‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 287 sur 630 · ABUS ET SCANDALES ECCLESIASTIQUES · texte numérisé non relu

ABUS ET SCANDALES ECCLESIASTIQUES

Mais les « contrastes frappants entre le dévouement volonlaire et l'âpre cupidité, entre le renoncement pour l'amour de Dieu et la passion de jouir », se manifestent dans le clergé régulier et séculier aussi bien que dans les autres classes de la société. Là aussi nous constatons, à côté d'une admirable ardeur de dévouement, d'un noble désir de se sacrifier à de grandes causes, à côlé d'un amour de Dieu et des hommes s'élevant parfois jusqu'au plus généreux enthousiasme, les manifestations effrayantes d'un égoïsme et d'une cupidité sans frein. Beaucoup de prêtres négligent complètement la prédication et le soin des âmes. La passion d'amasser des richesses, vice le plus saillant, le plus profondément enraciné de cette époque, se montre et se révèle dans l'ardeur que met le clergé de tout rang, de tout ordre, à accroître ses rentes, ses revenus, les taxes, les casuels. L'Église d'Allemagne était alors la plus riche de la chrétienté1. On a calculé qu'elle possédait presque le tiers de la propriété foncière; aussi les efforts des grands dignitaires ecclésiastiques pour accroître toujours davantage leurs propriétés ne sont-ils que plus condamnables. La plus grande partie du territoire communal appartenait, dans un grand nombre de villes, aux communautés religieuses.

lion : « Personne ne peut se faire curé ou prédicateur sans avoir été maître, docteur, ou au moins étudiant dans une université. — Voy. notre second vol. Sur la réforme de l'Ordre des Bénédictins, voy. Eveld, Die Anfänge der Bursfelder Benedictinercongregation (Münster, 1865). Énumérant les titres des religieux à la reconnaissance de la postérité, l'auteur fait valoir l'impulsion donnée par eux aux études historiques , et principalement aux recherches et aux travaux d'histoire locale. Un des réformateurs les plus zélés des Ordres religieux à cette époque, c'est Jean Busch, dont l'autobiographie (Leibnitz, Scriptt. lier. Brunsw., t. II, p. 476-506 et 806-970) fait partie des plus importants documents pour servir à l'étude de la vie ecclésiastique à cette époque. Grube a parlé avec détail de son activité en Allemagne. Pendant cinquante ans, il visita, pour les réformer, les monastères de Saxe, de Misnie, de Thuringe, de Westphulie, etc., et cela parmi des privations et des difficultés de tout genre, parfois même au péril de sa vie. Il pouvait dire à bon droit à la fin de son ouvrage, en parlant des nombreux cloitres qu'il avait ramenés à l'observance (1475), • quae in regulari observantia pêne omnia usque in praesens persévérant ». (P. 964.) Le tableau qu'il trace des travaux des Frères de la pauvreté volontaire (p. 857- 859) est vraiment émouvant. Voy. Grube, p. 243-247. Busch répète fréquemment, comme un cri de triomphe, les paroles du Psalmisle qui ouvrent et terminent, son ouvrage : • iviisericordias Domini in aeternum cantabo. » Le moine franciscain Jean Brugmann (de Kempen, Bas-Rhin) fut l'un de ses plus dignes émules. H était intimement lié avec le réformateur et théologien alors célèbre dans toute l'Europe, Dyonisius lïickel (cartésien). Brugmann était, ainsi que le Franciscain Dederich Cœlde, un des plus énergiques prédicateurs populaires de son temps, et prêcha sans relâche durant vingt ans, dans les provinces de la basse Allemagne(f 1473). Voy. sur lui Theolog. Studien und Kritiken, p. 165-174. Année 1860. — Sur l'infatigable zèle apporté par Geiler de Kaisersberg à la réforme des abus et des scandales religieux de son temps, voy. Dacueux, p. 58-74, 98-220. — Lindemann, p. 26, 119.

1 Voy. DÖLLINGEH, Malerialen zur Geschichte des fünfzehnten und sechzehnten, Jahrhunderts, t. Il, IX, p. 1-296.

Même parmi les membres du clergé alors si nombreux, surtout dans les villes épiscopales, les contrastes les plus heurtés se produisent. Le bas clergé, chargé du ministère des âmes, n'a aucun appointement fixe en dehors du casuel et de dimes souvent fort incertaines J. La pauvreté, le désir d'acquérir, le poussent fréquemment à des expédients peu en rapport avec la sainteté de sa vocation, et l'exposent au mépris populaire. Le haut clergé, au contraire, nage daus l'abondance et le luxe, et trop souvent ne se fait aucun scrupule d'étaler son faste au dehors, révoltant ainsi les déshérités, excitant dans les hautes classes la soif des richesses, blessant, scandalisant tous les esprits sérieux. « Nous voyons s'avancer vers nous », dit Jean Butzbach en déplorant ces abus, « nos prélats bouffis d'orgueil. Ils sont habillés du drap anglais le plus fin. Ils portent une barrette sur la tête. Leur main, chargée de bagues de prix, est fièrement posée sur la hanche. Ils se pavanent orgueilleusement sur des chevaux de prix, et sont suivis d'une domesticité nombreuse, portant des livrées éclatantes. Ils bâtissent de splendides demeures, où l'on admire des salles hautes, magnifiquement peintes; là, parmi de fastueux festins, ils se livrent à l'orgie. Les biens des pieux donateurs sont dissipés dans les bains, dans les festins; on fait état de chevaux rares, de chiens, de faucons dressés pour la chasse. Si le soin des âmes est abandonné », dit-il encore, « le haut clergé en est en grande partie responsable. Les prélats mettent à la tête des paroisses des pasteurs peu dignes; quant à eux, ils ne se soucient que de récolter les dimes. La plupart ne pensent qu'à accumuler des bénéfices, sans se mettre aucunement en peine des devoirs que ces bénéfices imposent. Les revenus ecclésiastiques sont employés à payer leurs nombreux serviteurs et pages, leurs chevaux, chiens et faucons. Ils cherchent à se surpasser les uns les autres par leur faste* et leurs plaisirs voluptueux. » L'abus si contraire aux

1 Voy. Brant, Narrenschiff, § 73.

s Buztbach, Satirae elegiacae et Elegia humanas planjens miserias. Manuscrit de la Bibliothèque de Cologne. Sur les habits mondains du clergé, voy. la remarquable décision du synode de Bamberg, 1491. Hartzheim, t. V, p. 604. Voy. aussi les prescriptions des synodes de Schwerin et de Bâle (1492, 1503). On voit par un passage de Nauclerus {Chron., p. 959) que les abus, du moins dans le bas clergé, étaient bien loin d'être suivis par tous les clercs. • Clerus omnis habitue incessu honestus et satis disciplinatus. • Voy. Joachim, p. 62. Les princesévêques avaient généralement une tenue peu appropriée à leur état. L'admirable évêque d'Augsbourg, Frédéric de Hohenzollern , fut regardé comme une curiosité 5 la diète de Nuremberg (1487), parce qu'il portait des vêtements d'évêque. On l'accusa d'être un Welche, n'aspirant qu'au chapeau de cardinal. ■ omnes archiepiscopi et episcopi incedurif, » écrivait Frédéric le 23 mai 1487 à son maître Geiler de Kaisersherg, « quod vix fistulatores et ipsi inter se discerni possint. » Voy. Dacheux, Geiler de Kaisersberg, p. 384-387. — Voy. le travail digne d'attention de Steicuele, sur le Tagebuch über die drei ersten

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