‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 261 sur 630 · DIETE DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

DIETE DE CONSTANCE

de beaucoup celle des Français, notre plus grande honte, dans notre défaite, serait d'avoir toléré avec indifférence ce que nous pouvions éviter par notre énergie. Aussi, même si nous ne disposions que de faibles ressources, mieux vaudrait tout risquer, mieux vaudrait souffrir les plus grands maux que de faire peser sur la nation allemande un éternel opprobre. » « J'ai l'intention de conduire une armée en Italie et d'y ceindre la couronne impériale. Ensuite, je ferai tous mes efforts pour anéantir les espérances des Français et pour les chasser de Milan, ce qui en est l'unique moyen. Pour cela, de toute nécessité, il me faut de l'argent et des hommes. J'ai la confiance que si vos forces s'unissent aux miennes, nous traverserons l'Italie en vainqueurs. Lorsque les Italiens verront l'empereur d'Allemagne s'avancer vers eux, ils viendront d'eux-mêmes à sa rencontre avec de l'argent et des armes, soit pour conserver leurs libertés, soit pour être affranchis de leurs tyrans, soit pour se réconcilier avec les vainqueurs. Le roi clc France changera de langage dès qu'il verra les effets de notre puissance guerrière. Il se souviendra que l'un de ses prédécesseurs, portant le môme nom que lui, fut battu par moi à Guinegafe lorsque j'étais encore presque enfant, et que depuis ce jour nul roi de France ne nous a vaincus par des armes loyales, mais uniquement parla ruse. J'en appelle à votre grandeur d'âme, à votre courage, vertus qui ont toujours été les qualités essentielles des Allemands, et je vous demande si votre réputation, si votre gloire ne seraient pas atteintes, si, dans ce péril universel, vous ne vous souleviez de vous-mêmes et ne couriez aux armes! Maintenant la chose vous regarde! Pour moi, j'ai la conscience d'avoir fait tout ce qui dépendait de moi. Je vous ai avertis du danger, je vous ai excités par mon exemple à faire votre devoir. Je ne manque pas de courage, j'affronterai tous les dangers. Mon corps est habitué aux plus rudes fatigues. Plus vous entourerez votre roi de considération et de respect, plus vous mettrez entre ses mains une force militaire redoutable, plus il vous sera facile, à votre plus grand honneur, de protéger la liberté de l'Église romaine, et d'affermir en Allemagne cette souveraineté impériale dont l'éclat rejaillit sur vous tous '. »

Celte fois, l'éloquence de Maximilien « coula dans tous les cœurs comme de l'or fondu ».

« Sa Majesté royale », écrivait à sou maître Eisehvolf von Stein, délégué du Brandebourg, « a feit un long discours à l'assemblée, lui expliquant ses devoirs et les siens, .le voudrais que Votre Grâce l'eût

1 FüGGUR, Ehrenspiegel, 1233-1235 — Mulliiv, p. 549-553. — Voyez la proposition royile à la diele de Constance en 1507, dans les œuvres posthumes de Spalatin,

entendue. Les États ont été tellement remués par sa parole, que d'une seule voix ils ont accordé à Sa Majesté des secours de tout genre. Or, jamais le Saint-Empire n'en eut plus besoin; sur ce point, tout le monde est d'accord1. » Les princes témoignèrent au Roi leur respect et leur soumission : « Plus ils occupent un rang élevé », écrivait l'ambassadeur vénitien Vincent Ouirini, présent à la diète de Constance, « plus ils s'empressent de donner des marques de leur générosité et de leur obéissance. Cbacun affirme, et on le voit assez, que jamais roi des Romains ne fut plus respecté ni plus obéi que Maximilien4. »

Pour former l'armée d'Italie, les princes s'engagèrent à fournir trois mille cavaliers et neuf mille hommes de pied. Le Roi promit en retour de régir d'après leur conseil, et dans l'intérêt du bien public, les pays qu'il pourrait conquérir. Il s'engagea également à administrer de telle sorte les terres, domaines et seigneuries qui tomberaient entre ses mains, que les charges, selon toute équité, en seraient à jamais ôtées aux Allemands et imposées aux autres pays. De cette manière l'Empereur et Roi serait désormais magnifiquement entretenu, sans qu'il en coûtât rien à la nation.

Les Suisses eux-mêmes manifestèrent tout à coup l'intention de redevenir Allemands. Le Roi les ayant assurés qu'ils ne seraient soumis ni à la juridiction de la Chambre Impériale ni à aucun autre tribunal souverain, ils promirent de ne plus causer d'embarras au Saint-Empire, et de se comporter désormais en alliés fidèles et obéissants. Ils mirent six mille hommes à la disposition de Maximilien, qui se chargea de leur solde. Cette armée, selon l'antique usage, devait escorter l'Empereur à Rome, sous la croix blanche de ses étendards.

Ce fut un « heureux temps ». Maximilien se laissait aller aux espérances les plus brillantes. Il annonça sa prochaine arrivée au Pape et au Sacré Collège, et rappela à la diète « que le jour où il avait été couronne empereur, il avait promis à Dieu, par un vœu solennel, de diriger en personne une expédition contre les Turcs3 ».

Mais L'« heureux temps » fut de courte durée.

A la nouvelle des préparatifs de guerre qui s'opéraient en Allemagne, Louis XII, qui, après avoir conquis Gênes, s'était lentement replié vers les Alpes, laissa son armée se disperser, et fit assurer aux Etats par ses agents secrets qu'il n'avait nulle intention d'inquiéter l'Empire, au lieu que l'Empire avait au contraire tout à redouter de Maximilien, qui ne voulait que déposséder les élec-

1 Voy. DROYSEN, 2b, 48, 456.

- Relation de Ouirini du 28 avril et du 15 juin 1507, publiée par Erdmanns- DÖRFFEK, dans les Berichten über die Verhandl. 'der hönigl. sächsischen Gesellschaft der Witsentchafien zu Leipsig, t. IX, p. 61, 68.

3 Voy. sur les négociations de la diète de Constance les pièces manuscrites

de la l'runkfurls Jleichscorrcspondenz, t. II, p. 702-741

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