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Le Rhénan Nicolas Engelmann, premier intendant du domaine archiépiscopal d'Erfurt appartenant à l'archevêque de Mayence (1496-1516), a laissé un tableau plein de vie de l'économie agraire de son temps, dans le Règlement qu'il dressa pour la bonne administration du domaine.
Ce domaine, situé à Erfurt et aux environs, se composait de nombreux terrains séparés les uns des autres, formant en tout une étendue de 660 acres d'Erfurt, et consistant en champs, prairies, jardins, houblonnières, vignes, moulins, en bois plantés de saules et d'aunes et en futaies. — Un grand nombre de colons et de corvéables relevaient de cette vaste propriété dans les cinq villages environnants et dans la ville, el beaucoup de maisons lui devaient la dime ou la corvée. Engelmann, pendant son administration, renouvela tous les cadastres, et composa un terrier très-minutieux aussi bien pour les censives péagères que pour les censives héréditaires. Il y ajouta des ordonnances très-complètes pour le bon aménagement des eaux et moulins, et composa enfin le Règlement dont nous parlons, grâce auquel nous pouvons nous rendre un compte exact des détails de l'économie intérieure, aussi bien que de l'excellente administration générale du domaine. Les prescriptions concernant les champs, forêts, prairies et vignes démontrent avec évidence les progrès de l'agriculture. Le règlement d'Eugclmann est vraiment un monument historique. On peut dire qu'il est eu quelque sorte, pour l'économie agraire de la fin du moyeu âge, ce qu'est au commencement de cette période le capitulairc de Charlemagne, au point de vue de l'histoire de la civilisation '.
A la tête de l'administration du domaine était placé celui qu'on appelait le maure de cuisine. 11 avait la direction de la maison, était chargé de la comptabilité et de la surveillance générale des travaux des champs. Sous ses ordres, en qualité de sous-intendant, venait
1 Dit l'éditeur Michelsen, page 17. Il suffirait du livre d'Engelmann pour détruire la singulière opinion de Röscher Ackerbau, p. 537) «sur l'jnimosité profonde du clergé contre toutes le-> choses rationnelles de l'économie rurale du moyen âge à son déclin ». Langethal, dont l'excellent commentaire sur le livre d'Engelmann a été souvent mis à profit par nous (quelquefois mot pour motj, dit fort bien que tous les règlements de la métairie de Mayence • lui rappellent le proverbe si connu : ■ Il fait bon vivre sous la crosse. • (Voy. Gesch. der deutschen Landunrlhicha/t, t. III, p. 147, 187-189. — Voy. les ordonnances de Pancrace do Freyberg, dans Pbbtz, fol. 289.)
tiS î ÉCONOMIE SO CIAI-R.
le porlier, homme expert, qui, en toute connaissance de cause, donnait son avis sur les travaux agricoles; puis le secrétaire du maître des cuisines qui administrait les récoltes; l'intendant des cuisines qui avaitla direction de la ferme, et le premier forestier qui, outre l'aménagement des bois, devait encore surveiller dans les champs les travaux des journaliers et des corvéables. L'administration employait de plus un messager, un intendant des salines, un péager de pont et ses trois aides et deux huissiers de justice. A l'exploitation, prenaient encore part un forestier et son aide, un maître laboureur et son second, deux valets de charrue, deux valets de prairies, trois chefs vignerons, un cuisinier, un cellerier, un boulanger, un meunier avec ses aides, un valet pour la maison, la laitière, la fille de basse-cour et un vacher ; outre cela, tonneliers, pécheurs, brasseurs et pâtres. Le règlement indique avec précision les occupations et les devoirs de chacun. Parmi tant de serviteurs, deux femmes seulement sont engagées, et les hommes sont chargés des différents travaux généralement confiés aux femmes. Tous ceux qui appartenaient à l'exploitation, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, devaient savoir lire et écrire.
Le domaine de ville comprenait la maison principale et la chapelle; . et la seconde maison, où se trouvaient la roberie, les greniers, les écuries, deux élables, une grange, un hangar, les chambres des serviteurs, une prison, une brasserie, une boulangerie et une maison de bains.
Dans la maison principale habitait le premier intendant. Conformément à la simplicité des mœurs de l'époque, il n'occupait que deux pièces, un parloir et une chambre; on ne voyait d'autre luxe, dans ce modeste logement, que de bonnes fenêtres, des portes solides et de beaux planchers. Le secrétaire et le scelleur habitaient avec le premier intendant. Dans la seconde maison se trouvaient les chambres pour les hôtes et les salles à manger des comptables.
