POUVOIR CROISSANT DES PRINCES
Berg, de Mark et de Ravensbourg. En Bavière, sous le duc Albert IV, les territoires de Wittelsbach s'unifient, e! Neubotirg seul reste indépendant. En 1484, les ducs Ernest et Albert, de la maison de Wettin, partagent leurs États; le premier garde la Courlande saxonne et la Thuringe, et devient la souche de la ligne Ernesline, tandis que le second, premier prince de la ligne Albertine, règne sur la Misnie etsur tout le reste du pays. Mais, plus intelligents que tous les autres princes, les Hohenzollcrn, par la conquête, les échanges, les achats, parviennent à étendre toujours leurs possessions, à fortifier leur pouvoir, et grâce à leurs alliances, aux annexions venues par héritage, ils régnent, vers la fin du moyen âge, sur la moitié de L'Allemagne.
A la même époque, un nombre considérable de principautés ecclésiastiques deviennent la propriété de princes laïques, et ce fait contribue encore à augmenter considérablement le pouvoir des princes.
Plus s'accroit leur importance politique, plus diminue l'action civilisatrice de l'Empire sur la constitution intérieure; et l'on voit les différents territoires se développer presque exclusivement sous des influences particulières.
La puissance des princes souverains va toujours en croissant; elle se fait sentir aussi bien aux diverses conditions sociales (jusque-là regardées comme les aisises mêmes de la société) qu'à la petite noblesse, aux conseils urbains et aux assemblées des états.
Dans quelques territoires, l'autonomie des villes libres est déjà complètement détruite, surtout dans la marche du Brandebourg, où les échevins, au lieu d'être comme autrefois librement élus par les bourgeois, se voient contraints de descendre au rang de conseillers du prince électeur '.
A leur tour, les comtes et seigneurs ne maintiennent plus qu'à grand'peinele principe, autrefois si puissant, du gouvernement personnel. Les chevaliers voient aussi leur situation menacée. L'axiome du temps passé : « Le chevalier conquiert son bien à la pointe de l'épée », n'a plus de sens, depuis qu'à la guerre l'introduction des armes à feu a donné la prépondérance à l'infanterie sur la cavalerie. Les donjons fortifiés, où les nobles pouvaient autrefois se croire indépendants de toute autorité, perdent leur importance. Pour munir leurs châteaux forts des pièces d'artillerie devenues nécessaires, pour entretenir des canonniers (qui faisaient alors payer fort cher leurs services), pour se procurer les coûteuses armes à feu désormais indispensables, il fallait pouvoir disposer de sommes importantes, et la plus grande partie des chevaliers pouvaient d'autant plus difficilement se les procurer que leurs revenus étaient considé-
1 Voy. l'cxplicalion donnée par le margrave Jean (1490) dans Bitzek, p. 583-
rablement diminués par la division trop fréquente des héritages, l'abaissement de la valeur foncière provenant du développement du capital, et l'habitude d'un luxe excessif. « Il résulte de tout cela », dit le judicieux et pénétrant Pierre de Froissard, « que la chevalerie a beaucoup perdu en honneur et en considération. Elle est menacée dans ses droits et dans sa liberté, et risque fort de tomber sous la complète domination des princes. »
« De tous côtés », ajoule-t-il, « le pouvoir des maisons princières prend de l'extension. L'indépendance des villes est menacée. Du reste, les cités semblent tourner toutes leurs aspirations et tout leur effort vers l'accroissement de leur commerce, et n'ont d'ardeur que pour les gros bénéfices et la richesse; le maintien de leur rang dans l'Empire parait leur devenir indifférent. »
Quant aux relations des princes avec les états, Froissard, au même endroit où il constate que les princes ont mis l'Empereur sous leur dépendance et ne veulent plus lui reconnaître que quelques prérogatives, après avoir dit qu'ils sont à leur tour tombés sous la domination des états ', ajoute cette réflexion: « 11 n'en est plus ainsi dans bien des principautés. Les princes ne cherchent qu'à mettre obstacle à l'indépendance de la noblesse et des villes, et révent leur entière destruction; ils mettent à profit les discussions partout où elles se produisent, et jusque dans les assemblées générales nourrissent avec soin les dissentiments, afin d'en profiter pour leur avantage personnel et l'accroissement de leur pouvoir. Les docteurs en droit et les légistes romains qu'ils installent dans les universités et fixent à leurs cours, les secondent merveilleusement dans ce dessein, et n'épargnent rien pour établir le pouvoir absolu de leurs bienfaiteurs ; ils affirment que l'autorité des princes a seule force de loi, et qu'elle doit tout primer. »
« Ces docteurs et d'autres savants interprètes du droit sont extrêmement en faveur auprès des princes, qui les comblent d'honneurs et reconnaissent magnifiquement leurs services. Mais ils n'en sont pas moins haïs et méprisés des petits et des grands. Le peuple les accuse hautement de vouloir diminuer ou détruire leurs anciens droits et coutumes. On les regarde comme une plaie encore plus funeste que celle des chevaliers-brigands, qui du moins ne dépouillent les gens que de leur bourse. On les lient pour une peste, gagnant peu à peu tout le pays, et menaçant de détruire le droit national '. »
1 Lettres 14 et 15.