‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 279 sur 630 · MANOEUVRES ELECTORALES · texte numérisé non relu

MANOEUVRES ELECTORALES

écrivait un fidèle ami de la maison de Habsbourg, « le voilà donc disparu, celui qui pouvait seul amener le grand projet à bonne fin, celui que tous aimaient et redoutaient! Les choses vont maintenant prendre un autre cours '! »

Deux jours après la mort de l'Empereur, le comte palatin se tourna de nouveau vers le roi de France, lui offrant son suffrage pour la somme autrefois promise, à la condition que leur accord demeurerait secret4. François envoya aussitôt une nouvelle et brillante ambassade en Allemagne, avec l'ordre d'accorder aux électeurs « tout ce qu'ils demanderaient ». Comme l'un des confidents du Roi, le président Guillard, lui représentait qu'il serait plus digne de lui de ne faire valoir ses droits à la couronne, ni en répandant l'argent, ni en employant la violence, mais en se servant de moyens honorables, et par la seule influence de son mérite personnel, François lui répondit (7 lévrier) : « Vos paroles seraient fort sages si nous avions affaire à des gens d'honneur, ou possédant du moins une ombre d'honneur 3! »

Les plus empressés à accepter ses offres, les plus cupides d'entre tous les princes, ce furent les frères de Hohenzollern4.

.Joachim avait pris l'argent de Charles à Augsbourg, et s'en était fait donner plus que pendant tout son gouvernement il n'en dépensa jamais pour le bien de l'Empire 5; maintenant, il se montrait de nouveau alléché par l'or français, et en réclamait dans une telle proportion que les délégués de François se plaignirent « qu'il leur en extorquait comme s'ils eussent été des barbares » ! A cela le roi de France leur répondit avec décision : « Je veux que l'on consente à tout ce qu'il demande; il faut à tout prix le rassassier6! » Aussi, dès le 9 mars, Joachim écrivait à son parent le grand maître Albert, « qu'il était en meilleure intelligence que jamais avec les lys, et faisait des vœux pour la réussite des projets de la France ». Voici à quelles conditions il avait promis son suffrage : pendant toute sa vie, on devait lui servir une pension de 4,000 thalers; son fils devait en toucher une autre de 2,000 thalers. De plus, on promettait en mariage au

1 Voy. DnoYSEN, p. 2b, 77.

3 Mignet, p. 232.

1 Mignet, p. 232.

4 L'agent français, Joachim von Maltzan, gentilhomme mecklembourgeois, écrivait à François Ier le 28 février 1519 : « Tout ira bien si nous pouvons rassasier le margrave. Lui et son frère l'électeur de Mayence tombent chaque jour dans de plus grandes avarices. ■ Mignet, p. 251. — Zevenberghen appelle Joachim le père de la cupidité et « ung homme diabolique pour besogner avec lui en matière d'argent ». Le Glav, t. II, p. 239.

s Sur les opinions et l'attitude de Joachim par rapport à l'Empire, voy. Droysen, p. 2\ 48 f.

6 Voy. les passages cités dans Iîoesler, p. 71, note 3.

jeune prince héritier Renée, fille du roi Louis XII, avec un douaire de 200,000 thalers d'or. Si François était élu, Joachim devait être nommé son lieutenant général en Allemagne. S'il échouait, François promettait de s'employer avec zèle pour l'élection du prince de Brandebourg '. Lorsque Maximilien vivait encore, Joachim avait été assez bas pour se faire recruteur de suffrages et agent français; maintenant, devenu plus exigeant, il faisait promettre à François de lever une puissante armée dans le cas où il serait nécessaire de soutenir sa propre élection par les armes s.

Tandis que Joachim poursuivait ainsi ses intrigues secrètes, le délégué de Charles, Paul Armerstorff, travaillait activement pour les intérêts de son maître auprès d'Albert de Mayence. Outre ce qui lui avait été promis à Augsbourg, l'électeur réclama 100,000 florins d'or avant de promettre sa voix. Après un long marchandage, il réduisit ses prétentions, d'abord à 60, ensuite à 50, enfin à 20,000 florins d'or. « J'ai honte de sa honte! » écrivait Armerstorff au roi Charles à propos d'Albert, qui, tandis que se concluait ce honteux marché, lui révélait toutes les démarches du roi de France3. « Les 20,000 florins ont opéré des merveilles », écrit Armerstorff à Marguerite, tante de Charles, « comme vous le verrez par la copie de la lettre que l'archevêque de Mayence écrit à son frère, et que je vous envoie 4. » Grâce à l'argent promis, Albert s'y montre en effet l'ennemi déclaré de la France, et cherche à attirer Joachim au parti de Charles. « Je vous prie », lui dit-il, « de songer à l'honneur et â l'avantage de l'Empire, à votre gloire, à celle de toute la nation allemande! Si la couronne impériale est donnée aux Français, qui, séparés depuis longtemps de la race germanique, n'ont ni fidélité ni conscience et n'ont jamais voulu de bien à notre pays, l'Empire est perdu! Ils le fouleront aux pieds, et chercheront à s'en rendre les maîtres héréditaires5. »

Mais Joachim savait depuis longtemps la valeur qu'il fallait attacher aux paroles de son frère. « Il avait », iui répondit-il. « en son nom et au sien, et dans leurs communs intérêts, conclu un traité avec François Ier. Le devoir voulait que la parole donnée fût exactement tenue envers un souverain qui avait été si libéral à leur égard8. Tous deux étaient, de plus, obligés en conscience de soutenir les intérêts

1 Le Glay, t. II, p. 387, 390. — Mignet, p. 236.

* « Sibi Brandenuurgensi, etiam mihi » , écrivait l'agent français Joachim von Maltzan au roi François, le 12 mars, • optimum videtur M. V. in principio junii habeat validissimum exercitum paratum. • Le Glay, t. II, p. 332.

3 Mig.net, p. 24 i.

* Le Glay, t. I, cxlim.

5 Mig.net, p. 243.

'■ Avant les engagements pris à Augsbourg.

Page 1