‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 266 sur 630 · DISCOURS DE MAXIMILIEN AUX LANSQUENETS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE MAXIMILIEN AUX LANSQUENETS

François Ier, vainqueur et dominateur des confédérés, se rendit bientôt maître de presque toute la Lombardie.

Maximilien, décidé à recouvrer les pays italiens perdus, fit un dernier appel aux ressources de l'Empire '. Mais la campagne de 1516 fut encore plus désastreuse que les précédentes. Les troupes suisses enrôlées trahirent l'Empereur, et les lansquenets allemands, mécontents de ne pas recevoir leur paye, se débandèrent. « Malgré de grandes dépenses, des frais considérables », dit Georges Kirch mair dans ses Mémoires, « Maximilien échoua dans son entreprise, et c'est à grand'peine qu'il regagna l'Allemagne. Comme tout le monde le sait, il fut contraint de passer par d'âpres défilés de montagnes au gros de l'hiver, par une neige abondante et profonde, torturé, malheureux jusqu'au fond de l'âme, et forcé de laisser derrière lui les restes de son armée. Si la grâce de Dieu ne l'eût visiblement soutenu, jamais Sa Majesté ne serait sortie d'un pareil péril. Avant de se séparer des Allemands qu'il laissait en Italie, il leur parla comme il suit, et j'ai vu moi-même les preuves authentiques de ce discours : — Allemands courageux, dignes de louanges, forts et pleins d'énergie, comment pourrais-je attirer votre attention? comment trouverais-je le chemin de votre cœur? Si je m'adresse à vous en ma qualité de légitime souverain, peut-être mon discours sera-t-il mal accueilli; et pourtant, si maintenant encore je suis votre maître, mon autorité est-elle la mienne? >ï'est-elle pas celle de Dieu? Si vous êtes impitoyables pour moi, pensez du moins à l'honneur de la nation, car vous êtes des lansquenets, non des Suisses! Donc, craignez Dieu, craignez la réprobation du monde entier! Avez-vous déjà oublié ce que je vous ai tant répété? M'en voulez-vous si fort parce que, pendant un petit espace de temps, je n'ai pu m'acquitter envers vous? Dieu lésait, je n'en suis pas responsable! C'est la faute d'autres personnes que je ne veux pas nommer ici, et vous en savez la raison. Puis-je être partout à la fois? Vous voyez les dépenses que j'ai faites pour soutenir l'honneur de l'Allemagne. Certes, je n'ai pas épargné ma propre vie, je l'ai exposée sans cesse. Vous savez aussi que j'ai été indignement trahi par les Suisses, et, quant au secours que vous m'avez apporté, vous êtes témoins qu'il n'a occasionné que d'énormes dépenses. 0 chers Allemands, loyaux lansquenets, souvenez-vous de votre vaillance! Vous n'êtes pas de ceux qui ne combattent que par intérêt; vous avez souci de l'honneur! Rendez-moi justice, souvenez-vous que je suis toujours votre

1 François Ier avait conquis le Milanais a l'aide de cavaliers et de lansquenets allemands, et continua avec eux sa guerre contre l'Empire. — Voy. le mandat de Maximilien du 16 janvier 1516 dans la Frankfurts Iteichscorrespondenz, t. Il, p. 902, n° 1142.

fidèle guide et capitaine, et que j'aime votre honneur plus encore que le mien propre! Je vous en conjure, montrez-vous fermes, soyez hommes! Bien que je n'aie pas ici d'argent monnayé, je suis tout prêt, afin que vous ne doutiez pas de ma bonne volonté, à vous abandonner ma vaisselle d'argent, mes joyaux, mes meubles, et je vous prie de les accepter de bon cœur! — Sa Majesté, poursuit Kirchmair, a dit encore aux lansquenets beaucoup d'autres belles choses, et cependant ils ne se sont pas montrés plus accommodants. N'est-il pas lamentable de voir que les Allemands aient ainsi outrageusement traité leur maitre, chose inouïe jusque-là parmi

uous? »

L'Empereur, abandonné par ses sujets, ayant complètement épuisé les ressources d'hommes et d'argent de ses domaines retira cepen dant quelques faibles avantages des longues campagnes d'Italie, lîoveredo fut reprise, et quelques territoires du Frioul reconquis; de plus, il toucha 400,000 ducats d'indemnités de guerre. Mais Brescia et Véroue, ces portes de l'Italie, tombèrent au pouvoir des Vénitiens. « Cette guerre », dit Kirchmair en terminant, « a si mal (ourné et s'est achevée avec si peu de profit pour Sa Majesté Impériale, que l'expédition de Borne et le couronnement sont maintenant devenus impossibles. Aussi depuis ce temps l'Empereur est-il de plus en plus découragé '. »

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