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LE SAINT-EMPIRE ET LA PAPAUTE

manque; mais son organisation est plus parfaite, le lien qui le rattache à l'ordre spirituel est plus étroit, lorsque, pour lui aussi, il n'existe plus entre les peuples de mur de séparation, et que l'union de la race humaine s'exprime et se reflète dans un unique maitre et un souverain juge.

Les papes réalisèrent ces pensées avec grandeur et clarté en instituant le Saint-Empire romain, au sceptre tout-puissant duquel tous les peuples de la terre devaient rendre hommage. L'Empereur, de son côté, considérait comme la plus sublime de ses attributions la tutelle et la protection de l'Église. Aussi Charlemagne, qui porta le premier la couronne impériale, s'intitulait-il « le défenseur et l'humble auxiliaire de l'Église et du Saint-Siège », regardant comme sa mission la plus haute le devoir de garantir la paix, l'union et l'harmonie à tout le peuple chrétien. L'Évangile devait devenir le code des nations, tandis que l'État chrétien consoliderait le sol sur lequel, de siècle en siècle, l'Église répand la semence des vérités révélées.

Dans l'union de la papauté avec l'Empire au profit du développement d'une monarchie universelle, chrétienne, catholique et romaine, résidait le principe même de la théorie du moyen âge sur l'État : « Dieu », dit le Miroir saxon, « a laissé deux épées sur la terre pour défendre la chrétienté. Il a remis l'épée spirituelle au Pape, et l'épée temporelle à l'Empereur. »

L'Empire, issu d'une concession papale, devait être obtenu du Pape par le souverain nouvellement élu au moment de son couronnement et de son sacre. Celte investiture auguste conférait à l'Empereur la fonction sacrée de protéger l'Église. Mais celle tutelle n'était pas encore le dernier mot de sa haute mission : ce qui en faisait le fond, c'était une pensée de politique universelle.

La dignité impériale était laissée à la libre disposition du Souverain Pontife. Elle n'était pas nécessairement attachée à telle ou telle nation; mais depuis qu'en 962 le Pape eut posé la couronne sur la tète d'Olhon Ier, elle fut, par une prérogative universellement consentie, remise pour toujours à la nation allemande.

Toutes les fois qu'un empereur était couronné, l'alliance entre les deux pouvoirs était renouvelée. Dans leur mutuel serment de fidélilé, tous deux manifestaient au dehors leur intime union. Le Pape n'exerçait aucun droit sur l'élection du lioi en Allemagne. L'Empire allemand n'était en aucune manière un fief de la papauté, et par le serment de son sacre l'Empereur ne devenait point le vassal du Saint- Siège. Il s'engageait seulement, par un serment solennel, à bien s'acquitter de la plus haute prérogative de cette charge auguste : la défense de l'Eglise et de .son chef.

Gardien, protecteur de L'Église, l'Empereur avait eu outre plus que

tii EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, SITUATION EXTERIEURE.

tous les princes chrétiens le devoir de défeudre et de protéger la loi coutre les infidèles, les hérétiques et les schismatiques. « Comme l'écorce recouvre et protège l'arbre et ne fait qu'un avec lui » , écrivait au roi d'Angleterre l'empereur Venceslas, tout indigne souverain qu'il fut, « l'Empereur doit se tenir au côté de l'Église armé de l'épée temporelle, prêt à la défendre au prix de son propre sang si cela était nécessaire. »

L'Empereur, chef souverain de l'ordre temporel, ne devait pas viser à l'établissement d'une monarchie universelle, chercher à assujettir les autres peuples, ni détruire les différences de leur nationalité. La société bien plus élevée de l'Église, dans laquelle toutes les nations prennent fraternellement place, suffit à remplir eet idéal d'union qui est le but le plus élevé de l'humanité. L'Empereur n'était chargé que de fonder parmi les peuples de la chrétienté une sorte de droit des gens, universel, applicable à toutes les nations. 11 était le premier et le souverain monarque , la pierre angulaire et fondamentale de l'édifice social; il incarnait en sa personne l'idée de toute possession légitime, de tout droit, de toute justice. « Otez le droit de l'Empereur, disait Pierre d'Andlau en 1451, et qui pourrait encore dire : Cette maison, cette terre, est à moi »? »

A l'Empereur, gardien suprême et protecteur du droit, incombait encore le devoir de s'entremettre et de décider dans les querelles qui survenaient entre les divers royaumes2; seul, durant bien des siècles, il porta le titre de Majesté. Lui seul avait le droit de conférer le titre de roi; même dans les temps d'extrême impuissance politique de l'Empire, les princes cl les peuples reconnurent à 1' « Empereur romain de nation germanique » une prérogative unique, un privilège d'honneur le plaçant au-dessus de tous les souverains de la chrétienté.

Comme la royauté, l'Empire, bien qu'indépendant de celle-ci, était cher à la nation, et cet attachement avait poussé des racines profondes dans toutes les classes sociales. Le peuple, dans les grands siècles de son histoire, était fier devoir son empereur, revêtu de la plus haute dignité de la chrétienté, devenu le rocher sur lequel s'appuyait tout l'ordre spirituel; aussi était-ce avec joie qu'il faisait les sacrifices exigés par l'exercice de ces suprêmes fonctions. Sous le nom iïexpé~ dition romaine, le royaume fournissait sa seule levée d'armes générales, sa seule prestation de service obligatoire pour tous. Tandis que le

1 Cette parole se trouve déjà dans le Cmp. jur. can., Dca: pars prima, Disl., t. VIII, eh. i.

2 C'est ainsi que le roi Edouard III d'Angleterre comparut en 1338 à l'audience impériale de Louis de Bavière pour y apporter ses griefs et demander justice du roi Philippe de France. — Voy. BéHMBR, Fentes, I, p. HMM92.

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