‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 277 sur 630 · INTRIGUES ANTIPATRIOTIOUES DES PRINCES · texte numérisé non relu

INTRIGUES ANTIPATRIOTIOUES DES PRINCES

debourg, avec un douaire de 150,000 fhalers et un revenu annuel de 4,000 livres. Pour une annuité de 8,000 livres, l'électeur s'engage, en cas de guerre, à fournir au roi de France des cavaliers et des hommes d'armes. Dans un nouvel acte, confirmant le premier (17 août), Joachim promet à François 1er, « dont la gloire et l'humanité sont célèbres en tout l'Empire », de l'aider de tout son pouvoir dans l'élection impériale qui doit suivre la mort de Maximilien. « Pour la gloire de Dieu et le bien de l'Empire », il s'engage à lui donner son suffrage1. Peu de semaines après, le frère de Joachim, Albert, envoie un agent secret à la cour de France, lui donne plein pouvoir de conclure une alliance solide avec François l6r, « et de terminer avec lui certaines autres affaires2 ». Cet agent n'était autre qu'Ulrich de Hütten, que ses contemporains ont cependant appelé le « véritable chevalier allemand ». Muni des instructions d'Albert, Hütten ourdit en secret une trame perfide contre l'Allemagne ; mais en public, il a l'hypocrisie de s'indigner à l'idée seule d'une alliance avec la France, et fait parade de son attachement pour l'Empereur. « Depuis plus de trente ans », dit-il dans la lettre circulaire sur Maximilieu qu'il adresse aux princes allemands (1518), « l'Empereur supporte les charges du royaume avec les seuls revenus de ses possessions héréditaires; il n'a de repos ni jour ni nuit; et lorsque, comme cela est de son devoir, il châtie quelque coupable, nous crions à l'oppression, et nous nous plaignons de notre servitude! Avouons-le, ce que nous appelons liberté n'est que le droit de rester totalement indifférents aux intérêts de 1* Empire, de ne fournir à l'Empereur aucune assistance et de commettre impunément les actes les plus répréhensibles! Plusieurs, non les princes, il est vrai, mais seulement leurs conseillers, caressent le projet, au cas où Maximilien viendrait à mourir, de faire passer la couronne à un étranger. C'est un dessein honteux, antipatriotique, un acte de haute trahison! Comme si le sang princier était épuisé en Allemagne3! » Celui qui parlait ainsi venait de faire remettre au roi de France une promesse écrite, par laquelle il s'engageait à voter pour lui. Au même moment, il était récompensé par un présent » des belles paroles qu'il avait prononcées sur le peuple allemand et la patrie ».

1 MiGNET, p. 215-2JG. — RÖSC.BH, p. 27. — IIÖFLEn, Caris V Wahl, p. 83-84.

- Le 20 septembre 1517, Albert donne ses pleins pouvoirs à Ilutten auprès de François !•• : • Nostro nomine pan;;e»di foederis causa, et quorumdam aliorum negotiorum, que illi preterea ibidem peragenda, finienda, concludenda, ac in conventionein et concordiam perducenda commisimus. . Tiré des archives de Paris, BatCKiNO, Ulr. Huticni Opp. v, p. 507-508. — Mignet, p. 216. Il est à remarquer que le biographe et panégyriste de Uutten, David Strauss, parle du voyage de son héros à Paris, sans en dire les motifs.

* Srauss, t. I, p. 300-301.

Mais les Hohenzollern n'étaient pas les seuls alliés secrets de la France. François Ier négociait en secret avec l'électeur Richard de Trêves. L'électeur palatin, Louis, lui avait aussi promis de travailler activement pour ses intérêts, et en échange de cette promesse, avait reçu une pension de 1,200 livres, avec l'assurance de rentrer en possession de certains domaines que la guerre de succession bavaroise avait fait perdre au Palatinat1.

En dehors des princes que nous venons de nommer, François I", dès le printemps de 1518, avait su attirer à son parti les ducs de Lorraine, de Julich-Clèves-Berg, de Holstein et de Brunswick. Beaucoup de comtes et de seigneurs étaient secrètement entrés dans ses vues en échange de pensions annuelles*. Plein d'une joyeuse espérance, il envoya son ambassadeur à la diète d'Augsbourg; mais là, il dut probablement se souvenir de l'avertissement autrefois donné par Sickingen, et put se convaincre par lui-même qu'attendre des princes quelque loyauté, c'était chimère. En juillet 1518, Joachim de Brandebourg lui avait cependant renouvelé ses protestations de dévouement; mais à Augsbourg, les choses changèrent de face3.

Depuis longtemps attentif aux menées secrètes des Français en Allemagne, Maximilien, ayant renoncé à abdiquer en faveur de Henri VIII, ne songeait plus qu'à assurer la couronne impériale à son petit-fils Charles 4. Celui-ci, qui n'avait que six ans à la mort de son père, Philippe, fils unique de Maximilien (1506), avait hérité des Pays-Bas en 1414, et en avait dès lors pris le gouvernement. Deux ans après, la mort de son grand-père maternel, Ferdinand, l'avait mis en possession de la couronne d'Espagne, et des pays italiens qui en dépendaient alors. Les domaines héréditaires autrichiens devaient lui revenir après la mort de Maximilien. La couronne impériale, s'il réussissait à l'obtenir, devait donc mettre le comble à la fortune de la maison de Habsbourg, et détruire la prépondérance de la France en Europe.

Les choses, par rapport à ce grand projet, semblaient prendre un heureux aspect. « L'argent, l'argent en proportion toujours plus grande envoyé par Charles, faisait le mieux du monde l'affaire de l'élection5. » Le 16 aoOt 1518, Joachim de Brandebourg explique

1 MlGNET, p. 216.

* Mignet en donne la liste, p. 217.

1 Droysen, 2b, 71.

* Hêitiration des grandes pratiques de France pour l'Empire. Voy. la lettre de Maximilien à Charles datée du 24 mai 1518, dans Mone, Anzeiger für Kunde der deutsehen Voneit, p. 14 f 1836,).

* Le 24 mai 1518, Maximilien recommande à son petit-fils, au sujet de l'élection, la tactique qui lui avait autrefois été utile à lui-même : « Pour gaigner les gens il fault mettre beaucoup en avanture et débourser argent avant le cop. • Anzeiger für Kunde der deutschen Vorzeit, p. 14, 5« année (1830).

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