‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 265 sur 630 · GUERRE D'ITALIE. Ô · texte numérisé non relu

GUERRE D'ITALIE. Ô

Turcs, et si les ennemis du monde entier se fussent présentés en ce moment, il les eut taillés en pièces tort aisément. »

Ce pressentiment de victoire ne se réalisa malheureusement pas. Maximilien, avec une grande énergie, dirigeait lui-même le bombardement de Padoue; il affrontait à toute heure le feu ennemi, et pressait les travaux dans les tranchées, mais le succès ne répondit pas à ses efforts. En octobre, il se vit contraint de lever le siège et de licencier la plus grande partie de ses troupes. En décembre, il fut forcé de reprendre la route du Tyrol.

Malgré les pénibles et amères expériences du passé, il se résigna à se tourner encore une fois vers les États dans l'espoir d'en obtenir des secours pourla guerre vénitienne (diète d'Augsbourg, 1510). 11 retraça devant l'assemblée ses sacrifices personnels. Il dit comment, grâce au bon succès de ses armes, il avait heureusement conquis la Bourgogne et les Pays-Bas; comment il avait étendu, agrandi, rétabli ces contrées dans la paix et la sécurité; comment, d'autre part, pour repousser les infidèles, il avait, par ses succès militaires et en exposant sa vie et ses biens, obtenu des droits héréditaires sur le royaume de Hongrie, cette Hongrie pour laquelle son seigneur et père défunt, et tant d'autres souverains, avaient tant souffert. Et afin, ajouta-t-il, que les États ne s'imaginassent qu'il ne recommençait l'entreprise que dans des vues personnelles et intéressées, il déclarait être tout disposé à conférer avec eux et les princes, afin d'aviser, après mure délibération, aux meilleurs moyens d'utiliser les conquêtes pro,etées, les villes et territoires qu'il se proposait de conquérir, dans l'intérêt du Saint-Empire et de la maison d'Autriche. Tous ensemble, ils décideraient sur les mesures à prendre pour les conserver toujours à la nation, selon le droit et l'équité. Il s'entendrait aussi bénévolement et amiablcmenl avec eux sur les expéditions futures, afin qu'elles puissent tourner au profit, à la gloire, à l'utilité, au progrès, à la paix, à la sécurité de la chrétienté, du Saint-Empire et de la nation allemande. Il engageait les Etats à examiner avec attention l'étendue de leurs devoirs envers la chrétienté et le Saint-Empire, car la cause de l'Empereur et celle de l'Empire étaient celle des États, comme la cause des États était celle de l'Empire. « Tous, selon lui, ne devaient être qu'un seul corps et qu'un seul vouloir '. »

Cette fois les Élats promirent six mille hommes de pied et dixhuit cents cavaliers; mais le résultat de la campagne n'en fut pas meilleur; l'expédition de 1510 échoua misérablement par la faute

1 Francfurls Reichscorrespotidenz, t. II, p. 787-79 i.

des États. Ainsi que Maximilien s'en plaignait dans la circulaire du 20 mai 1511, il ne reçut que la plus pelite partie des secours promis à Augsbourg, et encore beaucoup trop tard. « 11 aurait bien sujet, disait-il, d'user enfin de rigueur; comme toujours, la bonté de son cœur l'eu empêchait; mais il avait perdu beaucoup de son prestige aux yeux de ses amis et de ses ennemis comme chef de l'Empire et de la nation allemande. Les Vénitiens avaient repris la plus grande partie de ce qui leur avait été enlevé, et le reste était fort difficile a conserver avec le seul secours de son trésor privé et de ses sujets autrichiens. Maximilien avouait avoir au fond de l'âme une anxiété douloureuse; il tremblait que la nation allemande n'abandonnât cette gloire, ce grand renom que par tant de sanglants combats et d'actions héroïques les ancêtres avaient acquis, méprisant ainsi le dévouement fidèle de l'Empereur, ses efforts, ses travaux, le sacrifice de sa vie et de ses biens. » « En Allemagne », ajouta l'Empereur, « les princes et les sujets n'ont pas la même manière de voir que dans les autres nations, ou l'on est persuadé que l'honneur et la gloire du souverain rejaillissent sur tous les citoyens, et accroissent leur propre gloire et leur propre bonheur1. »

Malgré ses efforts et ses reproches, Maximilien fut abandonné par les États ; il le fut aussi de ses alliés. Au milieu de complications politiques inattendues, d'alliances changeantes, la guerre d'Italie continua pendant de longues années. En 1513, elle était devenue si générale, que le Pape, l'Empereur, l'Espagne, l'Angleterre et la Suisse d'un côté, la France, Venise et l'Ecosse de l'autre, étaient aux prises. « Pendant huit ans », écrivait vers la fin de 1515 le cardinal de Sion à Wolsey, « Maximilien a seul persévéré dans cette guerre; il y a perdu près de trois cent mille ducats, tant contre les Français que contre les Vénitiens. Abandonné du Pape, de l'Empire, de l'Italie, il a mis en gage tout ce qu'il possédait, ses revenus, ses châteaux, ses domaines, toutes ses propriétés. Son courage est au-dessus de tout éloge. Sa persévérance est invincible, sa loyauté inattaquable3. »

Le Milanais, que les Suisses avaient reconquis depuis peu, retourna aux Français par le fait de leur victoire à Marignan, et

1 Voy. Lu.NiG, Iteichsarchiv, t. XIII, p. 811-813. — Voy. Wiener Jahrbücher der Literatur, p. 99. — ânzeigebl., 13, 11° 32. — Frankfurts Heichscorrcspondenz, t. II, p. 837.

s Leiters and papert foreign and domestic of the rcign of Henry VIII, vol. Il, part. I, n"2661. — Voy. IIÖFLEU, Carl's V, Wahl zum römischen König., p. 2-3. Les éloges prodigués à la « persévérance et a la loyauté - de l'Mnpereur sont d'ailleurs très-exagérés. Abandonné par les États au moment du péril, irrité de la ruine de ses projets, Maximilien ne chercha que trop souvent pendant cette longue et désastreuse campagne a conjurer son mauvais sort en ayant recours aux « rusées pratiques des Welches », cependant si détestées de lui. Mais il fut joué par ses ennemis ou ses alliés, beaucoup plus versés dans cet art; lläberlin s'exprime à ce sujet en toute franchise (t. X, p. 159-161).

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