LES CORPORATIONS : ASSOCIATIONS INDUSTRIELLES
du plus pauvre devait toujours être sauvegardé ». Chaque corporation foriucÂl donc une sorte de société pour l'achat des matières premières. Pour égaliser le prix de revient entre tous les confrères, l'association fixait les salaires des compagnons, et surtout réglait les rapports entre les maitres et leurs aides. Aucun maifre n'avait le droit d'embaucher ou de détourner les ouvriers d'un de ses confrères; il ne pouvait non plus prendre chez lui le compagnon ou l'apprenti renvoyé par sa faute, ou ayant failli soit à l'honneur de la profession, soit aux bonnes mœurs.
Quant à la somme de travail que chacun devait fournir, tout était réglé d'après le principe de l'égalité et de la fraternité. Le maître ne pouvait avoir qu'un nombre limité d'apprentis et d'ouvriers; il ne devait pas exploiter injustement leurs forces; il lui était interdit de les taire travailler la nuit, les dimanches et jours de fête.
Les maitres avaient tous également droit aux établissements communs de la corporation; par exemple, pour les tisserands, au four à laine, au moulin des foulons, à la maison de polissure, à la teinturerie, aux prairies de blanchissage et aux magasins.
Par rapport à la vente des produits, tous les membres de la corporation étaient égaux. Le prix des diverses marchandises, le lieu, le mode et le moment de la vente étaient fixés. Il était défendu à l'individu d'avoir plus d'une boutique ou d'un endroit de vente à la fois; le colportage était interdit. Le vendeur devait « rester assis dans sa boutique, attendre le chaland, mais n'appeler personne ». Quelques corporations allaient jusqu'à défendre à un compagnon d'accepter la commande du débiteur d'un confrère ou de lui accorder un crédit quelconque. Les meubles et immeubles du corps de métier appartenaient à tous ses membres et servaient aux besoins et usages de tous. Ce capital commun permettait non-seulement de soutenir les malades, les pauvres et les veuves, mais encore de faire des avances ou des prêts à ceux qui en avaient besoin. Toute corporation était donc une société de prêts et de crédit1.
Les intérêts des acheteurs et consommateurs étaient sauvegardés avec le même soin que ceux des ouvriers eux-mêmes, et les efforts des autorités de la ville et des corporations s'unissaient pour servir les intérêts de tous. La fonction industrielle, que les corporations avaient prise à leur charge, devait, d'après leur propre manière de l'envisager, avoir égard le plus fidèlement et le plus consciencieusement possible à l'avantage de tous et à l'honneur du corps de métier. Aussi les corporations étaient-elles attentives à ne livrer que des produits qui se recommandaient à tous comme « bons, irréprochables, non défec-
1 SciiÖNBERG, p. 72-115, 122-124. — Giereb, l. I, p. 390-396. — Stahl, Das deutsche Handwerk, p. 355. — ScuMOLLtit, Slrauburger Tücher und ll'ebcrzunft, p. 453.
tueux », et garantissaient leur bonne qualité et solidité. Afin de poules établir dans les meilleures conditions possibles, elles ne so bornaient pas à exiger en général de leurs compagnons un travail consci« deux : elles entraient dans des détails précissur la matière à employer, la façon, la forme et les dimensions de tout article destiné à la ve. Afin d'éviter que rien de falsifié ou de défectueux ne fût livré, » pour que le riche et le pauvre soient traités également », « que personne ne fut trompé et que l'honneur de la profession ne reçût nulle atteinte », les chefs de corporation, unis le plus souvent aux délégués de l'autorité de la ville, faisaient des « tournées régulières » dans les ateliers privés, et « tout ouvrage mal fait », falsifié, mal conditionné, était frappé de saisie ou même détruit. Dans quelques corporations, toute marchandise devait être inspectée et approuvée avant d'être livrée à la pratique ou mise en vente. Des punitions pécuniaires ou corporelles châtiaient la confection et la vente de mauvais produits, la falsification, la fraude. A Danzig, les joailliers devaient payer une amende de quatre livres de cire lorsqu'ils avaient livré au chaland quelque faux bijou; chez ceux de Lübeck, on brisait dans les boutiques les objets « n'offrant pas des garanties de solidité suffisantes ». A Berlin, les tisserands de laine et les drapiers qui avaient mis de fausses marques à leurs draps, ou en avaient vendu de mal teints en les faisant passer pour bonne marchandise, en un mot ceux qui s'étaient rendus coupables d'une falsification quelconque, perdaient le droit de faire partie du corps de métier, et leurs effets de vente étaient brûlés, mis en pièces ou coupés '.
Les denrées alimentaires étaient particulièrement l'objet d'une inspection sévère, ayant également pour objet la qualité et le prix. Pour garantir aux gens de petites ressources des prix modérés, les autorités civiles faisaient assez fréquemment le commerce de bestiaux ; elles se chargeaient aussi de la vente du blé dans le but d'empêcher l'accaparement2. Pour la surveillance des matières premières et des produits alimentaires, des inspections de farine, pain, viande, poisson, vin et bière avaient lieu fréquemment de tous côtés. Le froment, le seigle, l'avoine et l'orge devaient être cuits au four séparément et former diverses sortes de pain. A Augsbourg, les autorités prescrivaient la mise en vente de six espèces de pain. Le prix des denrées alimentaires était établi d'après le calcul du prix de revient mis en balance avec le juste salaire dû au travail3. Les prix de vente fixés
1 Voy. Schonberg, p. 43-63. — Meyer, p. 160. — Schmoller, p. 455. — Mascher, p. 259. — Stieda, p. 33-95. l'our plus de détails, voy. Wassermann. Voy. encore Stockbaler, Ociienkowskv, p. 77.
2 Voy. Maurer, Städteverfassung, t. III, p. 144-145.
8 Pour plus de détails, voy. Maurer, t. III, p. 22-26-