LE ROI CHARLES FAIT VALOIR SES DROITS A L'EMPIRE
aspiré à l'Empire; mais étant l'héritier légitime de la maison d'Autriche, il se croyait obligé de faire valoir ses droits. Du reste, selon la constante politique de ses ancêtres, il chercherait à augmenter plutôt qu'à diminuer les libertés ecclésiastiques et temporelles, évitant tout ce qui'pourrait les compromettre1. » S'adressantaux Suisses, il leur rappelle aussi « qu'il est duc d'Autriche et de Brabant, pays allemands et fiefs impériaux; qu'il parle et écrit le flamand et le haut allemand, et s'est adressé dans cette langue aux électeurs â; qu'issu du plus noble sang germanique, il est né et a été élevé en Allemagne 3 » .
Après avoir parlé de ses origines, Charles insiste sur un autre point important : ses nombreux et vastes États réunis à l'Empire lui donneraient un pouvoir qui le mettrait à même, plus que tout autre prince de l'Europe, deporter aide et secours à la chrétienté, si gravement menacée par les Turcs. Son dessein très-arrêté était de rétablir la paix et la concorde entre les peuples chrétiens, et de mettre sa vaste puissance au service de la foi. « S'il tenait tant à obtenir la couronne romaine, ce n'était », comme il l'écrivait à sa tante Marguerite, « que dans l'espoir d'exalter la sainte foi et de ruiner les projets des infidèles*. » « Le jeune roi demande tous les jours à Dieu de mettre la concorde entre les peuples chrétiens; il le supplie de faire de lui son instrument pour l'anéantissement des Turcs », écrivait Paul Armerstorff à l'archevêque Albert de Mayence. « Bien qu'il n'ait que dixneuf ans, il est d'une persévérance extraordinaire dans ses résolutions, équitable et doux, vraiment digne de porter la suprême couronne et d'être le protecteur en titre de la chrétienté s. »
Dès le commencement de février, les agents électoraux de Charles redoublèrent leurs efforts auprès des électeurs. Les Suisses se décla-
1 Voy. la lettre à Frédéric de Saxe, dans les OEuvres posthumes de Spalatin, p.92- 94. Voy. la lettre aux princes électeurs dans Weiss, Papier* d'État de GrameUe, t. I, p. 111 (Paris, 1841).
' On possède diverses lettres autographes écrites en allemand par Charles aux électeurs du Palatinat et de la Saxe à l'époque 'de l'élection. Voy. Wai.tz Forschungen zur deutschen Geschichte, t. X, p. 216, note 4.
» Voy. Anshelm, t. V, p. 389.
♦Lettre du 5 mars 1519. — Mignet, p. 239. Marguerite lui avait proposé de présenter comme prétendant au trône d'Allemagne son jeune frère Ferdinand. Dans la lettre de Charles, comme le remarque judicieusement Rœsler, se montre déjà toute la maturité de jugement du grand empereur futur. Voy. aussi la lettre confidentielle de Charles à son beau-frère le roi Christian de Danemark (8 avril 1519), où se trouvent les paroles souvent citées sur la mise aux enchères de la couronne... « Electionem quodammodo in auctione ponunt. . Il ne cache pas que si son grand dessein réussissait, sa situation politique serait transformée : ■ Pro sfahilimento nostrarum rerum omnium huic electioni lotis viribus intendere. » Archiv, fur Staats und Kirchengetch. des Herzogthums Schleswig-Holstein und Lauenburg. t. V, p. 502.
' Se.nckenbf.rg, Acta et Pacta, p. 505. — Voy. ces passages dans les lettres de Pierre Martyr, Mignet, p. 210.
rèrent ouvertement pour lui, et les membres de la diète fédérale se montrèrent franchement opposés à la candidature de François Ier. Dans une lettre adressée aux électeurs, ils déclarent que « les confédérés voient avec grand déplaisir le roi de France travailler en sous-main les populations, et chercher à obtenir la plus haute dignité du monde chrétien, dans le dessein de mettre le Saint-Empire sous sa domination et puissance. Son élection ne pourrait attirer qu'humiliations, troubles, guerres et révoltes à l'Empire et à toute la chrétienté. » « Les Allemands », ajoutent-ils, « ont conquis la suprême couronne par leur valeur, au prix de sanglants combats. Ils ont mérité qu'elle soit conservée à leur nation, qui la possède depuis six cents ans. Bien que le roi de France proteste de ses bonnes intentions envers les divers peuples qui composent l'Empire, et particulièrement envers nous, disant que depuis longtemps les confédérés sont alliés de la France et en très-bonne intelligence avec elle, nous faisons savoir aux électeurs que nous n'avons jamais eu l'intention de nous séparer de nos deux chefs suprêmes : le Pape et l'Empereur; que nous portons l'aigle impériale dans nos armes, et nous considé7 rons comme faisant partie de l'Empire, faisant les vœux les plus sincères pour sa prospérité et sa gloire. Fils dévoués du Saint-Empire, il nous serait très-douloureux de voir, contrairement aux usages et libertés anciennes, la couronne impériale ravie à la noble nation allemande et transférée aux Français, qui parlent une langue étrangère, et depuis si longtemps convoitent l'Empire. Les princes doivent faire tous leurs efforts pour les empêcher de parvenir à leur but, et s'employer énergiquement à assurer l'élection d'un souverain de race germanique, afin qu'un prince welche ne soit pas mis à la tête de la chrétienté '. »
Les négociations des agents électoraux de Charles avec les électeurs furent d'abord peu satisfaisantes. Ils se plaignaient de manquer d'argent, tandis que les Français le répandaient à profusion. Les voix sur lesquelles ils avaient cru pouvoir compter, notamment celles de Mayence et du Palatinat, étaient de nouveau perdues, parce qu'ils n'avaient pas été en état d'offrir et de donuer avec autant de libéraliié que les Français. Les légats du Saint-Siège, alors en Allemagne, et contraires à l'élection de Charles, leur créaient de grands embarras \ Henri VIII intriguait de son côté; lui aussi prétendait au trône impérial et briguait les suffrages des électeurs. Le Pape
1 Zurich, 1519 (lundi après Laetare), 4 avril. — Buchholtz, t. I, p. 97-98. Les confédérés déclarent ouvertement à l'ambassadeur français Savonier que la couronne romaine appartient aux Allemands par droit et par héritage, et qu'ils n'épargneront ni leur sang ni leurs biens pour qu'elle leur soit conservée. Voy. RoESLEn, p. 117.
1 Voy. IIÖFLEK, p. 46, 92, 111.