‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 100 sur 630 · ÉDIFICES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ÉDIFICES RELIGIEUX

de Saint-Léonard est de 1474, l'église abbatiale de 1490, la cbapelle de l'hôpital de 1493. A Àugsbourg, le Dôme fut achevé en 1484, Saint- Ulrich est commencé en 1467, Saint-Georges achevé entre 1490 et 1505. Saint Maurice date aussi de cette époque. Le Dôme de Ratisbonne, chef-d'œuvre de premier ordre, est de 1486, la cathédrale d'Ulm de 1507, et Notre-Dame de Munich fut construite entre 1408 et 1488.

La Westphalie et le pays rhénan furent, aussi bien que la Bavière et la Souabe, dotés de nombreux et d'imposants monuments religieux. Citons en Westphalie ceux de : Blomberg, Bocholt, Borken, Coesfeld, Corbach, Dortmund, Everswinkel, Hamm, Liesborn, Lippstadt, Lüdinghausen, Mollenbeck, Munster, Nottuln, Rheine, Schwerte, Soest, Unna, Freden, Wedderen. Dans le pays rhénan : Alzey, Andernach, Baden- Baden, Bâle, Berne, Bingen, Bonn, Bruchsal, Calcar, Clausen, Clèves, Coblentz, Cologne, Constance, Cues-sur-la-Moselle, Duisbourg, Elten, Emmerich, Essen, Fribourg, Heidelberg, Hernsheim, Kiedrich ; dans le Rheingau, Landau, Linz, Mayence, Meisenheim, Metz, Neustadt, Rokeskyll et Saint-Goar, Simmern, Sobernheim, Strasbourg, Thann, Trêves, Überlingen, Worms, Xanten, Zug et Zurich. On travailla dans cette dernière ville à la grandiose cathédrale de 1480 à 1490; au dôme de Notre-Dame de 1484 à 1507; à la Wasserkische de 1479 à 1486. A Cologne, se manifeste en même temps une incroyable ardeur pour l'architecture religieuse. Sans parler des édifices civils, Sainte-Ursule est construite entre 1449 et 1467, les Saints-Apôtres en 1451, Saint-Séverin en 1479, l'église des Frères-Mineurs en 1480, Saint-Martin-le-Petit, Saint- Laurent, à la même date; Saint-Jean et Saint-Cordula en 1483. En 1456, Saint-Columba fut agrandi pour la première fois, en 1493 pour la seconde, en 1504 pour la troisième. En 1491, Saint-Paul est continué. En 1462, l'église des Macchabées est érigée, en 1465 s'élève la chapelle du Sauveur dans Sainte-Marie du Capitule, la chapelle de Sainl-Thomas date de 1469, celle de Sainte-Catherine de 1473, la sacristie de la chapelle de l'hôtel de ville, de 1474, l'église et le cloître de Saint-Apern, de 1477, l'église et le cloitre de Sion, de 1480, ainsi que l'église des Frères de la Croix; l'église du cloitre de Mommersloch s'achève en 1483; la chapelle du Baptistère de Saint-Jean en 1489, en 1490, l'église des Frères de Weidenbach; en 1493, la seconde chapelle de Sainte-Marie du Capitule; en 1505 le Baptistère et Saint-Séverin. Outre cela, de 1447 à 1513 on travailla sans relâche au Dôme1.

1 Voy. Ennen, sur l'architecture dans le diocèse de Worms au déclin du moyen âge; voy. l'article de Falk, t. III, p. 982-1001. — Voy. le Mémoire de Falk, dans les Hislor.und Pol. Blätter, t LX XI X, p. 125-130.

Dans tout le territoire du Rhin central où l'architecture chrétienne du moyen âge eut son plus magnifique épanouissement, la période comprise entre 1450 et 1515 fut peut-être la plus féconde. Jusque dans les petites localités de brillants chefs-d'œuvre furent exécutés, entre autres la splendide église paroissiale de Kiderich, la chapelle de Saint- Michel de la même petite ville, et l'église du Cygne, à Forst. Cette dernière pourrait bien représenter le point culminant de l'art chrétien. Elle nous offre la preuve du génie avec lequel les architectes d'alors savaient se prêter à toutes les exigences; ils exécutaient les petites choses avec la même habileté, le même succès que les grandes ' . L'essor de l'architecture semblait suivre l'élan de la vie intellectuelle. Ainsi à Bâle et à Fribourg, c'est à l'époque où les Universités nouvellement fondées entrent dans leur première période d'éclat, qu'on érige à Bâle (de 1470 à 1487) le second chemin de croix; entre 1484 et 1500 s'élève le clocher sud de la cathédrale; de 1496 à 1503 l'église de Saint-Léonard. De 1471 à 1509, le chœur de la cathédrale de Fribourg, avec son admirable couronne de chapelles est construit 2. À Francfort-sur-le-Mein le zèle pour la construction des églises parait surprenant lorsqu'on le compare à l'inertie du passé. En 1452, on y construit Saint-Pierre; en 1455, Notre-Dame la Blanche; en 1458, Notre-Dame; en 1485, l'église de l'ordre Teutonique; en 1507, Saint-Léonard; en 1512, le Dôme.

