aux Français les plus excellentes troupes, et, par Ulrich, tout l'Oberland allemand leur serait ouvert •*.

Ne négligeant rien pour nuire, même en de petites choses, à la Maison Impériale, le roi de France, allié aux princes allemands pour la liberté de la Germanie, soufflait la discorde dans le Palatinat et encourageait le comte Otto Henri de Neubourg, dès cette époque protecteur zélé de la nouvelle doctrine ^, à solliciter le titre d'électeur Palatin. On espérait ainsi diviser d'intérêts la Maison Palatine, restée jusque-là fidèle à l'Empire ^. François désirait que la guerre ne commençât qu'après le départ de l'Empereur, car aussi longtemps que Charles aurait le pied en Allemagne on ne pouvait, disait-il, faire aucun fonds sur les promesses des villes impériales. Fort du traité conclu avec Zapoli, il fit défendre à celui-ci par Lasy d'entrer dans aucun arrangement avec Ferdinand, Lasky était également chargé, comme il l'écrivait aux ducs, de faire en sorte que le Turc n'envahît point l'Autriche cette année-là, mais se contentât d'aider François 1" de son argent.

' Inslriiclion du duc Louis de Davière pour Gaspard Lochmair aux seigneurs de Schwiliau, mars isy-i. Voy. Mukiat, p. 181-183.

- Lettre du 1" mai lii'M, Muffat, p. 211.

^ LcUre du 1" mai lo3"i, Muffat, p. :20i-207.

' Instruction envoyée de liesse à François I", 23 mars lo3'2, Willr, p. 2ü'i-257.

^ Vo}. Gkmeiniîk. p. 71 .

"« ... ul iuducatur l'alalinus Reni Otto Honricus répéter electoratum. quem intellexit esse in Fridtricum Iranslatum, ul per hue dlycurdia inlcr ralaiiiios Hnii suscHefur. »

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