‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 260 sur 630 · LES ETATS REJETTENT LES PROPOSITIONS ROYALES · texte numérisé non relu

LES ETATS REJETTENT LES PROPOSITIONS ROYALES

volonté, on eût vu se réaliser dans la politique intérieure du pays les plus heureux progrès.

Mais les États voyaient avec déplaisir une réforme tendant à restreindre leur autorité; aussi repoussèrent- ils le plan royal avec les formules les plus respectueuses : « Sa Majesté », dirent-ils, « avait jusque-là, par sa haute intelligence et son habileté, gouverné d'une manière digne d'éloges, avec loyauté, bouté, justice. Elle pourrait, elle saurait agir de même à l'avenir. Donner une forme, une mesure précise à l'autorité de Sa Majesté n'entrait point dans les sentiments ni dans les intentions des États. » Ils refusèrent également de voter l'impôt du denier commun, bien qu'ils se fussent prononcés en sa faveur à la diète de Fribourg, où ils avaient déclaré « que le maintien de la paix publique et surtout le fonctionnement de la Chambre Impériale reposaient uniquement sur lui, et qu'il en était la racine et le fondement ' ». Les membres de la diète tenaient à présent un tout autre langage : « Les sujets de l'Empereur », disaient-ils, « sont épuisés par la guerre, renchérissement des denrées, les pertes des leurs et les maladies; aussi sont-ils complètement hors d'état de payer le denier eu question2. » Ils repoussèrent également la proposition royale touchant l'établissement de troupes permanentes dans les paroisses de l'Empire, et n'accordèrent qu'à grand'peineà Maximilien les quatre mille hommes qui lui étaient absolument nécessaires pour proléger la Hongrie. Les registres de la matricule prirent de nouveau la place du denier commun. Chaque corps de l'État, selon l'importance de ses domaines et de ses revenus, fut requis de fournir un certain nombre de cavaliers et d'hommes de pied.

Maximilien n'avait pas atteint son but; pourtant le souverain et les États avaient négocié ensemble - de bonne amitié », et c'était là, déjà, un résultat considérable. Accompagné de tous les princes présents à la diète de Cologne, l'Empereur se hâta de marcher contre Charles d'Egmont, qui, soutenu par la France, prétendait retenir en sa possession le duché de Gueldre, et le contraignit à l'obéissance. A l'aide des troupes accordées, il garantit aussi les droits présomptifs de sa maison sur le royaume de Hongrie, et l'on put enfin espérer

que la couronne de Bohême serait rapportée au Saint-Empire, que celle de Hongrie viendrait s'y réunir, et qu'un solide rempart serait élevé contre les envahissements des infidèles3 ».

Car la guerre contre les « ennemis du nom chrétien » continuait

1 Voy. IIÖFi.in, Reformbeicegung , p. 63.

* Dans Ml i LBR, Reichslagstaat, p. 488-489.

3 Sur les négociations de Cologne, voyez les pièces manuscrites dans la Frankfurts Reichscorretpondent, 1. II, p. 681-696. Arrêt de la diète du 31 juillet 1505, dans la Neue Sammlung der Reichsabschiede, t. II, p. 1 02-1 0 î.

à occuper jour et nuit la pensée de Maximilien, et il ne doutait pas que les autres nations ne se missent en mouvement aussitôt qu'elles verraient la plus forte des puissances européennes, c'est-à-dire le Saint-Empire romain, prendre l'initiative1.

Mais il ne voulait entreprendre la croisade qu'après avoir été couronné empereur et reconnu pour chef de toute la chrétienté. Aussi reprit-il avec une nouvelle ardeur les préparatifs de l'expédition romaine.

Dans ce dessein, et afin d'aviser aux moyens de reconquérir les pays tombés au pouvoir de la France, il convoqua les États, et ouvrit une nouvelle diète à Constance. Quelques jours après, on apprit que Louis XII venait d'entrer en Italie avec une puissante armée, qu'il s'était emparé de Gênes (29 avril 1507), avait fait brûler les privilèges impériaux que la ville invoquait pour sa défense, soutenant qu'elle faisait partie intégrante de l'Empire. Louis ne se proposait rien moins que la conquête des États de l'Église : après avoir mis le Pape sous sa dépendance, il se flattait d'obtenir de lui la couronne impériale 2.

Dans un discours chaleureux, Maximilien expose aux membres de la diète, réunis en grand nombre, les pertes essuyées par l'Empire et les grands périls qui le menacent. « Le roi de France », leur dit-il, « veut ravir la couronne impériale à la nation allemande. S'il ose nourrir un tel espoir, ce n'est pas qu'il soit devenu plus puissant et nous plus faibles qu'auparavant; ce n'est pas non plus qu'il ne comprenne combien l'Allemagne surpasse la France en force et en richesse; c'est qu'il espère que nous agirons dans le présent comme dans le passé, et que nos querelles, notre apathie, nous seront plus chères que le souci de notre honneur et de notre sécurité. Il s'imagine qu'après l'avoir laissé arracher à l'Empire le duché de Milan et mettre à l'abri de notre vengeance les ennemis de l'Allemagne, nous lui permettrons de s'emparer de ce qui a toujours fait la gloire et la suprême parure de notre nation : la plus haute souveraineté du monde, la couronne impériale! L'humiliation qui nous en reviendrait pourrait encore se supporter si nous étions inférieurs en nombre à nos ennemis; en ce cas notre malheur serait plus grand que notre honte, et l'on ne pourrait imputer à notre imprévoyance et à notre lâcheté ce qui ne dépendrait que de notre mauvaise étoile et du malheur des temps. Mais comme il en est tout autrement, et que notre puissance dépasse

1 Voy. la circulaire de Maximilien à propos de la société de Saint-Georges.

RfULLER, |). 345.

* Sur la rupture des traités et de la paix par Louis XII, voy. Jager, p. 223- 225. Voy. aussi la justification de Maximilien dans Goliust, Reichshandlung, p. 53.

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