INVASIONS DES TURCS EN ALLEMAGNE ET EN ITALIE
pagne pour la conquête du royaume de Naples. La flotte vénitienne suivit les galères qui transportèrent une armée turque en Pouille (1480). Des 22,000 habitants qu'avait alors Otrante, 12,000 furent massacrés, les autres traînés en esclavage. L'archevêque, qui, la croix à la main, exhortait la population à demeurer fidèle à la foi, fut mis à mort. « Nous ferons des esclaves de tous les chrétiens pour la plus grande gloire du Prophète! > disait Mahomet. 11 avait solennellement juré de fouler aux pieds Rome, la capitale de l'Occident; mais sa mort (1481) et les discordes qui éclatèrent ensuite dans sa famille mirent obstacle pour quelque temps à de nouveaux projets de conquête. « Toute la chrétienté serait tombée entre les mains des Turcs, si Dieu ne l'eût secourue », dit un historien contemporain. Pendant que l'Europe se trouvait dans un si pressant péril et qu'une effroyable invasion turque était imminente, le pape Sixte IV exhortait tous les princes chrétiens à la paix; il s'adressait tout particulièrement aux Kîats italiens, les suppliant de faire cesser leurs divisions. Afin de donner lui-même l'exemple, il se réconcilia avec les Florentins, et les vaisseaux du Saint-Siège aidèrent à la reprise d'Otrante. Mais sous ses successeurs, Innocent VIII et Alexandre VI, la chrétienté, dans sa résistance aux ennemis de la foi, reçut peu de secours du Siég-e apostolique, car la politique étroite et égoïste qui régnait en Italie, la soif de plaisir, la corruption des mœurs, avaient malheureusement pénétré jusque dans la cour de Home1.
Pcndaut les dix dernières années du règne de Frédéric III, l'Allemagne ne cessa d'être exposée à des périls toujours croissants du côté des Turcs. Cinq fois les musulmans pénétrèrent en Styrie, six fois eu Carinthie, sept fois dans la Carniole; l'année même où Frédéric mourut, ils envahirent de nouveau la Styrie et la Carniole, et emmenèrent dix mille chrétiens en esclavage.
Telle est la situation déplorable où se trouvait l'Allemagne àl'avénement de Maximilien Ier.
L'Orient et l'Occident ne lui donnaient que trop lieu de craindre que si le royaume ne se décidait enfin à une mâle résistance, la maison d'Autriche, et plus tard la Bavière et les principautés qui y louchent, ne fussent à jamais perdues pour l'Empire et ne devinssent françaises ou turques -.
1 Après avoir rapporté les malheurs que les Turcs ont fait subir à la chrétienté, le chroniqueur Paul Lang ajoute : « Tot ergo tantaque, immo mullo plura, quam quisquam calamo exprimere possit.christianae reipublicae detrimenta et incommoda sol u in patimur ponlificum, reguin principumque nostrorum negligentia et discordia. » Voy. encore d'autres passages des chroniques, dans Müller, Reichttaglheater unter Maximilian, t. I, p. 20G-208. — Brant, Narrenschiff, S 9!).
- \dresse de Maximilien aux états, 2:i mai 1496, dans Ml i i.i:i, Reichstag theater, t. II, p. 17.
MAXIMILIEN Ier.
Maximilien est l'un des souverains les plus populaires de l'histoire d'Allemagne. Les hauts faits du « dernier des chevaliers », ses merveilleuses aventures, soit au milieu du tumulte des batailles, soit dans les tournois ou bien dans ces chasses périlleuses où il poursuivait l'ours et le sanglier, vivent encore dans la mémoire populaire. « Partout où il paraissait en personne, il se faisait aimer et respecter. » Tantôt à Worms, revêtu d'une simple armure et sans s'être fait reconnaître, il terrasse dans un combat singulier le chevalier français redouté de tous, puis, levant la visière de son casque, découvre son visage de héros au milieu des acclamations enthousiastes du peuple; tantôt à Guinegate, après avoir conquis ses premiers lauriers, généreux à la fois envers amis et ennemis, il prodigue lui-même ses soins aux blessés; ou bien à Augsbourg, pendant une promcuade solitaire, rencontrant dans un chemin creux un mendiant subitement atteint d'un mal mortel, il descend de cheval, tend un cordial au malade, dépouille son manteau royal pour en couvrir le malheureux que la fièvre fait trembler; puis se hâtant vers la ville, s'empresse d'y chercher un prêtre, qui puisse donner au mourant les consolations de la religion.
