‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 108 sur 630 · LES FRERES VAN EYCK · texte numérisé non relu

LES FRERES VAN EYCK

Ou ne counait le nom que de bien peu des artistes auxquels sont dus tant d'ouvrages admirables. Les maitrcs du quinzième siècle n'attachaient aucune importance à ce qui leur était personnel; ils ne paraissent nulle part dans leurs œuvres, ils ne cherchent jamais à mettre leur personnalité en relief; leurs créations fleurissaient pour ainsi dire dans leur âme; elles étaient déjà contenues en germe dans leur foi vive, dans leur ardente piété; elles en étaient le produit presque inconscient; de là leur simplicité et leur calme, et c'est précisément dans cette absence de prétentions, dans ce calme, que gît le secret du puissant effet qu'elles produisent. Si elles nous fout une telle impression de grandeur, c'est que la grandeur est comme inhérente à leur nature '.

Les deux frères Van Eyck : Hubert (f 1432) et Jean (f 1440), tous deux établis à Bruges durant presque toute leur vie, passent généralement pour avoir été les véritables initiateurs de la peinture en Allemagne. La vigueur du dessin, la clarté de la composition, la profondeur du sentiment, la vérité et l'harmonie de la coloration, font de leurs tableaux des chefs-d'œuvre dont aucune toile jusque-là n'avait pu faire pressentir la perfection. Au point de vue de l'histoire de l'art, ces deux maitres sont doublement dignes d'être étudiés. D'abord, ils sont les premiers qui aient eu la pensée de mettre la peinture à l'huile, depuis longtemps découverte, au. service d'un art élevé; puis c'est à eux encore que l'on doit l'introduction dans l'art de l'étude d'après nature; ils ont traité le portrait et le paysage avec un soin, un amour inconnus jusqu'à eux 9. Aussi leur réputation s'étaitelle répandue dans l'Europe entière; ils eurent de nombreux élèves,

1. 1, p. 173. — Sur les slallesde chœur de la Bavière, voy. Sighirt, Documents, t. Vf, p. 10C, 107. — Sur les déprédations exercées plus tard par les protestants dans les églises, voy. les détails donnés par nous, dans le tome III de cet ouvrage. A Sainl-tJall, au moment où s'exerça la plus grande fureur contre les images saintes, on emplit quarante voilures de débris, d'images brisées qu'on livra plus tard aux Mummes. A Zurich, il fallut treize jours pour anéantir les « idoles • en présence des autorités de la ville. On en brûla les restes a Bâle, le mercredi des Cendres, dans le cimetière de la cathédrale. A Ulm, la même fureur de destruction anéantit cinquante des plus beaux autels, avec leurs sculptures de bois. On alla jusqu'à jeter violemment dehors l'orgue de la cathédrale; puis l'on brûla toutes ces • idoles ■ pour la « gloire de Dieu ». Voyez notre troisième volume.

1 Voy. A. Stifter, Mélanges, t. I, p. 235-253.

- Pour plus de détails, voy. Eisenmann, Die Brüder l'an Eyrk, dans l'ouvrage intitulé : Kunst und Künstler des Mittelalters und der A'cuzeit, p. 3-6. — Sur Durer, considéré connue le premier paysagiste allemand, voy. Kaufmann, p. 35.

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non-seulement en Allemagne, mais en Italie1. Antonelli de Messine faisait partie de ces derniers, et communiqua plus tard aux artistes de Venise le goût que les maîtres flamands lui avaient inspiré pour le paysage 9. L'école des frères Van Eyck exerça une puissante influence à Florence même, et Dominique Ghirlandajo n'y resta pas étranger. Les artistes de la haute Allemagne lui durent aussi leur inspiration, et beaucoup d'entre eux, après avoir étudié dans les ateliers des frères Van Eyck, importèrent dans leur patrie Y « art des Pays-Bas ».

Cependant, les plus célèbres et les plus universellement admirés des artistes de notre pays ne subirent pas l'influence flamande. Le fond et la manière de leurs tableaux montrent clairement qu'ils relèvent bien plutôt de l'école de Cologne. .Cette école, qui avait peut-être reçu des Grecs, dès l'époque des Othon, les premiers principes de l'art, était entrée dans un plein épanouissement depuis le commencement du quatorzième siècle. Elle devait surtout sa réputation à Etienne Lochner, de Constance, dont l'influence domina à Cologne jusqu'au seizième siècle, et qui eut toute une pléiade de disciples remarquables : le « maître de la Passion de Liversberg » le « maître de la Glorification de Marie », et le « maître de Saint-Séverin » en sont les plus admirés (1460-1500) 3.

Parmi les artistes venus du dehors qui reçurent à Cologne la direction de leur talent, deux maîtres doivent surtout attirer notre attention : Hans Memling, dit Hans l'Allemand, né en Franconie (mort vers 1495), ordinairement pris à tort pour un Flamand par nos biographes, et Martin Schongauer, né en Souabe, surnommé à cause de l'admiration générale qu'il inspirait « Martin Schön »(Martin le Beau). Il est évident que les personnages des tableaux de Memling ont eu pour modèles des habitants du pays du Bhin; les détails d'architecture offrent tous les caractères de l'art rhénan; la couleur est celle de l'école de Cologne, nullement celle des frères Van Eyck. Memling resta toujours fidèle à la tradition de Cologne, même après que depuis longtemps il se fut fixé à Bruges et eut travaillé daus l'atelier de Roger van der Weyden, élève plein de talent des frères Van Eyck *. Martin Schongauer suivit la même voie, bien qu'il ait eu comme lui le bénéfice des leçons des maîtres flamands. Comparons avec la délicieuse composition d'Etienne Lochner, Marie dans le buis-

1 Vittoria Colonna et Michel-Ange trouvaient qu'il y avait plus de sentiment religieux dans les tableaux de l'école flamande que dans ceux de l'école italienne. Voy. Documents, t. V, p. 155.

2 Voy. A. de Humboldt, Cosmos, t. II, p. 81-82. zSchcibler, p. 11-5G, p. 17.

* Thausing, Vie de Durer, p. 54.

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