‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 240 sur 630 · ABSOLUTISME DES PRINCES ENCOURAGÉ PAR LES JURISTES · texte numérisé non relu

ABSOLUTISME DES PRINCES ENCOURAGÉ PAR LES JURISTES

On attribue le mot de Charles le Téméraire : « Je veux être pape en mon pays », à divers autres princes souverains, à un duc de Saxe et à un duc de Clèves, rêvant comme lui d'exercer la puissance papale à l'intérieur de leurs États.

Les juristes s'efforcèrent d'affranchir du pouvoir de l'Empereur comme de celui du Pape les princes auxquels ils devaient leur élévation. « Les savants docteurs, pleins d'habileté, d'intelligence et d'astuce », écrit en 1471 l'Italien Augustin Patricius, a tournent et bouleversent tout à leur fantaisie. Ils font grande figure dans les assemblées du royaume, se plaisent à voir les princes les consulter, et tenir leurs dires cl leurs réponses pour des oracles; ils suivent avec joie les changements qui se produisent dans le pays. Leur crédit grandit au milieu des dissensions et des querelles. Par des artifices toujours nouveaux, ils persuadent aux princes que, grâce à eux, ils jouissent d'une liberté absolue '. »

Or la liberté, au point de vue des docteurs, consistait surtout à fournir le moins de subsides et de troupes possible à l'Empereur et au Saint-Empire. « Dès qu'il s'agit de débourser », écrit Wimpheliug, « l'Empire et sou honneur sont pour les juristes comme s'ils n'existaient pas. » Ils traitaient les affaires politiques que leur confiaient les princes selon les principes astucieux de leur génie, et croyaient s'être montrés souverainement sages et habiles lorsque, durant les diètes, ils avaient réduit au plus mince minimum possible les secours réclamés par le souverain pour les guerres étrangères.

voluit in dominio suo caenobiis pradatos instituere et destituere et opinabalur seipsum sapientem velut imperator Fridericus, qui dominicain oratiomm voluit amendasse. » Mais dès que les princes commencèrent « a vouloir donner aux choses religieuses leur mesure et leur forme », il se trouva assez de gens pouvant dire d'eux-mêmes ce qu'Enéas Sylvius rapporte : « Omnes liane fidem habemus quam nostri principes, qui, si colerent idola, et nos etiam coleremus. Et non solum papam, sed Christum etiam negaremu, sa>culari potestate urgente. ■ Opp., p. 539, cpisi., 5î.

1 « Les princes », écrit Patricius. « omnia consiliariis credunt, eorum judicio, cuncla geruntur. Uoruin nonnulli, cui dorliores sunt et ingenio et astuiia pollen!, pro arbitrio omnia versant; iis gloriosissimum est vocari adeonventus, rogari sententias, consuli a principibus, et eorum sermones atque responsa tanquam Oelpbica oracula haberi. Gaudenl rerum niutaiione, et contentionibus atf|iie discordas principum crescunt, procurant assidue oovis artibus, ut principibus suis libertatera parare videantur, et a reverentia apostolioaî sedis, quam durum atque asper um jugum appellant, sed etiam Romani Imperii eos nituntur avertere. - Voy. Freher, t. II, p. 290.

Marchandant chaque florin par mille arguties captieuses, ils n'étaient satisfaits que lorsqu'ils avaient réussi à empêcher l'Empereur d'obtenir ce qu'il réclamait, ne se demandant jamais si, par une telle conduite, ils ne mettaient pas en péril l'existence d'une partie ou même de la totalité de l'Empire '. Tandis qu'ils revêtaient les princes de l'autorité d'un César, ils ne voulaient recounaitre aux empereurs que ce qu'ils appelaient des « droits réservés ». En un mot, leur effort incessant tendait à faire de l'oligarchie déjà presque accomplie la loi fondamentale de la constitution du pays.

1 Schmidt, dans son Histoire des Allemands, t. IX, p. 457, Manheim, 1784, avait déjà remarqué que parles juristes romains « les questions politiques étaient devenues processives, qu'on les traitait dans un esprit de mesquine chicane, et que c'était pour cela qu'elles n'en venaient jamais à une conclusion pratique ». C. A. Menzel, Gesch. der Deutschen, t. VII, p. 129, attribue principalement le misérable état des affaires publiques à l'influence des juristes. « Leur domination », dit-il, « est encouragée par les universités. » Stintzing aussi (Juristen, böse Christen,.^. 19) est d'avis que le vice fondamental de notre développement politique est venu de l'application de la méthode et des principes du droit civil. » L'ingérence des juristes dans les affaires d'État fut cause qu'imbus dans toutes les fibres de leur être de la méthode et des axiomes du droit civil, ils mirent à peine les affaires publiques au-dessus des questions de droit privé, et transportèrent dans le domaine de la vie politique les formes cauteleuses de la chicane, d'ordinaire réservées exclusivement aux salles des tribunaux. »

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