‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 243 sur 630 · POLITIQUE AMBITIEUSE DES ROIS DE FRANCE · texte numérisé non relu

POLITIQUE AMBITIEUSE DES ROIS DE FRANCE

compter désormais en tout temps sur le concours de leurs troupes auxiliaires : avantage inappréciable, caries Suisses formaient alors la seule infanterie disciplinée de l'Europe, et combattaient indifféremment toutes les puissances. « Il est triste de l'avouer », dit Trithème, « de nos jours les Suisses allemands ont complètement perdu l'amour de leur nationalité, et pour de l'argent français consentent à combattre leurs compatriotes. » Wimpheling dit de même : « Il est douloureux d'adresser un reproche pénible, mais trop juste, aux habitants des Alpes. La plupart d'entre eux, poussés par l'amour du gain, se mettent à la solde des étrangers pour combattre leurs frères, et tirent l'épée contre l'Empire romain et l'Empereur '. »

Après la mort de Charles le Téméraire (1477), Louis XI prit possession de la Bourgogne et de la Picardie, et la France se serait rendue maitresse de tout l'héritage bourguignon, si Maximilien d'Autriche, en sa qualité d'époux de la jeune Marie, n'eut conservé à l'Empire les Pays-Bas allemands, opposant ainsi une forte digue à l'ambition française, puisqu'une fois en possession des Pays-Bas, la France eut à chaque instant menacé l'indépendance de l'Allemagne du Nord. Louis fut plus heureux au sud; ii réunit le duché de Provence à sa couronne sans que l'Empire songeât même à faire valoir sur lui ses anciens droits de suzeraineté, et depuis ce moment vit sou pouvoir s'étendre sur toutes les côtes méridionales de la France. Peu de temps après, Charles VIII, fils de Louis XI, fut mis en possession du dernier grand fief de la couronne par son mariage avec Aune de Bretagne.

« Chez nous », dit Pierre de Froissart, « le Boi, en recevant l'héritage de ses aïeux, s'engage non-seulement à défendre au dedans l'autorité royale, mais encore à accroître autant que possible cette autorité au dehors. Et quels admirables pays s'offrent encore à ses désirs, aussi bien en Allemagne qu'en Italie 2! » Pour maintenir le calme à l'intérieur, les souverains français estimaient que le meilleur moyen d'occuper leur nation remuante et belliqueuse, c'était de lui proposer des agrandissements à l'étranger; aussi s'ingéraienl-ils sans cesse dans les affaires et les querelles de leurs voisins. « Pour être dans les bonnes grâces des rois de France, il faut », dit encore Froissart, « être bien persuadé qu'aucun peuple de la terre ne peut se mesurer aux Français, et que l'Orient et l'Occident ne seraient pas trop vastes pour contenir une telle nation 3. »

Des astrologues complaisants avaient prédit autrefois à Charles VIII qu'il régnerait un jour sur l'Orient et l'Occident; la croyance à cette

1 V. vos WisKowvroFF, p. 89-90 et HO-lïI.

2 Lettre II.

3 Voy. Mdli.sk, Reichslagtheater unter Maximilian, t. I, p. 3ô î. — Jacf.k , Kaiser Maximilian, p. 211-212.

prophétie s'était répandue dans tout le peuple, et le Roi lui-même y ajoutait foi. Pou de temps avaut départir pour l'Italie afm d'y tenter la conquête du royaume de Naples, Charles se montra au milieu d'une fête revêtu des ornements impériaux, et portant les insignes de la souveraineté universelle : le globe impérial et le sceptre. Le peuple cl la noblesse l'acclamèrent, le saluant du titre d'Empereur. On voit que ce n'était pas sans motif que dès le quatorzième siècle un pape avait recommandé au roi des Romains de surveiller les démarches des Français en Italie. « La France », avait-il dit, « ne rêve que l'anéantissement de la puissance impériale et la ruine du pouvoir temporel du Saint-Siège. Elle soumettrait à ses lois toute la terre, si ses forces pouvaient suffire à la satisfaction d'une ambition si démesurée *. »

L'antique alliance de l'Empire et de l'Italie avait eu dans le passé les plus grands avantages pour les deux nations, bien qu'elle eût imposé de lourds sacrifices à l'une et à l'autre. L'expédition romaine, à laquelle prenaient part toutes les tribus germaniques, entretenait parmi elles le sentiment de la cohésion nationale, et d'autre part les relations de l'Allemagne avec le pays alors le plus cultivé de l'Europe faisaient, naître une émulation féconde, un élan vif et heureux vers les choses intellectuelles. Les Italiens, il est vrai, n'avaient que trop souvent senti la rudesse du joug tudesque; ils avaient été fréquemment accablés d'impôts; mais, d'un autre côté, la puissance de l'Empire les avait mis à l'abri des actes de violence et de despotisme de leurs propres princes et seigneurs temporels, dont la tyrannie, si elle n'eût été entravée, eût rendu impossible l'épanouissement de la liberté des républiques, cette noble fleur du sol italien.

L'union, la grandeur de l'Europe centrale reposaient sur l'alliance de l'Allemagne et de l'Italie. Lorsque cette alliance eut été brisée, l'Empire vit fiiùr la période de son unité et de sa force, l'Italie celle de sa liberté intérieure et de la prospérité de sa bourgeoisie. Quand la direction puissante de l'Empire lui fit défaut, l'Italie tomba dans une lamentable période de désorganisation et de désastres, et l'on put même craindre un moment que le Pape ne pût demeurer à Rome. Cette rupture fut en grande partie cause de la longue dépendance où resta la cour papale vis-à-vis de la politique française.

« L'Italie a expérimenté depuis des siècles », disait à bon droit

1 ■ Oallica nalio semper ad Imperium suspiravit. De papatu quid loquamur? Notum adeo est quod nnlla potest tergiversatione celari, îicdinn papatum, nedum Imperium, sed universi orbis monarchiam vclîent Gallici usurparc, si facultas eorum desideriis responderct. » Le pape Urbain VI au roi Venceslas, 10 sept. l.';82. Pelzel, Ltbensgeschiehle Königs Wenceslaus, t. I (Prague, 1788). Documents, p .0:5. n° 3.'i

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