Dans la chambre de l'Empereur, au château royal d'Inspruck, on a trouvé ces lignes tracées sur la muraille :
Moi, roi par la grâce de Dieu, si je porte la noble couronne,
C'est pour épargner le pauvre,
C'est pour être équitable envers lui
Aussi bien qu'envers le riche,
Afin que nous puissions tous vivre éternellement ensemble
Dans la joie du paradis ' !
Maximilien n'avait qu'à se montrer pour plaire, pour attirer. Sa fière attitude, sa démarche ferme et assurée, la noblesse et la dignité de tous ses mouvements, l'expression de sereine bienveillance de son visage, la gaieté inaltérable de son âme pure, ses paroles qui gagnaient les cœurs, et dès la première entrevue réconciliaient souvent les esprits les plus prévenus, tout charmait, tout séduisait en lui. Le jour où il alla recevoir à Gand Marie de Bourgogne, son épouse, il fit son entrée dans la ville monté sur un grand cheval bai dominant tous les autres; il était revêtu d'une étincelante armure
1 Gespräch der Vögel, communiqué par Chmel, Archiv, für die Kunde Österreich. Geschischtsquellen, I. I, p. 153-15G.
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d'argent; sa tête était nue; ses riches boucles blondes étaient retenues par une couronne de perles et de pierres précieuses. Un témoin de cette scène ne peut s'empêcher de s'écrier après l'avoir décrite: « Quelle apparition merveilleuse! Maximilien est si brillant de jeunesse, si beau dans sa virilité, si rayonnant de bonheur, que je ne sais ce que je dois admirer davantage, ou sa jeunesse en fleur, ou sa vaillance, ou son heureux destin! Il est impossible de ne pas aimer ce brillant chevalier ' ! » On l'aimait en effet, soit qu'on le rencontrât en simple habit de chasse, le chapeau aux bords retroussés sur la tète, portant les éperons de fer, l'arbalète et le cor de chasse d'un simple écuyer, chevauchant parmi les hautes montagnes et les ravins rocailleux du Tyrol, et conversant familièrement avec le paysan abordé sur la route; soit que dans les plaisirs de la cour, à Ulm ou à Francfort, on l'entendit causer gaiement avec les bourgeois ou les jeunes filles, ne trouvant pas mauvais que les nobles dames, averties de son prochain départ, cachassent ses bottes et ses éperons, pour le voir demeurer encore, et, le lendemain, ouvrir la danse avec la reine delà fête. Maximilien sentait en lui l'ardent désir de mettre sa force et sa vie au service d'une ère jeune et nouvelle. Son rêve était d'encourager et de faire progresser les plus nobles efforts de l'intelligence, en respectant tout ce que le passé avait eu de bon, en l'affermissant encore, mais en écartant ce qui était devenu suranné. Sa curiosité pour les connaissances humaines se portait sur tous les points; il s'appliquait aussi volontiers à fondre et à aléser des canons ou à fabriquer des harnais, qu'à l'histoire, aux mathématiques, ou à l'étude des langues 2. Il passait à la fois pour le prince de la chrétienté le plus habile au mélicr des armes et pour le polyglotte le plus remarquable. Outre l'allemand et le flamand, il parlait avec aisance le latin, le français, le wallon, l'italien, l'anglais et l'espagnol. Son esprit plein de feu, d'élan et d'entreprise, héritage de sa mère qui était une princesse portugaise, était dans une continuelle activité, et de bonne heure il avait appris à l'école de l'expérience à observer les hommes et à connaître les revirements de la vie. « Celui-là seul compatit à la misère du peuple qui l'a lui-même expérimentée «, disait-il un jour au duc de Saxe. Il pouvait en effet se souvenir qu'étant encore adolescent, lors du siège et du bombardement du château impérial par les Viennois, il avait tristement erré dans les communs du château, implorant un petit morceau de pain de la compassion des serviteurs. Aucune contrariété ne pouvait lui faire perdre sa fermeté, son empire sur lui-même, et lorsque ses projets étaient anéantis, il avait coutume
1 Lettre du chambellan Guillaume de Iloverde, 23 aoiU 1477. * Tkitiikme, De tera sludiorumjatioiic, p. 7.
de s'en consoler eu disant : « Dieu nous aidera ! Les choses pouvaient encore plus mal tourner! » On rangeait dès lors parmi les qualités particulières aux souverains de la maison de Habsbourg, la sérénité, la coufiauce en Dieu dans les revers : « Grand péril, grand honneur », semblait être leur devise '.
