‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 187 sur 630 · POSITION CONSIDÉRÉE DES OUVRIERS · texte numérisé non relu

POSITION CONSIDÉRÉE DES OUVRIERS

« Une sollicitude particulièrement attentive aux besoins des classes laborieuses, pour la propreté et la bonne tenue des artisans, des serviteurs, des pauvres, a établi des bains dans les villes et les villages », poursuit le livre déjà cité, « et c'est une habitude très-louable, très-profitable à la santé, que de se baigner au moins tous les quinze jours '. »

Les établissements destinés aux ouvriers, où, soit gratuitement, soit pour quelques liards, ils pouvaient se baigner, étaient très-nombreux dans les villes. A Lübeck, dès la fin du treizème siècle, chaque rue avait le sien 9. Au quinzième siècle on en comptait onze à Ulm, douze à Nuremberg, au moins quinze à Francfort, vingt-neuf à Vienne3. Toute bourgade ayant un marché et presque chaque village avait ses bains *. Les ouvriers s'y rendaient ordinairement tous les samedis 5. Aussi commençaient-ils dès le samedi le repos du dimanche ; dans beaucoup de corporations, ils recevaient un salaire supplémentaire « pour le bain ». Les ouvriers qui avaient terminé une tache y avaient droit. A Ratisbonne, comme nous l'apprend le registre de la commune, on donnait aux journaliers, au lieu de pourboire, « des liards de bain6 ». On gratifiait souvent les apprentis d'une petite somme pour le même usage. « Ils doivent avoir grand soin de bien l'employer », dit Y Exhortation chrétienne, « car tout travailleur, petit au grand, doit tenir son corps proprement; cela profite aussi à ['âme 7. »

Les pauvres n'étaient pas oubliés. A Francfort, les bourgmestres recevaient tous les samedis un certain nombre de liards et de bons qu'ils distribuaient aux pauvres rassemblés autour des établissements de bains 8. Dans les villes, de bonnes gens déposaient souvent entre les mains des magistrats une somme fixe, un petit

1 Parce 19b.

* Pauli, Lübecker Zustande, p. 42.

3 KiUEGK, Bürgcrthum, Xcue Folge, p. 15-21.

1 Kiuegk, p. 11. — MONh, Zeitschrift, t. XII, p. 19-20, et t. XVII, p. 254. — Jager, Jim, p. 497-499.

5 Voy. Zappert, Ueber fias Badewesen mittelalterlicher und späterer zeit, t. I, p. 58.

•On disait alors Badegeld, comme on dit aujourd'hui Trinkgeld, et de même [u'aujourd'hui les artisans font d'un verre de bière l'enjeu d'une partie, on ouait autrefois le prix d'un bain. Kiuegk, p. 12.

7 Eym crisllich ermanung, p. 19b.

8 Kkiegk, p. 12.

capital, afin que tous les ans, au jour anniversaire de leur mort, un bain fût préparé aux indigents. Ces sortes de fondations portaient le nom de « bains des âmes », et les pauvres, récréés par le bain et par le repas qui le suivait, étaient tenus de prier, ce jour-là, pour le repos de lame de leur bienfaiteur. Beaucoup de ces pieuses donations permettaient aux pauvres de se baigner gratuitement quatre fois par an, quelquefois même tous les huit ou quinze jours. A Nuremberg, au commencement du seizième siècle, les « bains des âmes » s'étaient tellement multipliés, que le conseil de la ville résolut d'employer une partie de l'argent qui leur était destiné à d'autres bonnes œuvres1. Une ordonnance scolaire de Nabburg (1480) prescrit aux maîtres de conduire leurs élèves au bain le mercredi, parce que « le samedi, les bains sont trop encombrés par les grandes personnes » . Dans les villes de sources minérales, on pensait aussi aux pauvres : « Depuis les temps les plus anciens », dit un document de 1480, « l'entrée des bains de Baden-Baden a été laissée libre aux indigents pour l'amour de Dieu8. »

Outre les bains publics, les maisons de simples ouvriers avaient fréquemment leurs bains domestiques, servant à toute la famille. A Ulm, en 1489, on en comptait cent quatre-vingt-seize. Le linge de bain faisait alors partie de la garde-robe de toute respectable femme d'ouvrier, et comptait parmi les choses de première nécessité. « Les bains pris à la maison », dit Y Exhortation chrétienne, « sont bien préférables à ceux du dehors pour l'artisan, car bien des scandales ont souvent lieu dans ces derniers, ainsi que dans les établissements publics où l'on se rend pour sa santé ou son plaisir. De tels bains sont inutiles à ceux qui se portent bien; au lieu que ceux que l'ouvrier prend à la maison aident à la conservation de sa santé et le réjouissent après son travail. Aussi sont-ils agréables à Dieu et trèsutiles à la classe laborieuse 3. »

1 Zappert, p. 58. — Maurer, Städleverfassung, t. III, p. 120-123. — Kriegk, p. 22- 23. Les autorités de la ville fixaient le prix des bains et affermaient les établissements de bains, très-souvent avec la condition qu'à certains jours les pauvres v auraient libre entrée.

a Ibid., p. 149.

3 Page I9b. Le bain était alors considéré comme très-important pour l'hygiène et faisait en même temp> partie des plaisirs favoris du peuple. On prenait presque toujours un bain à l'occasion des grandes fêtes. On s'explique facilement que les scandales fussent fréquents dans les bains publics. Il en est encore ainsi aujourd hui dans les villes d'eaux, bien souvent fréquentées pour de tout autres motifs que le rétablissement de la santé.

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