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LE ROI CHARLES FAIT VALOIR SES DROITS A L'EMPIRE

favorisait ses prétentions, car on espérait que, s'il leur était fait droit, les maisons d'Habsbourg et de Valois seraient maintenues dans un équilibre durable, et que le Saint-Père, de concert avec Henri VIII, pourrait assurer la paix de l'Europe '. L'habile chargé d'affaires de Henri, Robert Pace, avait ordre de se comporter vis-à-vis des Français comme si le roi d'Angleterre eût encouragé l'élection du roi de France; de se conduire avec les partisans de la maison de Habsbourg comme s'il eût été tout dévoué à Charles, mais en réalité de ne travailler que pour Henri, prince d'origine allemande'. A tout événement, il lui était surtout recommandé de faire en sorte que la couronne impériale ne fût donnée qu'à un Allemand. L'amiral français Bonnivet, étant un jour caché à Mayence derrière une tapisserie, dans l'hôtellerie où logeait Joachim de Brandebourg, entendit Pace essayer de persuader à l'électeur de ne donner son suffrage qu'à un prince allemand3. Mais Joachim resta inébranlable. « Votre Majesté royale », écrivait-il à François I" (l*r juin 1519), « peut concevoir l'heureuse, certaine, indubitable espérance que les négociations entamées pour Elle auront un bon résultat. » « Il avait », assurait-il, « toute influence, tout pouvoir sur la Bohême et sur Cologne. » Quant à Mayence, il déploierait le zèle le plus actif. Au reste, il était résolu, dans l'avenir comme dans le passé, à prouver à François son fidèle dévouement. Il se recommandait au Roi « très-humblement, comme à son cher maitre et seigneur* ».

Cependant Albert de Mayence avait encore changé d'avis. Il disait maintenant avoir d'excellents motifs pour montrer un ardent patriotisme, et déclarait hautement que faire choix d'un étranger serait contraire au devoir. Parmi les princes allemands, il ne fallait songer qu'à celui qui avait dans les veines « le noble sang de la maison d'Autriche5 ».

La vérité, c'est que Charles avait fait offrir au prélat de Mayence plus que François ne voulait et ne pouvait accorder. Il lui avait promis de s'aider en tout de ses conseils dans la direction des affaires de l'Empire fi, lui cédant toute autorité sur la Chambre Impériale, avec le droit d'en nommer lui-même le vice-président. Dans ses démêlés avec la Saxe à propos d'Erfurt, avec la Hesse au sujet de nouvelles

1 Pour plus de détails, voy. Pauli, p. 421-436. — Hofler, p. 42-57. — Roeslbr, p. 176-182.

- ■ To elect tbe kynges hygnesse, which is of the german tongue. » Pauli, p. 430, note 5.

3 Pauli, p. 431, note 4.

* OEuvrcs posthumes de Sp.vlatin, p. 113. 5 Senckenberg, Acta et Pacta, p. 507.

* Voy. Hofler, p. 75-76. — Rcesler, p. 130. Le chargé d'affaires de Charles avoue que les engagements du Roi • ne sont de grant importance, car ils ne consistent fors en promesse de tenir la main es dis VU points à son désir ••

taxes de douanes, Charles lui garantissait son appui. Il confirmait en outre les promesses de présents et de pensions faites antérieurement par Maximilien à Augsbourg. Anvers et Malines devaient en payer le montant sur leurs revenus, et comme c'était surtout dans le domaine ecclésiastique qu'Albert se montrait avide, Charles lui promettait de solliciter pour lui auprès du Pape le quatrième évêchéque convoitait son insatiable ambition, bien qu'il fut déjà évêque d'Halberstadt, deMagdebourg et de Mayence. 11 devait aussi être promu à la dignité de légat inamovible d'Allemagne. L'Eglise d'Allemagne, à la veille d'une crise si grave et si décisive, allait donc se trouver dans la main d'un prélat dont la conduite n'était rien moins qu'apostolique, et qui ne pouvait avoir la plus légère prétention à la dignité de caractère.

Mais tous ces engagements n'empêchaient point Albert d'entretenir des négociations actives avec l'ambassadeur d'Angleterre. « 11 n'était pas impossible », assurait-il à Robert Pace quelques jours avant l'élection, « que les votes tournassent à l'avantage du roi Henri. Il fallait seulement que celui-ci eût à sa disposition l'équivalent des sommes offertes par Charles V, c'est-à-dire environ 42,000couronnes (kronenthalers). Pace entreprit dès lors de corrompre le collège électoral dans les proportions indiquées '. »

Mais au moment décisif, la voix de la nation fut plus forte que l'or, l'argent, les manœuvres secrètes et les intrigues des diplomates. On vit tout à coup s'affirmer l'universel et profond attachement du peuple pour la maison souveraine d'Habsbourg. Robert Pace put juger par lui-même de la force de cet attachement, à son arrivée dans la Franconie rhénane. A Cologne, il fut reçu avec de grands honneurs, car tout le monde supposait qu'il n'était venu que pour soutenir la cause de Charles. « Rourgeois et chevaliers », rapporte-t-il, « se rangent au parti du jeune souverain, et sont unanimes dans leurs vœux. Ils exposeraient leurs biens et leurs vies pour empêcher l'élection du roi de France. » Le légat du Pape, au dire de Pace, lui avait raconté à lui-même qu'il avait failli être violemment expulsé du pays à cause de ses préférences pour l'Angleterre. Le peuple se proposait de faire subir aux électeurs un châtiment sévère dans le cas où ils ne rempliraient pas les engagements pris autrefois envers Maximilien; et dès le mois de mars, les comtes et seigneurs rhénans déclaraient sans détour au collège électoral réuni à Wesel, qu'aidés de beaucoup de gentilshommes qui

1 Voy. Pauli, p. 429-430. — Hofler, p. 53. — Sur les immenses dépenses faites pour l'élection de Charles, voy. le travail de Greiff, dans la 34. Jahresbericht des historischen Vereins zu Augsburg, 1869. Le prince électeur Frédéric de Saxe ne demandait, il est vrai, pour lui-même • ni présents ni honneurs •, mais il ne dédaignait pas de laisser Charles payer la moitié de ses dettes, qui se montaient à 32,500 florins-

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