‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 263 sur 630 · GUERRES D'ITALIE · texte numérisé non relu

GUERRES D'ITALIE

En février 1508, l'Empereur, avec le peu de troupes dont il pou vait disposer, se mit en marche pour l'Italie, et ayant obtenu l'assentiment du légat, prit à Trieste, au milieu de cérémonies solennelles, le titre d' « Empereur romain élu ». Il n'entendait par là porter aucune atteinte au droit exclusif que le Souverain Pontife avait de le sacrer; au contraire, il était résolu à continuer son voyage vers Home, et à s'y faire couronner par le Pape aussitôt qu'il aurait mis les Vénitiens à la raison.

Ceux-ci, encouragés et soutenus par les Français, occupaient les passages d'Italie, et Maximilien, malgré l'inégalité de ses forces, se décida à entreprendre la campagne, comptant fermement sur les secours promis par les États. « Les murailles qui s'opposent à nos desseins sont beaucoup plus dures que la tète du Roi », écrit l'un de ses conseillers 4; « cependant il se jette sur elles sans prendre môme de casque, croyant les renverser aussitôt. Mais il ne fait que s'y heurter, et les revers pleuvent alors sur nous, comme nous ne l'avons que trop vu dans la guerre vénitienne. » Maximilien, en effet, en son ardeur bouillante et chevaleresque, manquait souvent de ce sang-froid, de ce coup d'œil impartial qui sait établir de justes rapports entre le but à atteindre et les moyens d'y parvenir; ses partisans les plus enthousiastes s'accordent à lui reconnaître ce défaut.

1 Voy. le mémoire de Jean von Lünen du 23 mai 1507, dans la Francfurt» Reichscorrespondenz, t. II, p. 711, et les sources citées dans [a note. Louis XII cherchait « con la mano molto liberale a temperare la ferocit à dell' arma Tedesche con la potenlia dell' oro « . Gliccaudini, t. VIL p. 201.

* Voy. le mémoire adressé par Maximilien au duc Lrich de Brunswick, dans la Chronica der Kriegshändel Maximilians gegen Venediger und Franzosen de GÖULEK (Francfort, 1566), p. 12.

3 Dés le 18 août 1507, Maximilien jujje très-sévèrement les Suisses dans une lettre adressée à sa fille Marguerite: ■ Eu sumarum ils sount médians, villains, presi pour Iraire France ou Alinainjjnes. • Lr. Glay, Corresp. de Maximilien l" et de Marguerite d'Autriche, t. I, p. 7.

4 Lettre de Pierre von Aui^ess à Jean Cochlaus, 2i fév. 1519.

La campagne contre Venise échoua; les Vénitiens s'emparèrent des pays de Frioul et d'Istrie, et prirent Trieste, ainsi que plusieurs places maritimes. Le comté du Tyrol « fut sur le point de tomber au pouvoir de l'ennemi ». En même temps, la France excitait le duc Charles Eg mont de Gueldre à de nouvelles conquêtes, et menaçait en basse Bourgogne les États héréditaires de Maximilien. « Dans cette double angoisse », îofalement abandonné des États malgré ses demandes réitérées de secours, l'Empereur se vit forcé de réaliser la menace qu'il avait faite en 1496. Pour sauvegarder ses intérêts et ceux du Saint-Empire, il entra en accommodement avec le roi de France, et conclut avec lui, le pape .Iules II et le roi Ferdinand d'Aragon, la ligue de Cambrai, dirigée surtout contre Venise, la république avide de conquêtes, d'honneurs et d'influence. D'après les conventions des alliés, l'Empire et la maison d'Autriche s'unissaient pour recouvrer, en réunissant leurs efforts, toutes les possessions que les Vénitiens leur avaient enlevées.

La ligue de Cambrai eût ouvert d'heureuses perspectives à l'Empereur pour le recouvrement de ses provinces si les États eussent voulu consentir à agir contre Venise.

Mais à la diète de Worms, qui s'ouvrit au printemps de 1509, ils refusèrent nettement à Maximilien tout ce qu'il demandait. Les caisses étaient vides, les fortunes épuisées, disaient-ils; ils s'étaient si bien dépouillés de tout, qu'à l'heure actuelle, il ne leur était plus possible d'aider le Roi d'aucune manière '. Puis, à les entendre, ils n'étaient nullement obligés de fournir des subsides; le Roi avait signé des conventions et passé des traités sans leur assentiment; qui sait s'il ne se servirait point des sommes et des troupes qu'il réclamait pour conduire le Saint-Empire à l'abime, au lieu de l'aider à reconquérir son ancien prestige? Quoiqu'ils n'eussent tenu que la plus petite partie des promesses faites à Cologne et à Constance, ils eurent l'audace d'y foire allusion, ajoutant des reproches blessants à l'adresse de l'Empereur, reproches qui furent d'autant plus amers à celui-ci, qu'il venait d'essuyer une plus cruelle défaite. Ils ne voyaieutpas, dirent-ils, les avantages que cette guerre avait procurés à l'Empire; la nation n'en avait recueilli que désastres, dépenses et affronts.

Les villes suri oui ne voulurent fournir aucun secours.

Depuis l'avènement de l'aristocratie d'argent, depuis les progrès

1 Coccinius écrivait avec raison : ■ Paru m de publice- solliciti divitias nostras profundimus ad magnificos sumptus et ampla a'dificia; et ubi pro honore et imperio publico quid esset contribuendum, penuriain allegamus. » Fututn, !. Il, p. 564-

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