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ÉTABLISSEMENT DE BANQUES

la ville tous ensemble dans un délai fixé par le conseil. Il leur est permis d'emporter leurs valeurs mobilières; mais désormais aucun d'eux n'aura le droit de résider à Nuremberg1. » Le conseil d'Ulm décide leur expulsion à peu près de la môme manière (1499) et l'ait publier l'arrêté suivant : « Toute personne rencoutrant dans la ville un Juif qui oserait encore s'y montrer, pourra impunément agir envers lui selon son bon plaisir2. »Les Juifs sont cbassés deHfirdliugenen 1500. En 1515 et dans les années suivantes l'électeur de Mayence, Albert de Brandebourg, cherche à former une ligue parmi les princes et les autorités des villes pour leur expulsion perpétuelle3. Mais ce qui inspirait un tel dessein à l'avare et voluptueux prince, comme le pensait non sans raison le Francfortois Biaise de Holzhauseu, « ce n'était pas le souci de l'intérêt commun, mais bien son avantage personnel, car il se vendrait lui-môme aux Juifs », ajoute-t-il avec amertume, « pourvu que l'enchère en valût la peine i ».

Pour remplacer les bouliques des Juifs (les échanges d'argent et les emprunts étant indispensables au commerce), des banques furent établies dans les principales villes de l'empire. Maximilien décréta qu'à Nuremberg, à certains endroits désignés dans l'intérieur de la ville, des banques d'emprunt seraient ouvertes, ne prenant qu'un intérêt modique. Ces établissements étaient entretenus avec les sommes formées par les intérêts, sommes sur lesquelles les employés recevaient aussi leurs salaires; le surplus, s'il y en avait, revenait à la caisse municipale 5. A Francfort-sur-le-Mein, dès le commencement du quinzième siècle, le conseil avait fondé quatre banques entièrement indépendantes des Juifs, qui, en dehors du change proprement dit, faisaient des affaires d'argent dans le sens moderne du mot, se chargeaient de faire les rentrées pour la municipalité, et en cas de besoin lui faisaient aussi des avances d'argent. Des autorisations de ces banques comme de l'apparition simultanée de changeuses et de douanières péagères, ressort un fait intéressant : c'est qu'à celte époque les femmes de marchands prenaient non-seulement une part active au commerce, mais encore faisaient des affaires commerciales à leurs propres risques et périls0.

1 Würfel, Histor. Xacluichlen von der Judengemeinde der Rcichsladl Xiirnberg, p. 153- 154. — OEls.nek, p. 65-66. — Stodbe, p. 02. jJager, Ulm, p. 407-410.

3 Sciiaab, Diplomat. Gesch. der Juden zu Meinz und dessen Umgebung (MayeriCC, 1855), p. 148-160.

4 Sencke.nbebg, Acta, p. 501.

5Wui\fel, Histor. Nachrichten,^. 153. — Curieuse Xachriien, p. 114. — Stobbe, p. 66. — Neimann, p. 400-40 Ï.

6 Kiuegk, Francfurter Zustünde, p. 330 -343. Sur le commerce de change a Ulm, TOy. Jageii, Ulm, p. 391-393. — Ilinscn, Dantziger Handel, p. 232-239.

Mais l'expulsion des Juifs ne parvint pas à extirper « l'esprit juif pratique ». Les usuriers chrétiens semblèrent en avoir hérité, et le propagèrent si bien, qu'il finit par envahir la société tout entière, grandissant toujours à mesure que le commerce prenait une extension plus vaste et que le luxe devenait plus général. Alors on vit s'affirmer des principes qui contredisaient absolument les sévères prescriptions établies par le christianisme, et créèrent bientôt un état d'hostilité déclaré entre les partisans de l'usure et l'Église. Dans son Histoire de l'Empire romain, Hans Folz dit à ce propos (1480) :

■< Que dirais-je de la conduite de ces grands personnages qui font de la musique avec les Juifs sur le même violon? Mais les pièces de môme monnaie vont de compagnie, et comme dit le proverbe, « qui se ressemble s'assemble ». Depuis que Juifs et chrétiens sont devenus bons amis, comme je l'ai entendu dire, notre Seigneur Dieu est gravement offensé, et le mal croît tous les jours '. »

Brant dit aussi :

« Je ne parlerai pas de la manière inique dont les Juifs trafiquent des intérêts et des crédits. Plus d'un gagne plus d'argent en nne seule matinée qu'une année de travail ne pourrait lui rapporter. De nos jours on donne de la monnaie, et l'on s'attend à recevoir de l'or en échange. Au lieu de dix, on écrit onze dans son livre. Certes, la plaie des Juifs était affreuse, mais maintenant ils ne pourraient revenir parmi nous, car les Juifs chrétiens ont pris leur place. Je connais plus d'un de ces chrétiens, mais je ne veux nommer personne ! Plusieurs que je pourrais citer se livrent à un commerce déloyal, et cependant la loi et la justice se taisent et laissent faire -. »

On accusait surtout les directeurs des compagnies commerciales du sud de l'Allemagne, les Welser et Hochstetter à Augsbourg, les Imhof, Ebner, Volkamer à Nuremberg, Ruland à Ulm, d'autres encore, de grande usure et d'extorsions iniques, et comme les Juifs, les grands commerçants encoururent la haine populaire. Si beaucoup d'accusations dirigées contre eux peuvent sembler exagérées ou sans fondement, on ne saurait nier que leurs énormes capitaux, leur habile

1 K.ELLBR, t. III, p. 1320. On lit dans une autre comédie de carnaval : • Les usuriers qu'on chassait autrefois et qu'on n'aurait pas voulu enterrer en terre sainte, sont assis maintenant au conseil; ils ont le haut bout de la table. » Keller, t. III, p. 1132.

* Narrentckiff, parag. 93. — Voy. Goedecke, p. 188.

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