Le corps de bâtiment le plus important était le grenier général, où étaient apportés tous les grains battus : froment, méteil, seigle, avoine, orge, pois, lentilles, navette et houblon. Le boulanger en chef en avait la charge; trois fois par an, il devait remuer les grains, et les vanner une fois chaque année, comme cela était d'usage dans les bonnes exploitations pour éviter les charançons. Il séparait, avec l'aide du portier, du forestier, du premier cultivateur et de batteurs en grange expérimentés, les grains de semence de ceux qu'on destinait à la brasserie et au moulin. Il surveillait dans le temps des semences l'emploi quotidien et minutieusement réglé des semailles. Pour se rendre compte de l'exacte quantité de grains livrée tous les jours, on faisait des crans dans des tailles de bois. Le laboureur en
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recevait une, et le boulanger laissait l'autre dans les tas de grains. On agissait de même pour la livraison du blé destiné au mouliu, à la brasserie et aux bestiaux. Là aussi, on employait la double (aille comme mesure d'ordre et d'exactitude. Le meunier était surveillé de très-près.
Les tâches des grangers, valets d'écurie, valets de cuisine, étaient réglées d'avance avec précision. Les inventaires des instruments de culture, des objets de ménage, des chambres à provisions, étaient exactement dressés. Nous les possédons encore et connaissons ainsi par le menu tous les ustensiles et objets de ménage de ce temps.
L'été, on menait le bétail paître dans les prairies, et le vacher était tenu de veiller « très-diligemment » à ce qu'il ne nuisit en rien à la culture des champs, à la sève d'été. A midi, les vaches laitières étaient conduites à la ferme pour être traites. La laitière surveillait la fille de basse-cour chargée de traire, afin qu'elle s'acquittât bien de son devoir, et que les vaches eussent une bonne pâture. La fille de basse-cour portait le lait à la cave et le versait dans des baquets. Pendant l'hiver, les vaches étaient nourries dans l'étable. Les pâtres apportaient la paille et les fourrages, et aidaient la servante à enlever les fumiers. On veillait à ce que les vaches ne pussent se blesser dans les loges d'élable où elles passaient l'hiver. En dehors du beurre distribué dans les cuisines, on conservait du beurre salé dans des tonneaux.
Les champs étaient cultivés d'après le système de trois assolements. Tour à tour le terrain était mis en jachère, ensemencé, passé à la herse ou égalisé avec le rouleau. Grâce aux vastes étables, on ue manquait point de fumier. Pendant la moisson et la récolte des foins, les colons devaient prêter assistance. Les corvées de chevaux étaient assez rarement réclamées. Les journaliers travaillaient à forfait1. On se servait de la faucille pour récolter le seigle et les froments; l'orge, l'avoine et les lentilles étaient fauchées. On laissait les blés dans les champs jusqu'à ce que l'ivraie qui s'y môle fot flétrie. Alors les blés étaient liés en bottes réunies ensemble par tas de quinze gerbes, puis chargées sur les grands chars de moissons.
On apportait un soin extrême au bon aménagement des prairies, d'autant plus important à cette époque que le trèfle n'était pas cultivé. Le maître des prairies se rendait au printemps dans les prés avec sou noyau et son râteau, et veillait à la destruction des taupinières. On exigeait de lui, à l'époque de la croissance de l'herbe, une surveillance continuelle, afin que tout dégât pût être évité. Les haies qui entouraient les prés devaient être tous les ans remises en bon
1 MlCHELSEN, p. 22.
état. Les fenaisons se faisaient à forfait. Lorsque le foin était rangé en tas, les gens de corvée devaient le disperser, le ratisser, le rassembler de nouveau soigneusement, puis le mettre en meules. Le maître des prairies avait charge de veiller à ce qu'il ne fût pas entassé avant d'être entièrement sec, et à ce que les prairies fauchées nouvellement fussent passées au râteau.
