‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 120 sur 630 · ÉLÈVES D'ALBERT DURER · texte numérisé non relu

ÉLÈVES D'ALBERT DURER

dans l'histoire de la civilisation et de la foi en Allemagne. En effet, si l'on reconnaît dans les deux premiers le symbole d'un siècle calme et ferme dans sa croyance au milieu même de la lutte, d'un siècle plein d'activité, mais affranchi de toute incertitude sur les questions les plus sublimes et les plus redoutables qui intéressent notre être, le troisième est au contraire l'image d'un temps présomptueux, trop confiant en lui-môme, cherchant a résoudre les problèmes de l'existence et de la nature par ses propres investigations, par le seul secours des sciences humaines, et restant en môme temps torturé par la terrible certitude de l'impuissance de ses efforts. L'artiste, pour adoucir l'impression qu'il a produite, a étendu un arc-en-ciel sur la vaste mer, comme un symbole de paix.

Parmi les nombreux élèves et successeurs de Dürer, aucun, même de loin, ne peut être comparé au « prince des graveurs ». Aucun ne possède son enjouement naïf, son inspiration féconde, sa profondeur de sentiment, bien que plusieurs d'entre eux, comme Hans Schäuffelin, Albert Alldorler, Henri Aldegrever, Hans Sobald Beham, fussent passés maîtres dans la pratique de leur art; mais malheureusement bien des disciples et imitateurs d'Albert Dürer perdirent la noble simplicité du style allemand, et tombèrent dans un style froid et maniéré '. En ce qui concerne la gravure, on put bientôt s'apercevoir que les artistes n'arrivaient a produire des œuvres remarquables qu'autant qu'ils restaient fidèles aux traditions, au génie, à la façon de sentir et de penser qui avaient inspiré leurs maîtres, qu'autant qu'ils s'abreuvaient à cette source de foi où Dürer avait si abondamment puisé. Plus ils se séparèrent de l'inspiration primitive et renoncèrent aux vigoureuses pensées d'autrefois, plus ils perdirent les convictions religieuses, et par conséquent le sens moral dans sa plus haute expression, plus ils virent la puissance créatrice leur échapper, et, peu à peu, ils tombèrent dans une complète vulgarité.

Donnons toutefois un rang à part à Lucas Cranach (né en 1472); c'est lui qui implanta en Saxe l'art de Dürer2; il est resté le plus célèbre de ses élèves. Dans ses premiers dessins (1504-1509), nous admirons une délicatesse délicieuse, une grûce, une naïveté qui nous enchantent. Parmi les compositions qu'il donna alors au public, beaucoup sont dignes d'être mises au rang des plus remarquables de l'époque. Aussi le Nurembourgeois Christophe Scheurl n'hésite-t-il

1 Voy. Klglf.H, Handbuch der Kunstgeschichte, t. II, p. 49Î-495. — V.V.N Eye, p. 2G3-

8 Voy. l'ouvrafje illustré de C. ANDREA, Monumente des Mittelalters und der Rmaistance aus dem Sachsischen Erzgebirge. (I)resde, 1875.)

pas à lui donner la première place après Dürer parmi les maîtres allemands. Mais peu à peu Cranach donna dans un faux sentimentalisme, et, d'année en année, son talent tomba dans un plus triste abaissement1.

1 Voy. Kugler, Handbuch der Malerei, t. II, p. 253-260. — SCHNAASE, dans la Kunstblatt, 1849, n° 14. Cranach travaillait à Wittenberg, comme un fabricant, avec un grand nombre de rapins barbouilleurs. Outre cela, il avait une boutique de livres et de papier, et était propriétaire de la pharmacie de la ville. — Voy. Schlchardt, Lucas Cranach, t. I, p. 68-71. — Otte, p. 778. — Voy. aussi Holland, p. 202-203. — Allihx, p. 60-61. — La description de diverses caricatures par Schlchardt, t. II, p. 240-247. — Voy. nos Documents, t. II, p. 427, et t. III, p. 533.

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