‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 280 sur 630 · FRANÇOIS I" S'EFFORCE DE PARVENIR A L'EMPIRE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS I" S'EFFORCE DE PARVENIR A L'EMPIRE

de la France auprès des autres princes électeurs '. » C'est en effet ce que firent les deux frères. Albert, qui accusait les Français de manquer de loyauté et de conscience, protestant à Armerstorff qu'il était « trop honnête homme pour qu'on pût espérer le gagner par des présents », se donna de nouveau à la France aussitôt le départ du délégué de Charles, et dès que les acheteurs de voix envoyés par François lui eurent fait des offres plus avantageuses encore. Alors, « pour la louange de Dieu, pour la gloire et la restauration de l'Empire romain », cet honnête homme promit sa voix pour une annuité de 10,000 florins, plus le don de 120,000 florins, destinés à la construction d'une église à Hall. En outre, il sollicitait la dignité de légat perpétuel du Pape en Allemagne. A ces conditions, il donnait sa parole de prince de tenir loyalement sa promesse envers la France, et, de son côté, François s'engageait à oublier tout ce qui s'était passé à Augsbourg*.

Louis, électeur du Palatinat, montra la même rapacité. Il avait, dès le début, promis sa voix au roi de France, puis était retourné à Maximilien. Il avait ensuite offert de nouveau ses services à Frauçois; et maintenant (mars 1519), il faisait remarquer à ses collègues les électeurs « que si la France l'emportait, il était à craindre qu'elle n'exploita! l'Empire à son profit; que François n'avait d'autre but que l'accroissement de son pouvoir; qu'il serait ignominieux de donner la couronne à un étranger, et que ce cas échéant, il se pourrait faire que les populations tinssent de fâcheux discours sur leurs princes, et peut-être même ne se soulevassent ouvertement contre eux 3, car le roi de France avait un grand nombre d'opposants eu Allemagne ». Aussi, en avril, Louis, ayant obtenu des agents de Charles des sommes plus considérables que celles qui lui avaient été promises à Augsbourg*, signa, par leur intermédiaire, sa promesse de vote. Mais, dès le mois de mai, à la suite d'offres plus magnifiques encore, de promesses encore plus séduisantes, il se vendit de nouveau à la France. « Afin que nos pieux desseins puissent se réaliser », dit-il dans la convention qui le lie envers François (28 mai), « nous supplions le Roi Très-Chrétien, en considération des nombreux avantages que doit retirer la chrétienté de son élévation, de ne pas renoncer à ses prétentions à l'Empire; nous nous engageons, sur notre parole et notre honneur de prince, à lui

1 Mignet, p. 243. • Fara quel vorra suo fratello marehese », écrivait un Vénitien a propos d'Albert, le 12 avril 1519. « Il dit oui à tout ce qu'où lui propose » . disait Joachim de son frère. Voy. Droysen, 2b, p. 81 et la note correspondante, p. 450.

* Le Glay, Négociation*, t. II, p. 379-387.

1 Voy. Fink, Geöffnete Archive, H, p. 199-202. — Rcesler, p. 98.

*Le Glay, t. IL p. 410.

donner notre suffrage, et à le servir de toutes nos forces auprès des autres électeurs. Nous sommes convaincus que nous ne saurions rien faire de meilleur, de plus digne, de plus agréable à Dieu, de plus favorable à l'intérêt de tous les chrétiens1. » En récompense de cette œuvre pie, François s'engageait à donner au prince électeur 100,000 florins, et une annuité de 5,000 couronnes. Le souverain français promettait en outre de traiter Louis, non comme un simple pensionné, mais comme l'un des princes les plus considérables de l'Allemagne et les plus amis de la France. On assurait à son frère, le comte palatin Frédéric, une somme annuelle de 6,000 florins, s'il voulait embrasser la cause française. Deux autres de ses frères devaient être promus à divers évêchés de France et d'Allemagne. Leurs conseillers et serviteurs devaient toucher annuellement 2,000 florins. François s'engageait aussi à aider le comte palatin à rentrer en possession des villes et châteaux retournés à la Hesse et à Nuremberg à la suite delà guerre de succession bavaroise, ce qui revenait naturellement à dire que son intention était de rallumer la guerre en Allemagne8. Tel fut le noble marché conclu par le « Pilate palatin s comme Armerstorff appelait Louis.

