VEIT STOSS
tions est étonnante; on les croirait vraiment exécutées en filigrane, et elles sont si délicatement ciselées, qu'autrefois, et même il n'y a qu'un siècle, on croyait généralement qu'elles avaient été exécutées en pierre coulée, « art perdu aujourd'hui », disait-on. Ce tabernacle est plus grand de moitié que celui de Nuremberg.
Tilmann Riemenschneider suivit une direction artistique presque semblable à celle d'Adam K rafft. Il avait de grands ateliers à Wurtzbourg; ses plus beaux ouvrages sont : les tombeaux des évêqucs Rodolphe de Scherenberg et Laurent de Bibra dans le dôme de Wurtzbourg; puis le monument funèbre de l'empereur Henri II et de sa femme Cunégondc, dans le dôme de Bamberg (1499-1513). Sur la dalle qui les recouvre on voit les statues des deux saints dans l'attitude d'un tranquille repos. L'œuvre est remarquable par la noblesse de la composition comme par le fini de l'exécution. Sur les quatre côtés du tombeaux, des bas-reliefs sculptés rappellent des traits empruntés à la vie des deux époux.
Parmi les maîtres si nombreux d'alors, il faut encore citer Veit Stoss (né en 1447); il travailla alternativement à Cracovie et à Nuremberg. Il était sculpteur sur bois, statuaire, peintre, graveur sur cuivre, mécanicien et architecte. À Cracovie, il acheva en 1489 le magnique maître-autel de t l'église Notre-Dame1; en 1492, à la cathédrale, le tombeau du roi Casimir; en 1495, les cent quarante-sept stalles de chœur de l'église de Notre-Dame. Son labeur persévérant exerça une grande iufluence sur les progrès de l'art en Pologne et en Hongrie s. Aussi dans le comtat de Zipfer, tout ce qui est resté debout dans les villes et dans les villages en fait de sculptures, porte-t-il l'empreinte de l'art allemand. Stoss travailla aussi à Nuremberg avec une infaligable ardeur; il reçut des commandes de Transylvanie, et même de Portugal 3. « 11 fit pour le roi de Portugal, rapporte Neudörfer, les statues d'Adam et d'Eve en bois peint, de grandeur naturelle; ils ont une telle vérité d'attitude qu'on reste saisi à leur aspect, il semble qu'ils soient vivants. Il m'a fait voir à moi-même une mappemonde en relief où il a représenté les hautes montagnes, les vallées, les fleuves, les plus humbles cours d'eau, les villes et les forêts *. - Son œuvre la plus considérable à Nuremberg,
1 Voy. sur les offrandes pour les auleis, Essenwein, p. 101-102, et Suppl., t. XV,
s Voy. Documents, t. III, p. 253-257; t. IV, p. 41, 44; t. V, p. 227. Fol.
3 Pour plus de détails, voy. Kunstmann, p. 304.
* Neudöhfeu, p. 84. — Veit Stoss est le seul des grands artistes du quinzième siècle dont la vie soit entachée d'une faute considérable. Dans un procès qu'il eut à soutenir contre un négociant de Nuremberg, qu'il accusait de lui avoir fait perdre une somme importante, il apposa une signature fausse et fut con-
c'est le rosaire de l'église de Saint -Laurent que lui avait commandé le marchand Antoiue Tucher, et qu'il termina en 1518. Il y avait à Nuremberg tant de sculpteurs sur bois, qu'on peut à peine comprendre comment tous pouvaient réussir à gagner leur vie '.
Le plus célèbre d'entre eux, celui dont le génie fut le plus profond, c'est maître Georges Syrlin, d'Ulm. Ses stalles de chœur, dans la cathédrale d'Ulm, développent en d'admirables sculptures la philosophie de la nature, de l'histoire et de la révélation. L'artiste nous montre d'abord la nature inintelligente, le monde des plantes et des animaux; puis il nous représente l'humanité que le péché a dégradée, qui a oublié Dieu et en est, à cause de cela, abandonnée. Sur ce premier plan s'élève, en trois autres plans superposés, le Paganisme penseur, avide de trouver Dieu; l'Ancien Testament et son attente pleine de foi; enfin le Nouveau Testament dans toute sa plénitude de lumière. Le Paganisme est représenté par ses grands hommes : Pythagore, Cicéron, Sénèque, Quintilien, les sibylles; le Judaïsme, par ses patriarches, ses prophètes et ses saintes femmes; le Christianisme, par ses apôtres et ses saints. L'exécution artistique correspond parfaitement à un plan si vaste. On est émerveillé de la richesse d'ima gination de l'artiste et de l'inépuisable variété qu'il sait donner à l'expression de tant de figures. L'attitude des personnages est pleine de vérité, de grâce et de vie; on trouve même dans cette œuvre, à côté d'un profond sentiment religieux, la trace d'un enjouement aimable. La création de maître Syrlin est d'autant plus digne d'admiration qu'il n'a mis que cinq ans à l'exécuter (1469-1474) â.
Jusque dans les petites villes et dans les villages, on découvre de magnifiques sculptures datant de cette époque. Par leur simple beauté, la largeur avec laquelle sont traités les personnages, leur caractère élevé, elles appartiennent aux œuvres les plus achevées de l'art allemand. Citons, à l'appui de celte assertion, les œuvres d'art des églises de Lorech (sur le Rhin), de Clausen (près de Trêves), de Blaubeurcn, d'Eschach, d'Heerberg (dans un coin ignoré de la Souabe), de Saint-Wolfgang (village près d'Ischl), de Kafermacht, en Autriche, de Rottenburg sur la Tauber, de Cregliengen, lieu de pèlerinage près de Rottenberg, de Gnadcnberg, lieu de pèlerinage dans le Palalinat 3.
damné pour celle déloyaulé à être marque d'un fer rouge aux deux joues. Il se tint toujours pour injustement accusé, et l'empereur Maximilien le rétablit dan> tous ses droits de bourgeoisie (1502-1506). Chroniken der deutschen Studie, t. X, p 6L>7. — Baadfk, Beitrage, t. I, p. 14-25.
1 Voyez-en la liste dans Baadeu, t. I, p. 4, 5. — Sichart, p. 540.
2 Voy. IIassleu, p. 107114.
3 Voy. Wâagen, t. I, p. 186-189. — KüGLER, Handbuch, t. Il, p. 419-420. — Sur les œuvres d'art d'origine allemande de la Hongrie, voy. Scueiger, Documents,