Quant à l'aménagement des forêts, d'une importance si considérable pour le domaine , on était déjà arrivé à faire les coupes d'après un système mixte. Toute l'exploitation était divisée en trois coupes. Les saules, coupés tous les trois ans, n'étaient qu'à moilié abattus, eu sorte que la pousse de six ans était exploitée. Dans le bois destiné au chauffage, on mettait à part ce qui devait servir aux perches du houblon, aux échalas, aux pépinières; on taillait, on préparait, on rangeait en tas séparés toutes ces catégories diverses. Les branches destinées aux pépinières étaient mises dans l'eau jusqu'au moment du replantage. Les taillis étaient régulièrement coupés après des espaces de temps fixés d'avance. On assignait une tâche spéciale à chaque bûcheron dans un espace déterminé de la forêt. Le forestier veillait à ce que ce travail fût « proprement exécuté », c'est-à-dire à ce que les arbres fussent coupés avec une hache bien aiguisée, et qu'ils ne fussent pas ébranchés maladroitement. 11 avait soin que les fagots fussent bien faits et rangés en tas de soixante bien comptés. Pour compléter et renouveler la haute futaie, chaque bûcheron devait laisser un certain nombre de « pieds de réserve » dans l'espace de forêt dont il avait la charge. Tous les soirs, sa besogne une fois terminée, il pouvait emporter chez lui une charge de fagots et l'hiver aller chercher du bois tous les jours. Les fossés bordant la forêt, ceux des chemins de prairies et de champs, devaient, si cela était nécessaire, être relevés tous les ans, et entretenus de façon à recueillir les eaux sans causer aucun dommage au voisin.
Le vignoble du domaine s'étendait sur soixante-dix acres de terrain. D'après ce que dit Engelmann des travaux qui y étaient exécutés et de la manière dont se faisait la vendange, nous pouvons juger du grand soin avec lequel les vignes étaient entretenues. De même que les faneurs et les moissonneurs, les vignerons travaillaient à forfait. Avant la vendange, le cellerier faisait réparer, recercler et échauder les futailles, tonneaux, auges, cuves, hottes, barils, et les longs et étroits tonneaux alors en usage. Les ponts et bascules de la cave étaient huilés. Vendangeurs, porteurs et fouleurs étaient surveillés par le forestier et l'écrivain de cuisine. On devait faire la vendange « promptement et proprement », porter avec diligence le raisin dans les hottes et le fouler « comme il faut ». Après la vendange, le cellerier remettait au maitre de cuisine les produits
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obtenus, vendait les marcs mis en tonneaux, surveillait avec soin la fermentation, séparait la lie du vin, et la vendait aux distillateurs; il mettait aussi à part le vin trouble dont on se servait pour remplir les tonneaux de vinaigre et faire bouillir les poissons.
Dans les bonnes années, on vendait en détail le vin dont on ne prévoyait pas l'emploi dans l'exploitation. Cette vente était animée, et parfois orageuse. Les acbeleurs accouraient en foule, tous voulaient être servis à la fois. Il en résultait souvent tumulte et désordre. Quelquefois même les disputes el les coups étaient de la partie. 11 élail recommandé aux péagers présents à ces ventes d'empêcher toute fraude, et de s'efforcer de faire la paix, autant que cela leur était possible '.
Le vin réservé pour les besoins domestiques était l'objet des soins les plus attentifs du cellerier. 11 le tirait au temps voulu, et remplissait les tonneaux en vidange. Toutes les fois qu'il mettait sur la table une mesure de quatre pots, il faisait un cran à sa taille, et aussitôt qu'un tonneau était vide, il en faisait un nouveau. On n'oubliait pas non plus de noter le chiffre des tonneaux pleins. A la fin de l'année, on comparait la quantité de vin employé avec le nombre des entailles, on se rendait compte de la quantité de vin resté dans les tonneaux, et tout devait exactement concorder.
Le cellerier avait aussi la charge de la brasserie. 11 veillait aux arrosages de l'orge, à sa croissance, au dessèchement et à la torréfaction du malt. Puis il le faisait conduire au moulin, prenait dans le grenier la quantité de houblon nécessaire, louait des ouvriers brasseurs, et les surveillait pendant leur besogne. Le soin de la bière lui était également confié, et c'était lui qui mettait sur la table les cruches pleines.
Les cuisines et les caves étaient tenues en bon état. Tous les travailleurs, journaliers et corvéables, étaient nourris dans la maison. Les mets devaient toujours être copieux, et les serviteurs de la maison avaient l'œil sur les ouvriers du dehors, afin qu'ils n'emportassent pas les restes des repas et ne les fissent point passer à d'autres. Un des buts particuliers de l'exploitation, c'était qu'une nombreuse classe de travailleurs pauvres y trouvât une nourriture abondante et saine, et ce n'était pas en vain que le nom de maître de cuisine avait été donné à l'intendant général. Les bœufs, veaux, moulons et porcs étaient abattus dans la métairie; jambons et saucissons y étaient préparés, ainsi que les viandes salées et fumées. L'intendant supérieur devait exactement veiller à ce que l'écrivain de cuisine et le cuisinier s'acquittassent consciencieusement de leurs emplois. Il devait de temps en temps s'assurer par lui-même que les