:< La prodigalité des Français est vraiment merveilleuse », écrivait à la tante du jeune Charles Maximilien Zevenberghen, diplomate habsbourgeois. « Ils multiplient les promesses, les présents, l'argent comptant, les pensions. Ils donnent carte blanche aux électeurs, et ceux-ci obtiennent tout ce qu'ils veulent. C'est là un effroyable danger pour notre Allemagne. Je n'ai jamais vu de gens plus cupides que nos princes! Je veux espérer que, vendant leur honneur pour de l'argent, ils n'achètent pas en même temps la verge avec laquelle eux et leurs biens seront un jour flagellés3! »

Bien avant la conclusion du contrat avec le prince palatin, l'électeur de Trêves, en échange de promesses magnifiques, avait aussi promis son suffrage à la France. Au dire des agents français, le traité ne pouvait être meilleur *. Quant à la Saxe et à Cologne, on espérait que les électeurs de Brandebourg et de Mayence réussiraient

1 MlGNET, p. 254.

'Stumpf, Baierns politische Geschichte, p. 24-25. — Buchholtz, t. I, p. 34-95.

8 Voy. HöFLEn, p. 65-66. « II y a quelque chose de profondément humiliant • , dit llmann (p. 134), • à constater la réprobaiion générale qui entoure en France la trahison d'un Charles de Bourbon, tandis que chez nous on se contente de hausser les épaules et l'on regarde comme une chose après tout excusable la conduite des descendants des plus illustres familles allemandes, et la vénalité des princes électeurs au moment de l'élection de Charles-Quint. »

* Roesler, p. 147-148. Bien que le prince électeur Richard Greiffenklau passât pour absolument dévoué à la France, il fit cependant à l'ambassadeur anglais Pace l'effet d'un seigneur noble et sage, ayant à cœur de contribuer de tout son oouvoir à la gloire de sa nation. Voy. Höfler, p. 50. — Armerstorff

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à les gagner. Mais l'archevêque de Cologne, Hermann, se refusa à donner aucune assurance positive; Frédéric de Saxe agit de même, et, pour les gagner, tous les efforts des frères de Hohenzollern restèrent inutiles. Frédéric rejeta avec la même fermeté les offres du duc Henri de Lunebourg, qui, lui-même à la solde de la France, obéissait à François Ier, qui lui avait enjoint d'agir de telle sorte sur l'esprit de Frédéric qu'un prince de la maison de Habsbourg ne pût être élu. « La maison d'Autriche », disait ce prince vénal, « a exercé sous Maximilien un pouvoir excessif. Elle a étouffé le développement légitime des Étals allemands1. » La longue expérience de Frédéric lui démontra sans doute aisément la fausseté de cette assertion. De plus, le parti de Habsbourg espérait, non sans raison, qu'il lui suffirait pour repousser les offres françaises, d'apprendre que François 1er avait promis de faire de l'électeur de Brandebourg son lieutenant général en Allemagne2 au cas où il serait élu. Frédéric, parlant du honteux marché de suffrages qui se pratiquait dans l'Empire, dit un jour avec irritation : « Plût à Dieu qu'une corne poussât sur le front des princes qui se livrent à un pareil trafic! On pourrait alors les reconnaître! La rumeur publique assure que l'élection du Roi des romains se trame à prix d'argent. Si cela était, j'en aurais, Dieu le sait, une peine extrême3! >•

