‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 204 sur 630 · JUIFS CHRETIENS · texte numérisé non relu

JUIFS CHRETIENS

chandes qui ont la hardiesse de prendre en main, d'accaparer et de monopoliser foutes sortes de denrées et de marchandises : épices, métaux, lainages, etc., afin d'en trafiquer avant tous les autres et de pouvoir en fixer les prix selon leur volonté et pour leur profit exclusif. Puisque par une telle conduite ils causent au Saint- Empire et à toutes les classes de la société un tort considérable, il est arrêté, à cause de la pressante nécessité de la chose publique, que désormais des agissements si pernicieux seront interdits, entièrement abolis, et qu'à l'avenir personne ne pourra s'y livrer ni les mettre en pratique. Si néanmoins quelqu'un osait encore s'en rendre coupable, ses biens seraient confisqués au profit des autorités locales. Ces mômes sociétés et marchands ne pourront plus désormais se faire donner de sauf-conduits par n'importe quelle autorité de l'empire, quels que soient les clauses, interprétations ou termes de ces sauf- conduits. Mais pour bien prouver que ces mesures ne sont pas uniquement dirigées contre les compagnies commerciales, l'association ne sera défendue à personne; la loi déclare que chacun pourra acheter des marchandises et les revendre où il lui plaira, pourvu qu'il ne tente pas d'accaparer une marchandise, de lui donner un prix arbitraire, et n'exige pas du vendeur qu'il ne la livre qu'à lui seul et la détienne uniquement pour lui. Malgré ces prescriptions, si les marchands avaient encore l'audace de taxera de trop hauts prix leurs marchandises, il serait du devoir des autorités de veiller diligemment et efficacement à ce que de tels enchérissements soient rendus impossibles et à ce que des prix honnêtes et modérés soient fixés. Dans le cas où elles manqueraient à ce devoir, le fiscal impérial agirait et procéderait contre elles comme il convient l. »

Mais la puissance de l'argent fut plus forte que le pouvoir exécutif dont pouvait disposer l'empire. D'ailleurs, beaucoup de membres des conseils urbains étaient secrètement associés aux « compagnies2 », et parmi les conseillers impériaux eux-mêmes plus d'un ne dédaignait pas les gros pots-de-vin offerts par les marchands, et participait à l'exploitation capitaliste du peuple. « Les conseillers de l'Empereur étaient à l'affût », dit un chroniqueur contemporain. « Presque tous

1 Nouvelle Collection des arrêts et sentences des Etats, t. II, p. 14 î , § 16-18. — E.NNEN, Gesch. Kölns., t. II, p. 724-725.

1 Voy. les actes des corporations d'Ulm en 1513. Voy. Pressée., Die Unruhen in Ulm, p. 214. Maximilien, dès 1507, avait mis en garde les habitants d'Ulm contre le tort que faisaient les grandes compagnies commerciales ;iu commerce de la ville; mais le conseil nia qu'elles eussent une action nuisible, se fondant sur les moyens de subsistance qu'un grand nombre d'habitants trouvaient dans leurs maisons. On fut cependant contraint d'avouer au conseil que les grandes compagnies étaient causes « de la ruine des marchands isolés ». Schmoller, Nalionalokonomische Ansichten, p. 500.

étaient riches, et l'Empereur restait pauvre. » « Quelques-uns faisaient cause commune avec les marchands, et plaçaient en secret des fonds dans leurs entreprises1. »

Aussi les abus du monopole allèrent-ils toujours en croissant, et des plaintes sur renchérissement général se firent-elles toujours plus entendre. Dans le Wurtemberg, à partir de 1510, le vin monta peu à peu de 49 pour 100; le blé, de 32. Ces hausses énormes concordaient avec la dépréciation de l'argent, duc, non aux importations des mines d'Amérique, mais aux compagnies commerciales, qui avaient réussi à monopoliser l'exploitation des mines allemandes8. Les Fugger, d'Augsbourg, tiraient annuellement des seules mines de Schwatz (Tyrol), dont l'exploitation leur avait été concédée, 200,000 florins. La compagnie des Höchstetter, à Hambourg, ne tira pas moins de 149,770 marcs d'argent, et de 52,915 quintaux de cuivre de ces mêmes mines, entre 1511 et 1517 3.

Dans les pays héréditaires d'Autriche, les compagnies d'Augsbourg et de Nuremberg achetaient en masse les denrées de première nécessité devant les portes mêmes des villes, ou sur les marchés. De cette manière elles arrivaient bien vite à dominer tout le petit commerce, et fixaient alors tous les prix selon leur gré. Aussi les députés envoyés par ces pays et réunis à Innsprück en diète provinciale (1518), obtinrent-ils contre elles l'arrêt suivant : « Les grandes sociétés de commerce ont leurs centres hors de notre pays. Elles ont entre leurs mains ou celles de leurs facteurs toutes les marchandises indispensables à la subsistance : argent, cuivre, acier, fer, toile, sucre, épices, céréales, bestiaux, vins, viandes, saindoux, suifs et cuirs. Leurs fortunes les ont rendues si puissantes, que pour le marchand et l'industriel ordinaire, ne possédant que de 1 à 10,000 florins, elles détruisent toute possibilité de faire le commerce. Lorsqu'elles sont en force, elles font les prix selon leurs volontés et amènent la hausse quand il leur plait. Beaucoup de ces compagnies possèdent des revenus princiers, au grand détriment du pays. Il est donc décidé qu'à l'exception des jours de marché, on ne leur permettra plus de prendre leurs quartiers dans la ville et de s'y installer avec leurs marchandises pour la vente quotidienne. Afin d'éviter la fraude et la contrebande, personne n'entretiendra de relations soit publiques,

"Greiff, p. 100-101.

5 Voy. Helferich, Gcldcntwerthung , p. 475-492. Ce ne fut qu'en 1560 que l'argent américain amena l'abaissement de la valeur monétaire, p. 491. Sur la dépréciation des monnaies d'argent, entre 1399 et 1511, voy. Enmen, Gesch. /t'oins., t. III, p. 907-908.

* Voy. Greife, p. 94. Le monopole des Fugger sur les mines eut une grande part aux troubles des paysans du Tyrol. En Hongrie, les meneurs de la révolte contre la noblesse étaient facteurs des Fugger. Höfler, dans les Archiv, fur hunde Osterreich. Gesckichtsq., t. XI, p. 204.

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