1 Michelsen, p. 29, 35. — Voy. Làngethal, t. III, p. 176-177.
bœufs et les porcs destinés à être salés fussent tués au temps voulu, que la viande fût « bien salée, pendue, fumée et séchée », et qu'elle fût préparée proprement et sainement, ainsi que la viande fraîche employée toute Tannée. Chacun devait en recevoir une portion suffisante. L'intendant devait encore avoir soin de la desserte, la mettre de côté, en tirer parti le mieux possible, et veiller à ce que le cuisinier « préparât les repas des maîtres et des serviteurs d'une façon propre, convenable, et dans des proportions suffisantes1 ».
Les bains faisaient alors partie des nécessités premières de la vie. Aussi le règlement d'Engelmann prescrit-il au valet de maison et autres serviteurs les devoirs suivants : « Toutes les fois qu'on désirera se baigner, le valet portera le bois, versera l'eau dans les baignoires et dans la chaudière. La laitière et la fille de basse-cour devront ensuite faire un bon lessivage des chambres, les chauffer, laver soigneusement bancs, planches, tabourets et petits escabeaux. » Le valet de maison, outre toutes ses attributions, devait encore chauffer les chambres de bains, les balayer tous les jours, mettre de l'eau fraîche dans la fontaine où l'on se lave les mains, et la tenir très-propre, ainsi que « le bassin de dessous ».
Le livre d'Engelmann ne nous offre pas seulement le tableau complet de la vie rurale à cette époque, il nous fournit encore des détails intéressants sur la discipline chrétienne qui réglait autrefois les mœurs et les habitudes. A Erfurt, une règle exacte était maintenue. L'autorité agissait avec fermeté, mais en même temps l'équité avait sa place. La bonté et l'amour de la paix caractérisaient le gouvernement intérieur. L'intendant général avait ordre d'éviter tout ce qui pouvait amener des querelles avec les propriétaires voisins et devait s'efforcer d'entretenir la meilleure intelligence possible avec la municipalité. On lui recommandait d'être d'un accès facile, de recevoir avec bonté les bourgeois de la ville, de leur répondre toujours avec cordialité lorsqu'ils venaient pour le consulter, et de les aider de ses avis clans quelque difficulté qu'ils se trouvassent. Les bons usages anciens relatifs au soutien des pauvres étaient encore observés à Erfurt. Les vendangeurs corvéables, quoiqu'ils fussent tenus d'encaver gratuitement le vin et la bière, recevaient néanmoins, selon l'ancienne coutume, de soixante à cent vingt gros de salaire, bien qu'on ne leur dût rien. Si quelqu'un, par simple ignorance, avait frustré le péage, la moitié ou plus de l'amende encourue lui était remise. Les colons des villages dépendants de la propriété pouvaient vendre des champs à des étrangers, pourvu qu'ils exigeassent que l'acheteur ajoutât cinq shillings au prix de vente, somme qui « re-
1 MlCHEI.SEN, p. 22-35.
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présentait le droit souverain du seigneur ». Si l'achelcur se refusait à remplir cette obligation, les produits de son champ étaient frappés d'arrêt; s'il méprisait cet arrêt, il s'exposait à les voir saisis. Mais avant d'en venir là, on essayait de la douceur, « car l'arrêt et la saisie sont vexaîoires, et engendrent beaucoup de divisions et de discorde ». Le colon refusant de suivre dans son village la procession annuelle des Rogations était menacé de cinq schillings d'amende; ses fils devaient aussi y assister, « afin de pouvoir bien se rendre compte de la dimension des champs et de leur exacte situation1 ».