« Maximilieu », dit un adversaire delà maison de Habsbourg, « est un prince craignant Dieu, sage, prudent, et pour ce qui le louche personnellement, pacifique, débonnaire et indulgent*. » « Le prince est excellent capitaine », rapporte Machiavel; « il supporte les plus rudes fatigues comme le soldat le plus endurci; il est intrépide dans le danger, et maintient en son royaume une stricte justice. Quand il donne audience, il est complaisant, affable, et possède beaucoup d'autres qualités d'un excellent prince. » Ses plus grands défauts, selon Machiavel, étaient une prodigalité excessive, l'irrésolution dans les desseins, et trop de confiance dans les hommes. « Ceux qui l'entourent le trompent aisément, à cause de son naturel trop débonnaire. Quelqu'un de ses intimes m'a assuré que tout homme pourrait jouer l'Empereur avant qu'il y eût pris garde 3. » L'ambassadeur florentin François Vettori reproche aussi à Maximilieu sa « libéralité excessive ». « Au
1 TritiiÈme, De vera studiorum ralione, p. 7.
*Anshelm, t. V, p. 371.
3 Opère, IV, p. 106-1G8, 174. Le pape .Iules II reproche aussi à l'Empereur son manque de persévérance et sa prodigalité. Voy. IIöfler, Carl's V Wahl zum römischen Könige, p. 8, note 2. — Les amis personnels de Maximüien constatent eux-mêmes qu'il était ■ mauvais trésorier et mauvais maître de maison ». Lorsqu'il avait de l'argent, il le dépensait à pleines mains, à temps et à contretemps, et pensait que c'était là se montrer royal et magnifique; mais pour ses besoins personnels il n'était rien moins que dépensier et prodigue. Dans les appartements disposés pour son usage, soit dans les châteaux, soit dans les palais justiciers, il ne voulait pour lui qu'une chambre et un cabinet. Il se tenait dans la chambre, y recevait, y travaillait, et son lit était placé dans le cabinet. Au château de Runkelstein, près de Botzen, on a retrouvé un inventaire datant de 1493 et consignant les « escabeaux du très-gracieux seigneur, sa table à écrire a serrure; dans la chambre à coucher, un lit avec un dais, un autre sans dais, tous deux pourvus de marchepieds; un grand coffre en bois; un bahut à serrure et un petit orgue ». Voilà en quoi consistait tout le luxe de la chambre impériale. Le château de Méran n'était pas plus splendidement meublé. D'après un inventaire fait en 1518, il ne se trouvait dans la chambre impériale, outre un poêle et deux panneaux armoriés, qu'une table et une petite crédence placée contre la muraille, près du poêle, deux tables de bois ornées d'incrustations, un coffre de marqueterie, un lit surmonté d'un dais, un coffre à vêtements en bois travaillé. Quant au lit impérial, il était garni de deux sacs de paille, de deux lits de plume recouverts de futaille blanche, d'une belle couverture de soie brodée doublée de futaine, et d'une couverture en soie piquée; de plus, un matelas de futaine, un second matelas et quatre coussins. Une des murailles de la chambre était tendue de drap de couleur,* peint à la façon indienne », où était représentée l'histoire de Pharaon. Les demoiselles de la cour devaient aussi se contenter d'un ameublement trèssimple, bans leurs chambres à coucher il n'y avait point d'autres meubles que dis lits, des tabourets et des coffres. Mais le château renfermait des œuvres d'arl dignes du goût d'artiste de l'Empereur. Les quatre panneaux armoriés
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reste », ajoute-t-il, « oq ne saurait nier qu'il ne soit circonspect et prudent. Il possède à fond l'art de la guerre, il est très-habile, plein d'expérience et infatigable. Aucun de ses prédécesseurs, depuis cent ans, n'a inspiré à la nation une pareille confiance. Mais sa grande bonté, ses sentiments d'humanité, le rendent parfois trop crédule et trop accommodant *. »
C'est surtout dans ses rapports avec les princes allemands que Maximilien mérite ce reproche. 11 ajoutait trop aisément foi à leur parole. « L'Empereur avait le grand tort », dit Jean Cochl.Tus, « de se reposer toujours, malgré d'innombrables déceptions, sur les promesses de subsides et de renforts que lui faisaient les princes et les Etats pendant les diètes qu'il convoquait si fréquemment. Comme s'il eut déjà tenu ces secours entre ses mains, il prenait des mesures prématurées. Or les princes, uniquement dominés par l'intérêt personnel, étaient généreux en protestations, en promesses; mais une fois revenus des assemblées, ou bien ils ne tenaient point parole, ou bien ne fournissaient qu'un secours dérisoire, et cela jamais au bon moment. Delà, pour l'Empereur, des mortifications et des difficultés sans nombre. Au milieu d'une entreprise trop tôt commencée, il lui fallait s'arrêter, parce que les moyens lui faisaient défaut pour la continuer. Alors amis et adversaires, ignorants du véritable état des choses, avaient beau jeu pour dire et répéter : Voyez comme l'Empereur a peu de suite dans ses desseins! Le lamentable état du royaume ne lui a que trop souvent coûté des larmes, car il voulait de toute son âme le bien de son peuple et la gloire de l'Empire. » Sur ce point, les écrivains contemporains lui rendent unanimement justice. Tous s'accordent à dire que Maximilien avait vraiment « l'Ame allemande »; tous vantent son zèle généreux, toujours prêt à se sacrifier pour le bien public; tous célèbrent les services qu'il a rendus à l'Empire et à la patrie -. fidèle à sa devise : « Mon honneur est l'honneur de l'Allemagne, et l'honneur de l'Allemagne est mon honneur », il se dévouait avec la plus entière abnégation aux intérêts de tous.
