‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 244 sur 630 · L'EMPIRE LT L'ORIENT. Ï · texte numérisé non relu

L'EMPIRE LT L'ORIENT. Ï

Maximilien, « ce que devient un peuple qui n'a pas d'empereur pour

imposer un frein à ses passions. Aussi ses vrais amis ont-ils toujours regardé la puissance imperiale comme favorable à ses intérêts, et soupiré ardemment après le retour de l'Empereur '. » Dante, enthousiaste panégyriste de l'Empire, place, dans son sublime poème, le roi Rodolphe de Habsbourg dans le purgatoire, pour n'avoir pas accompli son devoir en Italie. Le poète menace le roi Albert du courroux du ciel parce qu'il ne cherche pas à dompter d'une main énergique « le coursier italien, devenu trop farouche ». Il salue, plein d'allégresse, l'arrivée de Henri VII, « libérateur longtemps attendu ». Ces aspira! ions se retrouvent dans les lettres adressées par Pétrarque à Charles IV. • Ilàte-toi », lui dit-il, •< comme cela sied à un empereur! L'Italie est le plus ancien et le plus vaste de tes royaumes! Sa pacification est remise en tes mains; c'est ta mission la plus belle et la plus sainte. Montre à l'Italie son libérateur-! »

.Mais la délivrance ne vint pas. L'Italie devenait de plus en plus étrangère aux destinées de l'Empire. Les républiques italiennes, dans leurs rivalités continuelles, n'étaient plus guidées que par l'intérêt personnel et la ruse. Dans les classes élevées la dépravation morale faisait chaque jour des progrès. Le long schisme religieux qui suivit, ébranla, en Italie plus qu'en tout autre pays de l'Europe, le principe de l'autorité, et le chef de la chrétienié vit diminuer le respect universel dont il s'était vu jusqu'alors entouré.

Le bouleversement complet survenu dans les affaires d'Italie et l'impuissance de l'Empire favorisèrent singulièrement l'ambition des rois de France. A peine Charles VIII s'était-il établi dans le royaume de Naples (1495), qu'il fit connailre son dessein de s'emparer de la couronne impériale. Or la prépondérance de la France en Italie eût à la fois menacé l'équilibre de 1' « empire romain de nation germanique » et l'indépendance de l'Allemagne. La guerre avec la France s'imposait donc aux Allemands : elle était pour eux une question vitale.

Mais du côté de l'Orient un bien autre péril menaçait tous les jours davantage l'Empire.

Tant que l'Allemagne avait conservé au centre de l'Europe son équilibre puissant, tant que ses frontières étaient restées inviolables pour tout ennemi du dehors, les peuples chrétiens avaient pu poursuivre eu paix le grand but qui leur était commun. Au siècle des croisades, refoulant l'islamisme qui menaçait d'engloutir l'Europe, ils avaient

1 Lettre du conseiller royal Henri Grünebeck, oct. 1500.

- Voy. Ficker, Kaiserreich, p. 80-85. —Geiger, Petrarca, p. 193-199. (Leipzig, 187î. )

planté l'étendard de la croix au milieu des possessions mahométanes; ils y avaient fondé leur pouvoir, et la civilisation européenne y avait été apportée. Assurément, le succès des croisades ne doit pas être principalement attribué à l'inlcrvention de l'Empire; mais il faut reconnaître que les croisades eussent élé impossibles si, pendant les guerres d'Orient, l'Allemagne n'eut offert une garantie solide au maintien de l'ordre politique. L'idée qui avait présidé à toule l'organisation des guerres saintes, « la paix et la concorde des princes chrétiens favorisant l'union de toutes leurs forces dans une lutte commune contre l'ennemi de la foi », n'eût pas été réalisable si la force et la puissance de l'Empire n'eussent empêché tout souverain ambitieux de l'Occident demeuré dans son pays d'envahir les États des princes engagés au loin dans les croisades. La France ne fut à la tête des ennemis de l'islamisme en Orient qu'aussi longtemps que l'Empire fut en état d'opposer une digue redoutable à son ardeur conquérante en Europe; mais plus tard, lorsque l'affah blissement du pouvoir impérial lui permit de réaliser ses continuels projets de conquête, la France n'exploita que trop souvent dans son propre intérêt les malheurs que le Croissant faisait subir à la chrétienté. L'Empire une fois déchu de son ancienne splendeur, les peuples chrétiens virent se paralyser peu à peu les efforts qu'ils avaient tentés pour maintenir leur position en Orient1.

Ce ne fut qu'après la prise de Constantinople par les Turcs (1453) et lorsque avec l'empire byzantin eut été renversé le plus redoutable boulevard de la chrétienté, que les nations européennes comprirent le rôle qu'avait joué la puissance impériale dans la politique générale de l'Europe. Tandis que le sultan Mahomet, « dominateur des deux mers, maître de deux parties du monde », mettait en question l'existence même de la civilisation européenne, l'Empereur, « protecteur-né » de la chrétienté contre l'ennemi commun de la foi, voyait son pouvoir tellement affaibli, qu'eût-il eu plus de courage et d'énergie que Frédéric III, il lui eût été impossible d'opposer uuc longue résistance aux assauts furieux des Turcs. Avec l'Empire, la pierre angulaire sur laquelle reposait la société était brisée; les souverains européens, divisés d'intérêts, ne songeaient plus qu'à se combattre les uns les autres, et les efforts héroïques tentés par Nicolas V, Calixtc 111 et Pie II pour délivrer l'Europe du joug humiliant des Turcs, restèrent sans aucun effet. « Nous avons laissé prendre Constantinople », disait douloureusement Pie II, « et les armes des Barbares pénètrent jusqu'au Danube et à la Save. Pour un léger prétexte nous guer-

1 Voj. FlCKER, Kaiterlhum, p. 77-79.

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