Une discipline rigoureuse réglait tout à l'intérieur de la maison. Ceux qui en faisaient partie devaient obéissance à l'intendant en chef, et promettaient, en s'engageant, « de se montrer serviables et complaisants envers lui dans toutes les choses justes et louables >• ; d'éviter soigneusement tout ce qui pourrait faire quelque tort à « leur très-gracieux seigneur Sa Grâce le prince électeur » ; d'agir de leur mieux dans son intérêt, de faire, en un mot, fout ce qui est du devoir d'un fidèle serviteur ou d une fidèle servante. 11 était défendu de dire des injures à ses camarades ou de se livrer envers eux à des voies de fait. Si quelqu'un avait à se plaindre de l'un de ses compagnons, il devait s'en ouvrir à l'intendant et s'en remettre ensuite à son jugement. L'infraction au règlement entrainait la peine de la prison pendant un temps proportionné à la grandeur de l'offense. Le maifre des cuisines ne devait jamais tolérer que quelqu'un passât la nuit dehors sans sa permission. Mais il ne faisait emprisonner le coupable, il ne le congédiait, qu'après l'avoir préalablement averti une ou deux fois. Ce n'était que pour de graves contraventions à l'honneur que l'on exerçait une rigueur inexorable. Celui qui avait volé, porté quelque sérieuse atteinte au droit d'autrui dans la maison ou monté quelque mauvais coup impossible à excuser, recevait immédiatement le montant de ses gages, et devait s'éloigner de la métairie après avoir juré de ne pas se venger.
Le maitre des cuisines devait avoir à cœur de donner le bon exemple à ceux qu'il était chargé de diriger. Tous les jours, avant de commencer sa tâche, il devait se rendre à la chapelle : « Le maitre des cuisines ira tous les jours de bonne heure à l'église », dit le Règlement. « Il y entendra une messe et ne manquera pas d'ajouter à ses prières cinq Pater et cinq Ave en l'honneur des cinq plaies et de la sainte Passion du Sauveur. 11 remerciera Notre-Seigneur de l'amer tourment qu'il a souffert pour nous sur la croix, le priera de lui pardonner, dans sa bonté, ses offenses et négligences, lui demandera sa grâce et bénédiction afin qu'à l'avenir il se garde de tout péché et
1 Miciitlsex, p. 2G-43.
réussisse à diriger et conduire tout ce qui lui a été confié selon sa divine volonté, en servant fidèlement son Dieu et son gracieux seigneur. Il invoquera aussi la Mère de Dieu, récitera une prière en l'honneur de sa sainte nativité, et la suppliera d'intercéder pour lui auprès de son cher Enfant1. »
Au reste, l'observance exacte des devoirs religieux était de stricte obligation dans toutes les exploitations du même genre. Nous lisons dans le Règlement domestique dressé pour les serviteurs et ouvriers de Königsbrück, près de Selz : « Item, tous les dimanches et fêtes d'obligation, les serviteurs entendront la messe tout entière ainsi que le sermon ; personne ne pourra s'en aller avant d'avoir entendu la messe; celui donc qui, sans permission, se retirerait sans l'avoir ouïe, ou bien avant le sermon, n'aura pas de viande à son dîner, ou bien, s'il le préfère, on lui retirera cinq schillings sur ses gages. Les servantes qui se rendraient coupables des même fautes subiraient la même punition. Item, le majordome, toutes les fois qu'il se mettra à table pour partager le repas des serviteurs, se souviendra de commencer par frapper la table avec son bâton pour avertir de la prière. Celui qui, après cet avertissement, se permettrait de rire ou de plaisanter et refuserait de prier, encourrait l'amende d'un batz 2. Item, quand Y Ave Maria sonne, le majordome engagera les serviteurs à prier; celui qui ne voudra pas obéir sera puni de la même manière. » L'échauson Érasme d'Erbach donne un ordre analogue dans le Règlement dressé pour ses biens dans l'Odenwald (1483) : « Les serviteurs se souviendront que travail et prière doivent marcher de concert; ils prieront donc en commun avant et après les repas, et diront Y Ave Maria toutes les fois qu'il sonne; pour cela ils interrompront leur travail, et ne s'excuseront pas en disant qu'ils ont trop à faire. Tous les dimanches et fêtes d'obligation, ils entendront la messe et le sermon, et auront soin de ne pas troubler les autres par leur bavardage et leurs rires. Celui qui enfreindrait cet ordre serait puni, et si le cas se représentait souvent, à la fin de l'année il ou elle sortirait du service. Le maitre intendant, l'économe, tous ceux enfin qui sont chargés de surveiller les autres auront un soin particulier de donner fidèlement le bon exemple; le maître intendant surtout ne manquera pas de commencer tous les jours sa journée de travail par entendre une messe 3. »
1 MlCHELSEN, p. 19.
s Mone, Zeitschrift, t. I, p. 183. — Le monastère de Lichtenthal possède un règlement analogue. Le règlement domestique du monastère de Ivönigsbriick offre un parfait modèle de la bonne ordonnance d'une ferme. 11 était lu une fois par an à tous les serviteurs réunis.
* Voy. Bernhardt, t. I, p. 107, 159, 170.