LES ETATS REFUSENT L'IMPOT
pied à Rome! » Au reste, ce qu'il avait promis à Worms, il était décidé à l'accomplir ponctuellement, et tout serait traité selon la volonté des états, pourvu que le denier commun lût voté '.
Il revenait sans cesse à ce qu'il avait dit précédemment : Sans le secours du denier commun, l'honneur, la dignité, la prospérité de l'Empire étaient perdus, et la guerre contre les infidèles devenait impossible. Si, par la laufe des états, la France réalisait le projet qu'elle poursuivait en Italie, son pouvoir serait tellement fortifié qu'elle envahirait les possessions héréditaires de l'Empereur, y porterait la guerre et s'en emparerait bientôt ; mais les progrès de l'ennemi s'étendraient très-rapidement à plusieurs autres pays allemands, qui maintenant se croient en pleine sécurité. « Et alors », continuait-il avec douleur et menace, « il nous faudra chercher à nous entendre avec le roi de France, pour conserver du moins nos pays héréditaires et les pays qui en dépendent 2! »
Tous ces avertissements restèrent inutiles. Cependant, à la diète de Lindau, l'archevêque de Mayence, Berthold de Henneberg, le seul presque d'entre les princes qui eût tenu selon ses moyens ce qu'il avait promis, reprocha aux états leur manque de générosité et de patriotisme. Il leur fit comprendre que s'ils ne s'amendaient, les troubles intérieurs iraient toujours en croissant, et qu'il leur faudrait enfin se courber sous la rude discipline d'un maître étranger: « Du temps de Charles IV et de Sigismond », leur dit-il « la souveraineté de l'Empereur était encore reconnue en Italie ; aujourd'hui il n'en est plus ainsi. Le roi de Bohème est prince électeur du Saint-Empire : cependant qu'a-t-il fait pour lui? Il en a détaché récemment la Silésie et la Moravie! La Prusse et la Livonicsont dans une inexprimable détresse: mais qui donc s'en soucie? Le peu qui reste à l'Empire lui est tous les jours arraché, et les morceaux en sont donnés à celui-ci ou à celui-là. Pourquoi les Suisses jouissent-ils de l'estime générale? pourquoi sont-ils respectés des Italiens, des Français, du Saint-Père? pourquoi sont-ils redoutés de chacun? C'est qu'ils ont su rester unis. L'Allemagne devrait suivre un tel exemple. Les ordonnances de Worms, destinées à conjurer la ruine de l'Empire, devraient être prises en considération. N'en faisons point le sujet de vains bavardages, mais avisons à leur prompte exécution, à l'établissement solide de la Chambre impériale et au prélèvement du denier commun. »
Mais les représentations et les reproches de l'archevêque eurent aussi peu de succès que les paroles royales. On était volontiers de
1 Voyez la réponse royale dans IIofler, Reformbcwegun<j, p. 50-51. 3 Cité par Mulleu, t. H, p. 31.
son avis lorsqu'il s'agissait « de former de bonnes résolutions ou de désigner des diètes futures pour en prendre d'analogues ; mais dès qu'il fallait en venir à l'action, aux secours à fournir, les princes n'avaient plus d'oreilles ». Les diètes n'ont été et ne sont fécondes qu'en un sens, avait dit longtemps auparavant Énéas Sylvius. >< Chacune d'elles en porte toujours une autre dans ses entrailles '. »
Les peines de Berthold furent perdues, et ses efforts furent même plus nuisibles qu'utiles à l'Empire, parce qu'au lieu de s'unir étroitement à Maximilien et de mettre à sa disposition, et les ressources matérielles dont il pouvait disposer, et son influence morale, il travaillait à l'affaiblissement du pouvoir royal, et souhaitait de voir la puissance intérieure et extérieure remise entre les mains de l'oligarchie.
Or il n'y avait rien à attendre de cette oligarchie, soit pour le relèvement de l'honneur de l'Empire, soit pour le bien public. Non-seulement, à Lindau, les princes refusèrent de s'armer contre la France (qui pendant tout ce temps travaillait avec succès à établir son hégémonie en Italie), mais encore ils demeurèrent absolument indifférents aux instantes supplications que leur adressait de Livonie l'ordre Teutonique aux abois. Walter de Plettenberg, grand maître de l'ordre, animé du plus vaillant courage et de la persévérance la plus admirable, défendait depuis vingt-cinq ans contre le czar Ivan cette colonie importante, cette frontière extrême de la Germanie; il avait remporté dans ces lointaines régions les dernières victoires de la civilisation européenne sur la barbarie de l'Orient. Mais les forces russes, trop au-dessus de celles dont il pouvait disposer, lui faisaient pressentir une défaite dans un avenir très- proche. Son péril était imminent. Néanmoins les états ne se montraient nullement touchés de la détresse de cette « Livonie si reculée », bien que longtemps auparavant Berthold, avec le pénétrant coup d'œil de son génie politique, eût attiré leur attention sur les dangers que dès lors la Russie faisait courir à l'Allemagne. Les états apprirent sans s'émouvoir que le Czar avait fait jeter dans des cachots infects quarante-neuf marchands hanséatiques, après leur avoir pris leur argent et leurs effets. Peu leur importait que la Hanse, privée de tout secours, dût renoncer à maintenir sa position dans ces contrées lointaines. Ils l'abandonnaient à son triste sort, laissant la Livonie sans secours, et pensant avoir suffisamment pourvu à la dignité et à la grandeur de la patrie,
1 « Fœcunda- sunt omnes diaeta1, quolibet in ventre alteram habet. • Opp., p. 533, ep. 72. On pouvait presque dire de chaque diète ce que Tritberne rapporte de la diète de Nuremberg en 1487 : « Ubi inultis convenientibus multa fuerunt proposita, dicta et ajjilata, sed praeter verba nihil sequebatur, omnibus qua; sua sunt quaerentibus. » CUron. Hirsaug. adannum 1 f 87.