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LA ROYAUTÉ ET LES PRINCES DEPUIS L'INTERREGNE

développement des villes, protégea leur commerce avec l'étranger, revisa leurs règlements corporatifs, et réforma les impôts. Il insista, ce qui était surtout nécessaire, pour « que les villes puissent apporter leurs suffrages et avoir leurs députés dans les diètes où se réglaient les intérêts du pays ». L'action de députés provinciaux dans les assemblées des Etats eût eu sans nul doute les plus importants : ultats pour la constitution et la formation politique de l'Empire; malheureusement une indigne trahison vint anéantir tous les grands projets du Roi. Il fut victime d'une conspiration princière à laquelle l'infortuné Jean Parricida eut le malheur de servir d'instrument '. Albert est le martyr d'une grande idée, celle du rétablissement de l'unité de l'Empire. En vain, après le meurtre « du puissant seigneur et roi » (1308), soupira-t-on après l'avènement d'un souverain énergique, « pouvant tenir entre ses mains l'épée de Charles le Grand » et « rogner les griffes des oiseaux de proie », le système politique d'Albert périt avec lui, et tous les avantages qu'il avait essayé d'assurer à l'Empire pendant les dix années de son règne furent perdus pour la nation. Henri de Luxembourg, qui lui succéda, raviva, il est vrai, par l'expédition romaine les souvenirs presque éteints de l'antique splendeur impériale; mais tandis qu'il s'efforçait d'obtenir la couronue à Home, le sol de sa puissance s'ébranlait en Allemagne.

Âpres sa mort, la double élection de Frédéric d'Autriche et de Louis de Bavière, fruit des discordes des princes électeurs, nécessita une réorganisation politique. C'en était fait désormais de la restaura! ion de la monarchie dans le sens qu'avait eu autrefois ce mot.

impolentiam et necessariorum defectum non possunt, pro dolor, juxta majestatis suc debittim et decentiam regnare militer et preesse • (12/3). — Voy. Raynaldi Annales, ad ann. (273.

1 Les contemporains n'ignoraient pas que Jean n'avait été que l'instrumenl d'une conspiration de princes (« fraudulenlo concilio principuin iniquorum circumvenlus et tradilus <)• Voy. les documents cités par Böhmer, Fontes, I, p. 486, et dans les Kaiserrcgrstcn, ron 1246 bis 1313. Dans un poème contemporain sur la mort d'Albert, on lit :

« Qui nulluni limait, quem nulla potentia frefjit, oui iine fraude fuit, fraos bunc inopina subeçit. »

KOPP, Urkunden für die Gesch. der Eidgenössischen Bunde, p. 8U. Tous nos lnres d'histoire, comme chacun le sait, représentaient jadis Albert comme un tyran et l'accablaient de calomnies, ce fait ne s'explique, comme le suppose judicieusement Böhmer, que par le besoin qu'on avait d'inventer un tyran pour la légende do Guillaume Tell, découverte au quinzième siècle et embellie depuis de nombreux détails. De nos jours, une critique impartiale a rendu justice au roi Albert. Lichnowsky, dans son Histoire de la maison d'Habsbourg , le juge d'une manière équitable, el Kopp, effaçant l'auréole de gloire qui avait jusque-là rayonné sur la soi disant délivrance de la Suisse, attribue tout .simplement l'orimue de ition helvétique à la chute du pouvoir central en A!le-

Le règne de Louis et de Frédéric marque cette phase de transition. Le royaume, jadis uni, devint un État confédéré, et la bulle d'or de Charles IV reconnut légalement ce nouvel ordre de choses.

La loi constitutionnelle de l'Empire appelée la Bulle d'or transportait pour toujours le droit d'élire le souverain entre les mains de sept électeurs : trois ecclésiastiques et quatre laïques. Les trois ecclésiastiques étaient : les archevêques de Mayence, de Trêves et de Cologne; les quatre princes temporels : le comte palatin du Rhin, le duc de Saxe-Witlcnbcrg, le margrave de Brandebourg et le roi de Bohème. Cette loi établissait solidement l'indivisibilité des principautés électives; elle y maintenait le droit de primogéniturc. Elle confirmait les princes électeurs dans les droits régaliens déjà en leur pouvoir : droit d'exploiter les mines enclavées dans leurs domaines; droit de battre monnaie, de lever des taxes, etc.; elle leur conférait aussi la liberté juridique, décidant qu'aucun de leurs subordonnés ne pourrait avoir recours à un autre tribunal qu'au leur. L'appel au tribunal suprême de l'Empereur n'était autorisé qu'en cas de déni de justice. La Bulle d'or déclarait de plus que tout attentat à la vie d'un prince électeur serait considéré comme aussi criminel que s'il eût été commis sur la personne même de l'Empereur.

La puissance passa dès lors aux mains des sept électeurs. L'Empire fut établi sur la souveraineté des princes, et, dès le règne de Charles IV, plusieurs prérogatives d'abord réservées aux seuls électeurs s'étendirent à d'autres princes.

Mais les villes, la noblesse, particulièrement mcuaçées par la nouvelle puissance des princes souverains, pouvaient être tentées de résister, au cas où leurs libertés et leur indépendance seraient en jeu; aussi, pour leur enlever leurs meilleurs moyens de défense, la Bulle d'or interdisait toute union confédérative formée sans l'assentiment des princes. Cette défense resta néanmoins sans résultai; Charles ayant extorqué des villes de grosses sommes d'argent, par un procédé sans précédent jusque-là, et livré aux princes en caution plusieurs cités impériales1, la grande ligue souabe s'organisa, e! fini! par unir toutes les villes libres de l'Allemagne du Sud en une confédération presque indépendante. Le but principal de cette ligue était de faire à l'élément bourgeois une plus large part dans le gouvernement de L'Empire. Les villes rhénanes, bavaroises et franconiennes ne lardèrent pas à y entrer, et ce mouvement de concenf ration marque le dernier grand effort tenté par la nation pour asseoir l'Empire sur l'associai ion de communes libres, ayant des droits

' Au is les villes libres, Charles était-il représenté comme I' * insulteuf

<! ; lu chrétienté . Voy. Chroniken der deutschen Städte, t. IV, p. 42.

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