POLITIQUE AMBITIEUSE DES ROIS DE FRANCE
redoutable, et surtout tant que la Lorraine et la Bourgogne étaient restées allemandes; mais lorsque s'ébranla l'ancien ordre de choses, et que l'organisation de l'Empire vint «i se dissoudre, ces pays attirèrent particulièrement l'attention de la France, qui ne songea plus qu'a mettre ses projets à exécution. En 1312, l'occupation de Lyon contre toute justice l'ut aussi désastreuse pour l'Empire que plus tard la capture de Strasbourg le devait être pour la monarchie '. Les ardentes et continuelles aspirations de la France s'expriment fort clairement dans un document daté de 1333 : par une convention passée entre Philippe de Valois et le duc Henri de basse Bavière, ce dernier, traître à l'Empire et dans l'espérance d'obtenir le trône d'Allemagne par le secours de la France, ouvre au roi Philippe de brillantes perspectives, et lui propose de l'aider à conquérir l'évéché de Cambray et toute la partie romane de l'Empire, depuis la Saône et le Rhône, jusqu'aux frontières de la Lombardie et de la Suisse allemande2.
Sous Louis de Bavière la politique française, dans le but d'affaiblir l'Empire, entretient pendant de longues années les dissentiments de l'Empereur et du Pape, met sans cesse obstacle à leur réconciliation, tire parti, au quinzième siècle, du schisme religieux3, et cherche, par de continuelles menées et par des conventions secrètement conclues avec les princes4, à s'approprier des territoires allemands. En 1444, le roi Charles VII et le dauphin Louis ne font point mystère de leurs plans, et déclaren! hautement que leur intention est de « conquérir
1 Voy. Ficker, Kaiserreich, p. 127. Sur les entreprises françaises sous le règne do Rodolphe, voy. Korr, Reichsgeschichte, t. i, p. 870-878. Sur la perte du royaume d'Arles et les vues ambitieuses de la France sur la Lorraine, voy. Gebuardi, Gesch. der erblichen Rcichslände, t. I, p. 219-221, 225, 22G, 231-234, 246, 257.
2 Böhmer, Kaiserregesten von 1814-1347, p. 301, et Foutes, t. I, p. 215. Dans ce traité, Henri tenait déjà le langage dont se servirent en 15521e duc Maurice de Saxe et ses affiliés dans leur conspirai ion d'État. « Il s'était, disait-il, résigné a l'abandon des pays en question, en considération de tout ce que le roi de France avait dépensé dans l'intérêt de l'Empire. »
3 Voy. la lettre du roi Robert datée du 21 août 1Ï09 dans les Frankfurt» Reichscorrespondenz, t. I, p. 1 ii, 1 18.
* I.e duc Louis de Bavière avait, dès HOC, enrjagé à la couronne française ses possessions allemandes sur le Danube pour une somme de 75,000 florins. Droysen, Gesch. der preussischen Politik., t. I, p. 251, note. I, archevêque Frédéric III de Cologne était vassal de la France dés 1378. — Lacomblet, Vrkundentuch/ür den Nieden-hein, t. III, p. 382, note. L'archevêque Jean II de Mayence en sa qualité de vassal de la France fut défendu contre le roi Robert par le roi de France Charles VI (1410). {Frankfurt* Reichscorrespondenz, t. I, p. 151-152. i J. Dubois, conseiller de rhilippe le Bel, expose au Roi en deux mémoires les moyens par lesquels la France pourrait parvenir à la monarchie universelle. Pour soumettre l'Allemagne, il lui faut, selon lui, conclure des traités avec les princes allemands, qui trouveront dans les souverains français un appui contre la tyrannie impériale; il faudra seulement spécifier exactement les conditions du protectorat. • Il posait en principe que la domination française devait être universelle et s'étendre à tous les pays civilisés. Bodtaric, la France suus Philippe le Bel, p. 411. — Voy. VON SYBEL, Hisl. Zeitschrift, t. Vil!, p. 465-4UG.
les frontières naturelles de la France », c'est-à-dire les pays qui lui appartiennent, d'après eux, de droit : l'Alsace, Metz, Toul, Verdun, Fribourg et Brisach. Charles VII se montre décidé à « combattre pour la liberté et la noblesse allemande contre la maison d'Autriche, qu'il faut à tout prix humilier. La France doit s'étendre jusqu'au ühin. Le Roi ne craint point les princes allemands, il saura bien les vaincre les uns après les autres; ce qu'il redoute, ce sont les villes libres et les paysans. » Ce furent en effet les bourgeois et les gens des campagnes qui déjouèrent ses projets ambitieux1. Bientôt le roi Louis XI, successeur de Charles, expose aux bourgeois de Metz ses droits à leur serment d'hommage, affirme que cette ville lui doit obéissance, qu'elle lui appartient par héritage, et dit tout haut qu'il se rend à Rome pour y recevoir le titre de roi des Romains2. Parla possession de Metz et de Strasbourg, la France rêvait d'avoir un « libre accès dans le Saint-Empire ", et ces deux puissants boulevards de notre pays du côté de l'occident furent dès lors dans un continuel péril 3.
Tandis que sous Frédéric III l'Empire semble se rapprocher toujours davantage d'une inévitable dissolution, la royauté française, au contraire, se fortifie sous Louis XI, véritable fondateur de la politique ambitieuse et conquérante de la France. Déjà commence l'ordre de choses qu'un ambassadeur vénitien devait caractériser plus tard par ces paroles : « Tout en France est fondé sur la volonté du Roi; même dans les questions judiciaires, personne, quelles que soient les réclamations de sa conscience, n'aurait le courage d'exprimer une volonté contraire à la sienne. Les Français respectent tellement leur souverain, qu'ils sacrifieraient pour lui non-seulement leurs biens, mais encore leur honneur et leur âme. » « Nul pays n'est plus obéissant; l'unité et la soumission sont les causes de sa force à l'extérieur. » Lorsque le souverain levait arbitrairement un impôt, le peuple ne se révoltait point, persuadé que la violation d'un édit royal constituait un sacrilège. On désignait le souverain français sous le nom de « re délie bcslie », parce qu'il avait obtenu de ses sujets une complète abdication de leur volonté. Sous Louis XI, les impôts annuels, de 2 millions qu'ils étaient auparavant, montèrent presque à 5 millions; mais grâce à ce sacrifice la France vit s'organiser une armée permanente, toujours prête au combat. Un contrat passé en 1474 avec les Suisses permit à Louis, en échange d'une somme considérable, de
1 Voy. JANSSEN, Frankreichs Rheingelüste, p. 4-8.
- Lettre du chevalier Jobst von Eynsidt au maryrave Albert Achille, 4 juillet 1404. Voy. BÖFLER, Fränkische Studien, t. VII, p. 37.
3 Voy. ces lettres dans Höfler, Fränkische Studien, t. VII, p. 38, n°» 9 et 122 N° 111.