MANOEUVRES ELECTORALES A AUGSBOURG
à l'ambassadeur français que la cause de son maître est sans espoir, « Charles ayant déjà cinq voix (parmi lesquelles était la sienne propre!) contre deux ». « Cependant », ajoute-t-il, « avec de l'argent on pourrait peut-être encore regagner l'archevêque de Mayence et les autres princes électeurs'. » Mais l'argent n'arriva pas à temps, et Maximilien acheva de traiter avec Joachim. L'Empereur offrait en mariage à l'électeur de Brandebourg sa petite-fille Catherine, avec un apport de 500,000 florins « en douaire et joyaux ». Joachim en reçut la quatrième partie en argent comptant; de plus, pour les frais de son séjour à la diète, il toucha 6,700 florins. « Le margrave Joachim », écrit Maximilien dans une dépêche adressée le 27 octobre en Espagne, « couste beaucoup à gagner; toutefois son avarice est avantageuse au seigneur roi (Charles), car par elle il parvient à son désir*. »
Maximilien offrit ensuiteà l'électeur Albert de Mayence comme riche « pot-de-vin » une somme de 52,000 florins et, de plus, la promesse d'une pension de 8,000 florins d'or. On promettait de plus à Albert un bon évêché en Castille. Le prince électeur de Cologne, Hermann de Wied, vendit sa voix à meilleur marché : 20,000 florins et une pension de 6,000 florins suffirent à le contenter; seulement, il réclama des présents et des pensions pour ses chanceliers et conseillers. On s'assura la voix du comte palatin, Louis, par des moyens semblables. Quant à la Bohême, le roi de Pologne, Sigismond, en sa qualité de cotuteur du roi mineur Louis de Bohême, fit dire à l'Empereur par ses délégués que son choix se porterait sur Charles3.
Seuls, les princes électeurs Richard de Trêves et Frédéric de Saxe ne voulurent entrer dans aucune négociation et ne se laissèrent tenter par aucune promesse *. Le premier était secrètement engagé envers la France; le second, fidèle à la prescription de la Bulle d'or, entendait réserver la liberté de son choix jusqu'au jour de l'élection. L'Empereur ressentit douloureusement la réserve de Frédéric; mais, en même temps, il sut en honorer les motifs, et l'en fit complimenter et féliciter. « Car», disait-il, « c'était là se conduire en loyal électeur6! » 11 se flattait néanmoins qu'au moment de l'élection, Frédéric donnerait des preuves dé son ancien attachement pour la maison de Habsbourg. Le 27 aoiH, les électeurs de Mayence, de Cologne, du Palatinat et du Brandebourg, ainsi que les ambassadeurs de Bohême, signèrent
1 Voy. Mig.net, p. 228. • On pourrait regagner l'archevêque de Mayence et les autres électeurs à force d'argent. »
8 Le Glay, Négociât, ons, t. II, p. 172. a Hofler, p. 26-42. — RCESLER, p. 43-46.
4 La Saxe devait recevoir seize mille florins d'or, Trêves vingt mille. LeGlay, t. II, p. 173.
5 Spalatin, Xachlast von Xeudecker und Preller, p. 50-51.
leurs engagements; Maximilien de son côté, au nom de son petit-fils, confirma toutes leurs libertés et privilèges, et leur prodigua ses promesses et ses offres de service1, s'engageant à les prendre sous sa protection dans le cas où ils seraient inquiétés à cause de leur détermination soit par le Pape, soit par la France. On crut tout terminé à la satisfaction générale. En janvier 1519, à la diète de Francfort, l'affaire de l'élection semblait devoir être entièrement assurée.
Mais François Ier, renseigné par le Brandebourg et Trêves sur les agissements d'Augsbourg, n'était nullement d'humeur à renoncer à ses prétentions. Il était bien résolu, comme il l'écrivait au nonce du Pape le 20 octobre 1518, à mettre tout en œuvre pour entraver l'élection de Charles; « il corromprait les électeurs, et viendrait à bout, à force d'argent et de promesses, de les rendre infidèles aux engameuts d'Augsbourg ». La mère du Roi se plaignait amèrement du peu de loyauté des princes allemands 2.
Comme le royaume de Naples appartenait à la couronne d'Espagne, et, selon l'ancien droit, étant fief papal, ne pouvait être réuni à l'Empire, Léon X n'était pas favorable à l'élection de Charles, et en novembre 1518, il proposa au roi de France d'agir de concert avec lui pour l'élection du prince Frédéric de Saxe. François fit semblant d'entrer dans ce projet; il assura au Pape que, de son côté, il avait renoncé à la couronne impériale; mais en même temps il appelait en secret les Vénitiens à un armement général, dans le cas où, pour soutenir son élection, il serait nécessaire d'avoir recours aux armes3. En décembre, Albert de Mayence se vendit de nouveau à la France. Il se recommandait pour l'avenir, lui et son frère Joachim, à la protection et faveur du roi François, « auquel tous deux étaient dévoués cordialement ». A un ambassadeur français qui lui apportait à Noël de magnifiques présents d'or et d'argent ciselés, le sachant, disait-il, grand amateur des arts, il protesta qu'il espérait bien voir les choses s'arranger si heureusement qu'il pourrait un jour saluer du titre d'empereur le généreux roi François 1er4.
La mort prompte et imprévue de Maximilien (12 janvier 1519) sembla tout à coup servir les vœux de la France. « Le vuilà donc mort >,
1 Voy. les lettres de faveur de Maximilien dans Buchholtz, t. III, p. 665-
'Le nonce français rapporte comme il suit (30 octobre 1518) son entrevue avec la Heine mère : • Dolendosi fin al cielo d'alcuni principi d'AIemagna, quali in questo modo ed in molti altri casi hanno offerto e promesso al rè ed a lei che poi non hanno osservato. Estremamente si dolse del marchese di Brandenburgo, che fuor d'ogni sua promessa e gioa mandata qua havesse lasciata Madame Renea e prese la sorella del Catolico per suo figlio, chiamandolo mancatore (se. di fede). » Voy. Möflkk, p. 82.
* Voy. P.cesler, p. 48-49.
* D'après une annotation de Senckenberg, Acta et Pacta, p. 504.