Des centaines d'églises s'élèvent aussi en Franconie et dans la Hesse. D'après une liste très-exactement faite, dans un seul district de ce pays (celui qui appartient aujourd'hui au district impérial prussien de Cassel3) nous constatons que des églises furent, ou construites, ou réparées et achevées, dans plus de soixante localités différentes.

Les noms de ces localités prouvent que dans ce pays, dépouillé par la guerre de tant de monuments, la quatrième partie environ des églises qui sont encore debout date de la fin du moyen âge. Pour prendre un autre exemple dans un pays différent, c'est à la même époque qu'appartient presque la moitié-des édifices religieux dignes d'attention au point de vue de l'art, qui subsistent encore dans les deux Alsaces (districts de Kaisersberg et de Rappoltsweiler4).

L'érection de ces innombrables édifices permet de constater l'ac-

1 Reicbxnspeager, Mélanges, p. 111-121. — Sur Kiedrich, voy. Zaun, 82 foll., 132 foll.

* Sur le cLœur de la cathédrale, voy. Bader, Geschichte der Stadt Freiburg, t. I, p. 533-541

3 Voy. Baudenkmäler im Ilegicrungsbezirk Cassel, Dehn Rotfelseu et Lotz (Cassel, 1870). — Lotz, Kunsttopographie Deutschlands, t. II (Cassel, 1802).

* Voy. Straub, Statistique mon. des cantons de Kaysersberg et de IUbeauvilU (Strasbourg, 1860.)

ÉDIFICES RELIGIEUX. lil

tion puissante qu'exerçait encore, dans toutes les parties de L'Allemagne, l'Église dont ils servaient les vues. Tant et de si admirables églises, sans parler des richesses dont elles étaient intérieurement ornées, n'auraient pu s'élever, si dans toutes les classes, dans les familles comme dans les corporations, n'eût dominé l'esprit de foi, la vive ferveur. Ce n'était pas l'amour de l'art qui poussait les âmes vers la dévotion; c'étaient le sentiment religieux, la culture religieuse élevée du peuple qui faisaient éclore les œuvres de l'art chrétien et en inspiraient l'amour. La nation y joignait ses plus nobles efforts et tenait à y participer selon ses moyens, par des offrandes, grandes ou petites.

Qu'on prenne en main, par exemple, les comptes d'architecture de l'église de Xanten : le maître architecte reçoit, pour couvrir les frais de la bâtisse, de celui-ci un lit, de cet autre un ustensile de ménage; un troisième apporte son habit; le quatrième amène sa vache, un autre offre du blé, et le maître architecte est prié d'employer le prix de revient de tous ces dons de la manière qu'il jugera être la plus utile. Dans le chœur de l'église, on voyait suspendus des cuirasses, des casques, toute espèce d'armes destinées à être vendues. Un bourgeois donne ses pierres précieuses; un seigneur offre les dîmes apportées par ses fermiers; on offre des matériaux de construction, le gain d'une partie de quilles, l'aumône qu'on est obligé de faire en entrant dans une confrérie. Un valet de service donne dix pièces de menue monnaie; une pauvre vieille femme, quatorze deniers. Les tailleurs de pierre eux-mêmes ne restent pas en arrière et donnent souvent d'une main ce qu'ils viennent de recevoir de l'autre comme salaire de leur semaine'.

