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PEINTRES VERRIERS

notre sens humain. Mais d'autres n'accorderont pas qu'ils aient raison, et moi non plus je ne l'accorderai pas, à moins que cela ne me soit bien évidemment prouvé. Mais de cela, qui pourra nous convaincre? Car je crois qu'il n'est personne qui dans la moindre des créatures vivantes ne distingue la fin plus haute pour laquelle elle a été créée. Que dire donc de l'homme, qui est une créature toute à part, et à laquelle Dieu a assujetti toutes les autres? J'accorde bien que tel ou tel artiste imaginera ou exécutera une figure plus belle qu'un autre parce qu'il aura mieux compris les conditions de sa vie, mais il n'arrivera jamais à une telle perfection qu'il ne soit possible de s'en imaginer une plus parfaite encore. La perfection ne saurait appartenir à l'esprit de l'homme; Dieu seul sait ce secret, et celui auquel il le révèle, car celui qui est la vérité connait seul quelle est la plus belle forme et la plus belle proportion de l'homme. » Pour Durer, la productivité n'est donc autre chose que le don que Dieu a fait à l'homme « de modeler et de faire tous les jours beaucoup de nouvelles figures d'hommes et d'autres créatures \ selon le don particulier qui lui a été départi par le Créateur ».

La période d'éclat de son génie s'arrête au moment où les luttes religieuses commencent. Ses œuvres les plus admirées sont presque toutes antérieures aux premiers troubles amenés par la Réforme. Les esquisses de son plus célèbre tableau, les Quatre Tempéraments, étaient commencées longtemps avant 1.318 2.

Ses créations lui assujettirent, pour ainsi parler, l'Europe entière; son influence est sensible jusque dans les œuvres de Raphaël :i. L'art lui doit un progrès, une extension immenses. C'est un maître qui appartient au monde entier.

Ses élèves et continuateurs les plus remarquables sont : Hans SchaüH'clin, Albert Altdorf er, Hans Baidung, Mathieu Grunwald et Lucas Cranach,

La peinture sur verre atteignit son plus grand éclat en Allemagne, vers la seconde moitié du quinzième siècle4. Là où elle n'avait pas

1 Voy. Kaufmann, A. Durer, p. 80.

- Waagen, t. I, p. 109. — Sighaut, p. GI9. — Durer, dans son art, resta fidèle catholique jusquà sa mort. — Voy. Kaufmann, p. 83-93.

3 Voy. Springer, p. 179-180. — Sighart, p. 631. — Van Eyf., p. 277. — Kaufmann. Die Nachwirkung Dürers auf die spatere zeit in der Zeitschrift für Deutsche Cultur geschickte, p. 470-481, 1873, et du môme auteur : A. Durer, p. 93, 101.

* Schäfer, Die Glasmalerei des Mittelalters und der Renaissance (Breslau, 1881).

un caractère monumental et purement décoratif, elle tenait à peu près la place de ce qu'on a appelé de nos jours la peinture de chevalet. Ses instruments, ses moyens d'exécution étaient des plus simples, et pourtant les verriers parvenaient à produire les plus brillants effets. Ce qui nous a été conservé des vitraux ornant au quinzième siècle l'intérieur des habitations, et pour la plupart représentant des armoiries, sont, dans leur genre, des modèles inimitables.

Les verriers, eux aussi, étaient organisés en corporation; mais ils formaient presque toujours avec les peintres une association commune. A certains jours, peintres et. verriers réunis assistaient au service divin, aux messes pour les membres trépassés, et participaient ensemble aux tètes organisées par leur confrérie. Dans l'intérieur des monastères beaucoup de religieux cultivaient aussi avec succès l'art de la peinture sur verre et parfois créaient des œuvres exquises. Le Dominicain Jacques Griesinger, d'Ulm (f 1491), brûlait admirablement les couleurs et forma à Bologne une école particulière; on lui doit cette belle nuance jaune qui se prépare avec l'argent. « Il menait une vie toute sainte et vertueuse, qui était un spectacle et un exemple pour tous les nobles bourgeois et seigneurs de la ville '. » Dans les monastères de Klus (1486) et de Walkenried (1515) se cachaient aussi de vrais talents. Adélaïde Schraders, Sœur converse du monastère de Wienhausen, peignit au commencement du seizième siècle dans son couvent, des vitraux dont elle avait composé elle-même les dessins 2. Vers la même époque, une religieuse du monastère de Sainte-Catherine, à Nuremberg, écrivit en allemand un petit traité sur les beaux-arts, où elle donne une très-claire et spéciale instruction sur la manière de préparer les peintures sur verre des mosaïques 3.

Citons parmi les vitraux les plus remarquables de l'époque, ceux de l'église Saint-Nicolas cle Wilsnack; de Sainte-Catherine à Salzwedel; de la cathédrale de Stendal; de l'église de Falkenhagen; de Saint-Mathieu à Trêves; du chœur de la cathédrale de Fribourg; des Dômes de Hatisbonne, d'Augsbourg et d' Eichstadt; de Notre-Dame de Munich; de la chapelle du château de Blutenburg; des églises de Pipping, de Yenkofen, de Saint-Jacques, à Straubing, de la chapelle du château de Vienne-Neustadt, de l'église du Précieux-Sang à Weiten*.

1 Voy. Hasslf.r, p. 121. — Il fut considéré et même vénéré comme saint. Voy. IIALIXG, t. III, 751. — WACKEUNAGEL, Glasmalerei, 64, 158-159.

a Voy. OTTE, p. 794, note.

3 Wackernagel, p. 55, 156.

* Voy. la liste des plus célèbres verriers et de leurs œuvres dans CrssrnT, p. 93, 128, 135, 138. — Otte, p. 794-797. Les principaux chefs-d'œuvre de ce temps ont été dispersés en divers pays.

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