Bien qu'il ne lui eut pas été possible de gagner tous les électeurs, François croyait du moins pouvoir compter sur une majorité certaine. Cependant, au cas où les suffrages se partageraient, son plan était fait d'avance. Par la force des armes, il contraindrait ses adversaires à le reconnaître pour empereur. « Je serais heureux », écrivait-il à l'un de ses agents, « que l'entreprise put être menée à bonne fin sans effusion de sang, et sans qu'une guerre devienne nécessaire. Mais l'affaire ayant été si loin, me retirer serait contraire a l'honneur. » Parmi les princes et seigneurs séduits par ses riches promesses, les ducs Henri et Albert de Mecklembourg lui avaient promis leur appui en échange d'une pension de 3,000 thalers d'or; Joachim de Brandebourg lui offrait 15,000 hommes de pied e( -1,000 cavaliers, si la lutte à main armée devenait nécessaire pour soutenir ses prétentions. « Le roi de France », écrivait-il plein de

s'exprime aussi très-favorablement sur son compte dans une lettre adressée à Charles le 20 mars 1519 : « Nous l'avons trouvé en plusieurs devises qu'avons eues avec luy, si très saige, et devisant de cest affaire si très-vertueusement, que espérons que la raison le conduira aussy prez de votre désir. » Le Glay, t. II, p. 356.

1 Voy. la lettre de Henri, 23 février 1519, dans Havemann, Gesch. der Lande Braunschtceig und Lüneburg, t. II, p. 18. — RoeSleu, p. 74.

»LE Glay, t. II, p. 235.

1 Dhoysen, p. 2b, 67. Voy. l'article de Droyseil dans les Berichten über die Verhandl. er hönigl. sacht, geullschaft der Wissenschaften, t. V, p. 161.

joie au landgrave Philippe de Hesse, « aurait sur le champ de bataille de Francfort, grâce aux princes allemands, 30,000 hommes de pied et 3,000 cuirassiers. » Cette armée, dans l'opinion du prince d'Empire, devait servir à assurer la liberté des électeurs1. Quant à Philippe de Hesse, malgré les bons conseils du duc de Saxe, Georges le Barbu, qui l'exhortait à ne pas se laisser entraîner par la France, à être et à demeurer bon Allemand, il armait eu secret pour François I"a.

Ce dernier ne doutait plus de l'heureux succès de sa grande entreprise; déjà l'on parlait à Paris de la parure que la Reine mère avait commandée pour le jour du couronnement. Louise de Savoie menaçait les princes allemands de faire à Charles « plusieurs révélations désagréables 3 s'ils se montraient infidèles à leurs engage ments. »

« O princes électeurs •, dit Sébastien Brant dans l'une de ses épigrammes, « ne voulez-vous donc pas vous tourner du côté du droit? Vous êtes d'accord avec les Français? En vérité, je vous le dis, vous vous en repentirez un jour! Et toi, pauvre Allemagne, ta ruine se prépare! »

Et à un autre endroit :

c Sois sur tes gardes, ô Saint-Empire ! Ne laisse pas l'aigle t'échapper! Ne souffre pas que le sceptre et la couronne te soient ravis et passent à une nation étrangère! Il nous arriverait alors malheur à tous, et l'Allemagne sombrerait *! •

Aussitôt après la mort de Maximilien, Charles avait mis tout en usage pour déjouer les intrigues françaises et parvenir à l'Empire.

« Nous ne savons personne », écrivait-il le 6 lévrier 1519 à Frédéric de Saxe, « qui ait plus que nous des titres légitimes à la couronne impériale. Non-seulement nous sommes Allemand, de sang et de race, mais encore nos ancêtres, les empereurs romains, ont bien et heureusement gouverné le Saint-Empire. » Dans une lettre circulaire adressée aux électeurs, il fait officiellement valoir ses prétentions, et insiste particulièrement sur ses origines allemandes : « S'il n'eût été d'extraction germanique », assure-t-il, « s'il n'eût été le légitime souverain de plusieurs États allemands, jamais il n'aurait

1 Voy. I'.oesler, p. 104, 144-146. — Ulmann, p. 148. L'électeur de Trêves déconseillait au Roi « de lever des troupes, de peur qu'on ne l'accusât de vouloir se faire élire par force .. Mais François suivit, après de longues hésitations, le conseil de .Joachim de Brandebourg, « qui le pressait d'en mettre sur pied ■• — Mignf.t, p. 249-250. Dans les villes allemandes, on donna l'ordre de laisser pénétrer les troupes françaises. Voy. Roesler, p. 144, note 4.

* LJLMANN, p. 148, note 4.

1 Voy. Pauli, p 431.

4 Zarvcke, Xarrenschiff, ch. XXXVII.

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