‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 241 sur 630 · CHAPITRE lit · texte numérisé non relu

CHAPITRE lit

POLITIQUE EXTÉRIEURE ET ESSAIS D'UNIFICATION SOUS MAXIMILIEN Ier.

L'Empire romain-germanique, tel qu'il était autrefois constitué, était, au milieu de la société du moyen âge, la première, ou pour mieux dire L'unique puissance législatrice de l'Europe. L'Allemagne était à la tête de la chrétienté.

Représentant au milieu des peuples européens la suprême puissance impériale, la mission qu'elle avait à remplir à l'extérieur consolidait et fortifiait au dedans l'union des différentes races dont elle était composée. L'expédition romaine imprimait au sentiment national un élau généreux; elle donna l'élan à ces essais hardis de colonisation, qui, même après la décadence de l'Empire, se perpétuèrent plus d'un siècle. A côté de l'Allemagne d'Occident et des anciennes tribus dont elle était formée, on vit se développer peu à peu une Allemagne orientale, et les habitants de la Silésic, de la Misnie, du Brandebourg, du Mecklembourg et de la Pomérauie ajoutèrent avec le temps des brandies nouvelles à l'antique famille germanique.

L'Empire, dès son origine, contenait des cléments romans; il était aussi eu contact, par ses marches orientales, avec des populations slaves, et des territoires considérables se réunirent peu à peu à ses premières possessions. La nation allemande, composée de tant de tribus différentes, « vrai peuple de peuples », était particulièrement propre à devenir le centre de races diverses. Elle se servit toujours de son hégémonie avec modération, et n'entrava nulle part le libre développement des Romans ou des Slaves devenus ses sujets; une aveugle soif de conquête n'étail point dans son génie, et malgré son grand pouvoir, elle laissa toujours inattaquées les vastes frontières qui la séparaient delà France (depuis l'embouchure de l'Escaut jusqu'à celles du Rhône). L'Empire romain germanique, formé par l'Allemagne, la Bourgogne et l'Italie, maintenait au milieu des peuples l'équilibre et la paix; et tant que ses ennemis extérieurs purent croire ses froutières inviolables, l'ordre public eut un si ferme soutien en Europe,

qu'une guerre générale s'allumant entre les nations chrétiennes était regardée comme impossible '.

Mais la décadence de l'Empire amena un grand changement.

Plus l'Allemagne abandonna sa mission à l'extérieur, et plus ses ressorts politiques se relâchèrent au dedans; les liens sociaux qui avaient autrefois uni ses populations se rompirent. Dans les villes libres comme dans les petits Étals des princes souverains, la bourgeoisie conquit une très-grande indépendance. Par ses villes de commerce et les voies ouvertes à ses vastes échanges, le peuple allemand avait rendu tributaires la plupart des pays européens; dans l'espace de temps qui sépare le règne de Rodolphe de Habsbourg de celui de Maximilien, la prospérité publique n'avait cessé de croître, et la culture intellectuelle avait fait d'admirables progrès; mais durant toute cette période la vie politique était restée renfermée en d'étroites limites, et la nation n'avait point tourné son ardeur vers un noble idéal, capable de réunir et d'employer toutes ses énergies.

L'Allemagne ne perdit pas seulement l'hégémonie européenne, elle devint presque étrangère aux grands intérêts politiques des autres peuples.

C'est sous Frédéric III que l'Empire fit les pertes les plus graves.

Au nord, le Schleswig-Holstein, bien que placé sous la tutelle de l'Empire, tombe au pouvoir du roi de Danemark (1400). En Prusse, « à la grande humiliation et au grand préjudice de la nation ä », l'ordre Teutonique se voit contraint de céder la plus grande parue de ses possessions au roi de Pologne (paix de Thorn, 1460), et reçoit de lui, à titre de fief, les pays demeurés sous sa dépendance; l'Empire et l'Empereur voient sans s'émouvoir les <= chevaliers Teuloniques » devenir les vassaux d'un souverain étranger.

La séparation de la Bohème des intérêts et des destinées de l'Empire eut des conséquences encore plus funestes; la maison souveraine des Habsbourg perdit avec la couronne de Bohême sa position ferme et stable en Orient et en Occident, et sa puissance en fut d'autant plus restreinte que la Hongrie ne pouvait être conservée sans la Bohême. Mais ce qui contribua le plus à l'affaiblissement de l'Empire, ce furent les progrès de la monarchie française et les envahissements des Turcs.

La politique belliqueuse et conquérante des rois français avaii pu être entravée dans toutes ses entreprises en Allemagne et en Italie latil (pie les frontières de l'Empire lui avaient opposé une digue

1 Ces .sujets sont remarquablement traites dans l'ouvrage de f'ickrn, intitulé : Il in teilten universalen und nationalen Beziehungen. .. la lettre de Grégoire de Heimburg du 21 décembre 14GS. Höflkb Kaiurl. buch, p. 197.

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