Les choses se passaient de même à Francfort-sur-Ie-Mein ; dans cette ville, la collégiale de Saint-Barthélémy avait chargé un employé spécial de recevoir les dons apportés pour l'achèvement de la cathédrale. Cet homme se tenait tout le long du jour dans le cimetière, près d'une image représentant le Sauveur au jardin des Olives. On apportait au « gardien de l'image » non-seulement de bonnes pièces sonnantes, mais encore des objets de ménage, d'habillement, même des veaux, des porcs, des poulets, etc., que l'on renfermait dans des clôtures disposées à cet effet. La confrérie des boulangers se

1 SCHÖLTEN, Auszüge aus den Baurechnungen der Si Victors Kirche zu Xanten, p. 21, 2G, 30, 36, 39. 43, 48, 54-59, 63, 64, 74 (Berlin, 1852).

Reiciienspekger, Mélanges, p. 268-270; nous voyons par ces comptes combien, même à celte époque, l'érection d'un {jrand éditite éi ait chose dispendieuse. — Otte, p. 631. — Voy. aussi sur ce sujet Allihn, Bauhütte, n° 42, p. 81-92. Il y rend pleine justice à l'ardeur pour les œuvres d'art et d'architecture ■ de ce quinzième siècle si raillé ». — Voyez aussi Schuegraf, Drei Bcchnungen über den Begensburgcr Dom, 1487-1483 (Ralisbonne, 1857).

chargea d'engraisser gratuitement les porcs donnés de cette manière, jusqu'au moment où ils seraient en état d'être tués. Chaque samedi le collecteur des aumônes vendait à l'encan les objets qu'il avait reçus pendant la semaine, et le vendredi, on voyait fréquemment un paysan suspendre son harnais ou son meilleur vêtement, une femme sa plus belle jupe, auprès de la pieuse image; puis le lendemain on venait racheter ce qu'on avait donné la veille1.

On lit dans une chronique manuscrite relative à la construction de la cathédrale d'Ulm : « A l'endroit où le conseil de fabrique a coutume de s'acquitter des devoirs de sa charge, on a construit une baraque où chacun peut apporter la petite offrande volontaire de son bon cœur. Ni tablier, ni cotillon, ni ceinture, ni collier n'est méprisé; on les vend ensuite chez les fripiers, près du logis des cloutiers, le plus avantageusement possible au profit de l'édifice. (Quelques bourgeois se sont engagés à faire corvée d'hommes et de chevaux pendant une année entière; d'autres, pendant six mois, un, deux ou trois mois ; quelques-uns même achètent des chevaux à cet effet. Aussi, grâce à leurs efforts, l'œuvre a grandi sous leurs mains de telle manière que... en 1488, non-seulement la grande et splendide église avec son clocher a été élevée, voûtée, couverte, mais encore ornée à l'intérieur de cinquante-deux autels. On n'a accepté pour cette construction l'aide d'aucun étranger. Le dôme, avec le clocher, d'après les comptes, coûta envirou neuf tonnes d'or. En 1452, Claus Lieb, surnommé « le forgeron des pierres », fit construire à ses frais l'admirable sacristie. Pour rendre grâces à Dieu ou plutôt pour servir de prière perpétuelle (car alors tous ceux qui avaient fait un don à l'église pouvaient y suspendre, en souvenir de leur libéralité, soit des armoiries, soit un écusson, soit un tableau), il se contenta d'enfouir son enclume dans les fondements. On lit sur la porte de la sacristie : « Claus Lieb, surnommé le forgeron des pierres. » En 1517 fut achevé le groupe du Christ et des apôtres à la montagne des Oliviers. On y voit douze figures, sans compter celle du Christ et des trois apôtres ses compagnons. La fondatrice, qui a une confiserie dans la rue d'IIerbel, se nomme Marie Tausendschun, et elle a, diton, dépensé 7,000 florins pour ces sculptures 2. »

1 KRIEGS. Geschichte Francfurt' s, p. 1G5.

2 Hist. und Pol. Blatt. , t. XXXII, p. 103-104. — Voy. les dons d'armes et d'habits offerts pour l'église de Notre-Dame à Mayunce.— Mone, t.XI, p. 138. —Falk, Wissenschaft und Kunst, p. 350. — Sur les dons volontaires offerts pour les églises de Nuremberg, voy Baader, Aop., t. I, p. 54, et t. II, p. 29, 32, 34. — Voy. aussi Passavant'* Anrichten, p. 12*-I25. — Dans l'église de Nussdorf, on a trouvé dans les voûtes d'arête des écussons où étaient peints des serpettes de vignerons, des épis, des abeilles et des raisins, probablement en souvenir des cultivateurs et vignerons qui avaient coopéré à la construction de l'édifice. Jahrbuch der Ccn-

tralcommission, t. II, p. 155.

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