RÉSUMÉ
quinzième siècle, sous l'influence du droit germanique chrétien, avait presque entièrement disparu, et meuace maintenant d'être remis en honneur par une loi païenne, empruntée à un État fondé sur l'esclavage. Mais aux justes résistances du peuple viennent aussi se mêler des tendances socialistes, et même communistes. On voit paraître sur le sol allemand de nouveaux et d'ardents apôtres qui prêchent le retour à l'étal naturel dans les rapports sociaux et privés. Les cultivateurs ruraux font cause commune avec les artisans des villes, el trouvent des auxiliaires et des protecteurs parmi les membres, devenus si nombreux, du prolétariat de la noblesse1.
La confusion malheureuse survenue dans les questions juridiques; les nouvelles théories de droit que propagent les légistes romains; le mécontentement profond que cause à la nation l'état des affaires publiques; les changements opérés dans l'économie, fatalement modifiée par la nouvelle législation, telles sont les principales causes du mouvement socialiste qui se produit.
L'état florissant de la culture des champs, des bois, des vignes; l'essor extraordinaire de l'industrie; les grandes richesses minières du sol; un commerce prospère, dominant celui de presque toutes les nations chrétiennes, tout avait contribué à faire de l'Allemagne le pays le plus riche de l'Europe. Les journaliers cultivateurs et industriels des villes et des campagnes sont pour la plupart, au commencement du seizième siècle, dans une excellente situation matérielle. Mais, peu à peu, l'équilibre et l'action mutuelle des principaux groupes de travail s'ébranlent. Le commerce étouffe le travail productif de valeur. Les enchérissemenls, les accaparements, se produisent de toutes parts malgré les mesures prises par le gouvernement, et donnent lieu, sur une large échelle, à l'exploitation de la classe laborieuse par le capital. Des plaintes sur les monopolistes, sur les accapareurs, sur les grands entrepreneurs et capitalistes, sur « renchérissement de l'argent », la hausse de prix des denrées de nécessité première, la falsification des produits alimentaires, en un mot sur la tyrannie exercée par ceux qui possèdent sur ceux qui ne possèdent pas, se font entendre de tous côtés. Ces abus produisent un effet d'autant plus désastreux, que les riches étalent sous les yeux des malheureux un luxe effréné « dépassant toute retenue », et que les nombreux raffinements de leur vie voluptueuse et molle font amèrement mesurer aux misérables l'abime qui sépare la classe déshéritée de ceux qui surabondent. D'autre part, les ouvriers, les cultivateurs, subissent l'influence mauvaise du luxe qui régne autour d'eux*.
1 Voy. notre second volume.
2 Voy. notre second volume.
La prospérité matérielle avait engendré le luxe et la volupté : le luxe et la volupté, à leur tour, développent une soif toujours plus ardente d'acquérir des bénéfices toujours plus beaux, et alimentent dans toutes les conditions la passion de posséder, de jouir. Aussi voit-on s'affirmer de tous côtés, plus qu'à aucune autre époque précédente, ce que Geiler de Kaisersberg appelle « un contraste saisissant entre le dévouement volontaire et l'âpre cupidité ; entre le détachement pour l'amour de Dieu et la passion effrénée du luxe et du plaisir ». D'autre part, l'âme est émue au spectacle des innombrables œuvres de miséricorde que fait éclore de toute part la doctrine de l'Église sur le mérite des bonnes œuvres. Des institutions charitables s'appliquent au soulagement de toutes les misères humaines imaginables. Dans les hôpitaux, les établissements de providence, les'orphelinats, les hôtelleries pour les voyageurs et les pèlerins pauvres, aussi bien que dans les généreux efforts tentés pour le progrès de l'instruction populaire, des sciences et des arts, nous voyons à l'œuvre la charité la plus active, la plus admirable. « Au temps du papisme », dit Luther, « tout le monde était miséricordieux et débonnaire; on donnait joyeusement, des deux mains, et avec une grande dévotion. Les aumônes, les fondations, les legs, pleuvaient. » « Nos parents et ancêtres, seigneurs et rois, princes ou particuliers, donnaient largement, avec bonté et surabondamment, aux églises, cures, écoles, abbayes, hôpitaux '. » Les donations pour les bonnes œuvres étaient si nombreuses et si larges, qu'on n'avait alors besoin pour les pauvres, ni de subventions de l'État, ni de secours empruntés aux caisses communales, ni de taxes annuelles, ni de collectes faites à domicile. Dans les villes et dans les campagnes, on n'avait point de budget courant attribué soit aux écoles, soit aux indigents, et notre temps bénéficie encore d'un grand nombre d'établissements fondés à cette époque. Les ordres religieux, les associations pieuses, comme celles des Alexiens, des religieux du Saint-Esprit, des Frères de Saint-Antoine, des Frères de la pauvreté volontaire, des Sœurs de Sainte-Elisabeth, des Béguines, font preuve, sans ostentation et sans bruit, d'une charité admirablement attentive aux besoins des malheureux et des malades. Souvent les aumônes distribuées aux portes des monastères sont d'une prodigalité inouïe2. La doctrine d'économie
1 Voy. notre second vol.
ä Sur l'esprit de rharité qui dominait à la fin du moyen âge et sur le sens profond des nombreuses fondations pieuses de cette époque, l'historien protestant Kricjjk s'exprime avec savoir et intelligence. Bürgcrthum, p. 75-196 et Gesch. Frankfurt», p. 161-181. — Voy. aussi Feciitel, Basels Anstalten zur Unterstützung der Arnim und Krankenpflege des Mittelalters, dans les Beiträgen zur vaterländischen Geschieht,:, p. 331-404, vol. IV. (Bale, 1850.) — Voy. Huhlhorn, Vorstudien zu einer Geschichte der lAcbcsthäligkeil im Mittelalter, dans le Zeitschrift für Kirchengesch., t. IV,