L'Empire était déchiré à l'intérieur, impuissant au dehors. Les
dans le parloir et dans, la chambre appartiennent incontestablement par leur Composition artistique, la richesse et l'élégance de leur forme, aussi bien que par l'exécution et le uni des détails, aux pins parfail s chefs-d'œuvre de l'époque. Dans la fenêtre en saillie, se trouvaient des tableaux atmosphériques recouverts de fresques, qui peuvent être rangés parmi les plus remarquai les œuvres d'art de ce lemps. — Voyez les intéressants travaux de Schönhebji, Dos Schloss RunkcHslein bei Sotten mit einem füventar des Scklotses von 1493 (Innsprück, 1 S7 î i, p. 22-24, :>2, et DU ah* Lanietfûrtlliehe Burg von Mer un, p. 9-23, 26-44 (Mcran, 1875).
1 Mémoire de Vetlori, dans les Légations de Mm hutel, t. VI, p. 137.
•Lettre du 9 février (519 adressée à Pierre d'Aofsess.
efforts constants de Maximilien tendirent à diriger les forces vives de la nation, plus que jamais en ébullition et menaçant de s'user stérilement dans de mesquines guerres privées ou de brutales émeutes, vers les plus nobles buts patriotiques. 11 rêvait de ressusciter, puis d'affermir dans la nation le sentiment de la cohésion des peuples, l'union féconde de tous. Sentant combien peu l'état des affaires publiques satisfaisait les exigences croissantes du pays, il se proposait de créer pour l'administration de la justice et pour le gouvernement intérieur des organes plus parfaits. Mais, dans la pensée du Roi, les réformes intérieures devaient céder le pas aux questions extérieures. 11 fallait avant tout rétablir au dehors l'autorité et la grandeur du Saint-Empire. Les possessions allemandes devaient être protégées; il fallait reconquérir en Italie la prépondérance autrefois possédée, et qui seule était capable de rendre à la patrie l'influence qu'elle avait perdue dans la politique générale de l'Europe. Victorieux, plus puissant désormais qu'aucun de ses prédécesseurs, Maximilien, d'une main énergique et sûre, rétablirait alors la justice et la paix, et, après avoir reçu du Pape la couronne impériale, tournerait contre les Turcs la valeur éprouvée de son peuple. Car Maximilien se représentait encore la dignité suprême d'empereur selon l'idéal du passé; comme ses prédécesseurs, il entendait être le gardien, le tuteur de l'Église, la pierre angulaire et le principe de tout droit sur la terre, et diriger les armes de l'Occident contre l'ennemi de la foi lui paraissait le premier, le plus élevé de ses devoirs.
