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L'ÉLECTION

répugnaient à devenir Français pour une question d'intérêt personnel, ils comptaient s'opposer de tout leur pouvoir à l'élévation de François Ier '.

Dans la haute Allemagne, le mouvement populaire en faveur de Charles s'accentuait tous les jours. Augsbourg, Ulm et Nuremberg défendaient à leurs marchands d'accepter les valeurs des banques françaises*. Les Fugger, malgré la perspective d'un gain considérable, refusaient de servir de banquiers à François Ier et ouvraient un large crédit aux agents électoraux de Charles. François avait profondément blessé les habitants de cette partie de l'Allemagne en prenant sous sa protection le tyrannique duc de Wurtemberg, Ulrich, dont il encourageait les hardis coups de main 3. Violant audacieusement la paix publique, Ulrich s'était emparé de la cité libre de Reutlingen, avait brisé ses écussons, et l'avait rabaissée au simple rang de ville du Wurtemberg. Grâce à l'or français, Ulrich rassemblait à ce moment même une puissante armée, avec laquelle il se proposait d'envahir le duché de Bavière, se réservant, disait-il, « de prononcer en temps opportun une parole décisive en faveur du roi de France* ». Mais ses bravades insolentes ne furent pas de longue durée. Une armée, levée par la ligue souabe et commandée par le duc Guillaume de Bavière, le contraignit bientôt à prendre la fuite, et se rendit en peu de semaines maîtresse de tout le pays.

Franz de Sickingen, à la tête d'environ sept cents cavaliers, avait pris part à la campagne contre Ulrich. Tous les efforts de François Ier pour attirer de nouveau à son parti le puissant « prince des chevaliers » et se servir de lui dans l'affaire de l'élection, étaient restés inutiles; Sickingen était depuis quelque temps « redevenu complètement Autrichien, et ne voulait entendre parler d'aucun autre prince que du très-illustre roi Charles ». Ce qui l'avait affermi dans cette manière de voir, ce n'était pas tant la forte pension qui lui avait été allouée 5, que l'espérance de pouvoir, avec l'aide du jeune roi qu'on croyait faible et inexpérimenté6, réaliser les plans ambitieux qu'il avait fondés sur le renversement de la constitution du royaume7. Il consentit de bon cœur, dès que la campagne du Wur-

1 Voy. Pauli, p. 428-430. — Ulmann, p. 154-156.

s Höfleiv, p. 64.

3 i'.cF.sLF.n, p. 110. — IIÖFLF.rv, p. 95.

* Sbnckbnbbbg, Acta et Pacta, p. 506. « le duc •, écrivait Max de Bergben

1(4 fév. 1519) , « a bien reçu 30,000 thalers de la France » . Le Guy, t. H, p. 219. 5 Voy. ces lettres dans Le Glay, t. II, p. 220, 294 «. La peste d'avarice •, écrivait Max de Beruhen, ■ est ossy bien en ce quartier que aux autres. • 8 L'opinion que Charles était un prince de peu de moyens, faible et incapable de se gouverner lui-même, était fort répandue. Voy. les passages cités par HflKSLER, p. 67.

tcmberg fut terminée, à se mettre, avec son ami Georges de Frundsberg, au service de la maison de Habsbourg, et promit 12,000 hommes de pied et 2,000 cavaliers. Cette armée était destinée à repousser François Ier, qui dirigeait vers les frontières allemandes des forces considérables, et ne faisait point mystère de l'intention où il était de s'emparer du trône par la violence, si les suffrages des électeurs ne lui étaient pas favorables.

Vers le milieu de juin, l'armée destinée à mettre la ville de l'élection à l'abri de tout coup de main se rapprocha de Francfort, et les princes électeurs, qui déjà s'y étaient réunis, commencèrent à éprouver de l'angoisse et de la crainte « L'armée prend une attitude menaçante », écrit Robert Pace, le 24 juin. « Elle n'est plus qu'à un mille de Francfort. Les comtes et seigneurs déclarent hautement qu'ils ne veulent d'autre empereur que Charles. Tout le peuple est pour lui. » Pace, comme il l'écrivait de Mayence le même jour à son souverain, craignait fort d'être victime, lui et sa suite, de la fureur populaire sans qu'aucun des électeurs pût le défendre, si Henri VIII l'emportait. Le margrave Joachim, le plus obstiné des partisans de la France, courut risque de la vie à Francfort1. « On aurait haché les électeurs en morceaux », racontait plus tard Pace aux ambassadeurs vénitiens, « si le roi de France eût été élu *. »

Lorsque ce dernier vit toute espérance lui échapper, il ne songea plus qu'aux intérêts du margrave Joachim. « S'il n'est point élu de lui-même », écrit Robert Pace, « il veut du moins pouvoir dire qu'il a fait un empereur. » Joachim, de son côté, mettait tout en œuvre pour assurer sa propre élection 3. Il croyait avoir lu dans les astres que la couronne royale et la plus haute dignité de la chrétienté étaient réservées au chef de la maison de Rrandebourg *. Mais tous ses efforts furent impuissants. Tandis qu'il posait sa candidature à Franc-

1 • Il populo di Frankforda, l'banno voluto tagliar a pezi. • Rapport de Sanuto, 29 juillet. Droysen, 2b, p. 461.

1 Roesler, p. 124. — Ulmann. p. 156. Les vastes plans se rattachant à l'élévation de François Ier furent révélés par une lettre saisie sur un comte du Rhin, et adressée par le Roi à ses agents français d'Allemagne. Voici en quoi ils consistaient : d'abord, obtenir le plus d'argent possible du prince électeur de Brandebourg et du duc de Wurtemberg, qu'il pensait à rétablir dans son pays; puis s'assujettir toute l'Italie et agir ensuite comme bon lui semblerait avec le reste de la chrétienté. Voy. Pauli, p. 434, note 3. Le courrier sur qui cette lettre fut saisie n'était autre, comme le pense avec raison Pauli, que le seigneur de Maltzan, chargé des lettres adressées au prince électeur Joachim de Brandebourg.

* • The marquis of Brandenburge doith continually labore for to obteigne the imperial dignitie, and the Frenche king wull promote hym therunto as muche as schallye in hys power to thintent, that he maye saye, that he hath made an emperor, thoghe he couitli not obteigne hymselfe. ■ Pauli, p. 430, note 3. — Voy. Höfler, p. 53. — Roesler, p. 133.

* Voy. Droysen, 2 b. 48.

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