‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 205 sur 630 · EXPLOITATION CAPITALISTE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

EXPLOITATION CAPITALISTE DU PEUPLE

soit secrètes, avec elles. Pendant les foires et les marchés publics de Vienne, Bautzen, du Vorarlberg, etc., il est défendu aux compagnies d'accaparer avant la fin du marché les denrées ou marchandises quelconques par des offres renchérissant sur celles des autres acheteurs. » « Il leur est interdit d'acheter en masse les bestiaux hongrois ou ceux du pays, sous peine de saisie. Tout achat fait d'avance dans le but d'en trafiquer à l'étranger est défendu. La compagnie qui vient de se former pour le commerce du savon est dissoute, comme faisant tort au pays. » « Le prix des épices et autres substances alimentaires avait en effet subi une hausse énorme. De plus, les marchandises achetées dans de bonnes conditions à Venise, Calcutta, Lisbonne, Anvers, Lyon et Francfort étaient falsifiées avant d'être mises en vente; le gingembre, le poivre, étaient coloriés avec de la poudre de brique ou mêlés à des ingrédients malsains1. » Il en était de même de beaucoup d'autres produits. .

Les bénéfices des spéculateurs étaient souvent monstrueux. Barthélémy Bern, d'Augsbourg, avec une somme de 500 florins seulement, prêtée «i Ambroisc Hochstetfer pour courir les chances de son commerce, réalisa un bénéfice de 24,500 florins d'or entre 15t i et 1517. De tels résultats justifient évidemment le reproche si fréquemment adressé aux compagnies, « de dépasser sept fois l'usure des Juifs3 ». Une note laissée par Conrad May er, secrétaire des Fuggcr, donne l'idée des énormes revenus que réalisaient souvent les gros capitalistes de l'époque. Cette note constate qu'en l'espace de sept ans, la fortune des Fugger avait augmenté de 13 millions de, florins 3.

Des discussions s'élevaient fréquemment à l'intérieur des grandes compagnies à propos du partage des bénéfices, et les directeurs étaient souvent accusés de malversations. On lit dans la Chronique d'histoire actuelle commencée à Augsbourg en 1512 : « Les marchands

' Voy. Falke, Gesch. des deutschen Handels, t. II, p. 338-339. — Voy. Kelleu, l. I, p. 478. — De Lorenzi, t. II, p. 274-275. — Voy. aussi notre second volume. Voy. Sciimoller, AFationalökonomitcke Ansichten, p. 497. « Les compagnies ", dit Sébastien Franck, dans son Weltbuch, p. 153% « achètent tout ce qui se présente, même les aiguilles, les miroirs, les couvertures, les céréales, le vin, la toile, et en revanche nous rapportent des pays étrangers des bagatelles inutiles qu'elles enchérissent à l'envi parmi nous, telles que soie, velours, muscade, clous de girofle, poivre, cannelle, etc. Ce que l'artisan leur donne, il ne peut plus le racheter qu'en le payant le double. Et ces marchands ont grand soin de n'exposer ni leur corps ni leur âme; ils dirigent toutes choses à l'aide de commis a leurs gages qui traversent les mers et leur rapportent les bénéfices et les comptes, i En 1523, rien que par les compagnies commerciales de Lisbonne, irente-six mille quintaux de poivre, vingt-quatre mille quintaux de cannelle lurent introduits en Allemagne. Ces marchandises étaient très-fréquemment falsifiées, arrêts et sentences des Etats, t. XXWIII, p. 241-271, dans les an hives de Francfort.

2 GRE1FF, p. 92-93.

• Greiff, p. 94. La fortune des Fugger s'éleva jusqu'à soixante-trois millions de florins.

avaient formé de grandes compagnies et avaient amassé des fortunes colossales, mais plusieurs étaient peu honnêtes, et dupaient les au! res, leur faisant quelquefois tort de plusieurs milliers de florins. Ceux d'entre eux qui étaient chargés d'établir les comptes étaient de beaucoup les plus riches, un les appelait des gens habiles, des gens intelligents, car on n'osait les nommer larrons, comme ils l'eussent bien mérité. Dans le contrat d'association, ils prenaient des engagements envers tous; mais lorsqu'il en fallait venir aux comptes, les commis, lès intéressés dans l'affaire, ayant aussi bien qu'eux exposé leur argent et couru les chances, étaient obligés de se déclarer satisfaits de la part qui leur était faite, et feignaient de croire à leurs assurances déloyales. Ces sortes d'engagements secrets ont fait de grands coupables, et il est fort probable qu'il n'y a pas de voleurs plus rusés que les administrateurs de quelques-unes de ces grandes compagnies '. »

« Mais on a beau prendre des mesures sévères pour empêcher l'usure », dit un prédicateur du temps (1515), « rien n'y fait. Tout le monde voit la rapidité avec laquelle les grands marchands accapareurs deviennent riches; chacun veut arriver comme eux à la t'ortune et rêve de tirer de gros intérêts de son argent. L'ouvrier et. le villageois placent leur petit avoir dans une compagnie ou chez un grand spéculateur, danger qui n'existait pas dans l'ancien temps; en dix ans, le mal a pris un accroissement énorme. On se propose de beaucoup gagner, mais souvent on perd tout ce qu'on avait confié2. »

Bien des gens connurent de semblables déceptions. Le grand capitaliste d'Augsbourg, Hoehstetter, fit un grand nombre de dupes. Les princes, les comtes, les gentilshommes n'avaient pas été seuls à lui confier leur argent; les paysans, les valets, les servantes lui avaient livré leurs modestes économies. « De pauvres villageois ne possédant pas plus de dix florins », rapporte Clément Sander, d'Augsbourg, « ont cru bien faire en les plaçant chez Höchsteiter, persuadés qu'ils en retireraient un bon intérêt. Tant de personnes ont partagé cette confiance, qu'Ilöchstcttcr et ses associés ont eu pendant plusieurs années de suite un million de florins d'intérêts à payer. » « Il faisait semblant d'être bon chrétien, mais il a trop souvent lésé l'intérêt public et le pauvre homme. Non- seulement il était sans probité dans les grandes et importantes spéculations, mais encore il s'enrichissait d'une manière inique en vendant à des prix modérés des denrées falsifiées. Ainsi, par exemple, il accaparait les bois de frêne lorsque les chemins étaient bons et les amenait sur le marché lorsqu'ils

1 Gnnrp, p. 100.

2 Dans le Cod. Camp., p. 29.

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