Les esprits' les plus pénétrants, les plus nobles, partageaient les généreux désirs du Koi. Tous les vrais amis de la patrie étaient persuadés que la force de la nation était « inséparable de la puissance de la royauté » ; que seul le pouvoir monarchique, rétabli dans son premier état, assurerait dans le royaume la paix et la justice ; mais que desaclions d'éclat, relevant la gloire impériale à l'extérieur,étaicnt seules capables de mettre obstacle à l'oligarchie des princes. Les grands esprits alors à la tête du mouvement de la pensée disaient, dans la chaleur de leur orgueil patriotique, que la nation « la plus riche, la plus exercée au métier des armes de toute la chrétienté que l'Allemagne, qui avait fait tant de découvertes, gagné tant d( batailles intellectuelles, produit dans toutes les branches de la science et de l'art des œuvres si magnifiques, ne devait céder le pas h aucun autre pays, parce qu'elle était appelée à rester à la tête de Ions. Des hommes comme Wimpheling, Sébastien Brant, JNaucIcrus et Pirkheimer célébraient en mâles et patriotiques accents l'antique grandeur de l'Empire, et saluaient dans Maximilien le gardien de l'unité allemande, le restaurateur de l'Empire chrétien germanique,
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le souverain qui assurerait enfin le triomphe du christianisme en Orient et en Occident. « Vois, disait Sébastien Brant,
« Vois! les rênes du monde sont remises à tes mains, ô roi! Tous les habitants delà terre te doivent obéissance! La chrétienté va grandir sous ton règne, seigneur! Maintenant donc, songe à agrandir l'Empire, comme ton titre même t'y oblige. Oui, je le sais, tu le feras! Le courage vaillant qui est né avec toi empêchera que jamais la force de la volonté s'assoupisse en ton âme. On lit dans tes traits une résolution mâle; ilsrévèlent une âme haute, un esprit noble et chrétien ! L'espérance que nous avons conçue lorsque autrefois je saluais en toi le restaurateur de l'Empire, ne nous trompera point! Tu prends en ce moment possession des armes impériales, revêts en même temps le courage d'un empereur! Puisse notre ennemi s'apercevoir bientôt que le Dominateur céleste t'a lui-même confié son redoutable glaive '! >
Le rôle effacé que jouait l'Allemagne dans la politique européenne attristait d'autant plus les bons citoyens que les lansquenets et les Suisses, qui auraient dû soutenir l'Empire, donnaient leur sang à la plupart des guerres entreprises par l'étranger 2. « Que ne pourrait l'Allemague », s'écriaient-ils, « si elle voulait mettre à profit ses propres forces! Aucun peuple du monde ne pourrait lui résister! » Beaucoup, entraînés par leur enthousiasme, supposaient aux princes un désintéressement patriotique bien au-dessus de leurs vues particulières, et se proposaient sérieusement de faire à Maximilien la remise de leur pouvoir : « Puisqu'ils ne veulent rien entreprendre pour le bien de l'Empire », disait Coccinius, « puisqu'ils ne sont d'aucun secours à l'Empereur, ils devraient abdiquer leur autorité en sa faveur. » « Autrefois », ajoutaient-ils, « lorsque les péages, les droits régaliens appartenaient encore exclusivement aux empereurs, ils étaient en état de mettre sur pied de puissantes armées. Si plus tard l'insouciance ou la trop facile bonté des souverains allemands (de Charles IV en particulier) leur a fait abandonner beaucoup de leurs droits, il ne s'ensuit pas que les princes soient autorisés à s'en servir selon leur bon plaisir. Donc, si, comme nous le voyons en ce moment,
1 GCEDECKE, p. 17.
4 A cette époque, on voit les troupes auxiliaires allemandes exercer une action décisive dans toutes les guerres européennes; les soldats auxquels se confie Wassiliewitch lorsqu il conduit ses Moscovites combattre les Polonais, ceux qui soumettent la Suéde à l'Union, étaient Allemands, aussi bien que les soldais qui, dans la cause des York, périssent à l'endroit même où ils avaient attendu la bataille, et ceux qui, lors de la conquête de la Bretagne par les Franç.iis. rendent quelque temps le succès incertain. Les défenseurs et les vainqueurs de Naples, les dominateurs des Hongrois, aussi longtemps qu'ils le voulurent, ceux qui les sauvèrent tandis qu'ils s'en relournaient chez eux chargés de butin, étaient tous Allemands. IU.NKE, Gesch. der romanischen un./ germanischen Volker, 2e éd. (Leipzig, 187î), p. 7i.
ils en usent de façon à faire un sensible torl à l'Empire, ces droits peuvent légalement leur être retires. Qu'ils les rendent à Maximilien, ou plutôt qu'ils lui disent : Tout ce que nous possédous t'appartient! Fais-en tel usage qu'il te plaira! Nous te reconnaissons pour notre empereur, notre maître légitime et héréditaire, et nous étendons notre serment d'hommage à ta postérité mâle '! » « Si les chefs de l'Empire refusent à l'Empereur leur fidèle obéissance », dit l'auteur de la Race welche, « le schisme et l'hérésie lèveront la tète, et l'Allemagne périra. On ne peut espérer la cessation des désordres et des discordes intérieures que si toute l'autorité se concentre en un seul pouvoir, et si les droits et l'honneur du Saint-Empire sont sauvegardés à l'extérieur5. »