‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 343 sur 630 · ÉRASME ET L'INTERPRETATION DE L'ECRITURE · texte numérisé non relu

ÉRASME ET L'INTERPRETATION DE L'ECRITURE

Live, si tu n'as égard à l'allégorie? On peut même dire que dans Tite- Live on trouve beaucoup de choses capables d'améliorer les mœurs, au lieu que dans la Bible, grand nombre de pages peuvent scandaliser, comme par exemple celles où sont racontés les ruses de David, l'adultère acheté par un assassinat, l'amour coupable de Samson \ etc. Presque tous les livres de l'Ancien Testament offrent souvent des pages choquantes, soit par l'apparente absurdité de l'histoire qu'ils rapportent, soit par l'obscurité de l'énigme qu'ils proposent. Le Nouveau Testament, lui aussi, est incompréhensible en plus d'un passage. Lorsque Jésus, par exemple, prédit la ruine de Jérusalem, la fin du monde et les persécutions qui attendent les Apôtres, il confond et mélange tellement ses discours, qu'il semble avoir voulu rester obscur, non-seulement pour les Apôtres, mais pour nous. Beaucoup d'autres textes sont, à mon sens, inexplicables, par exemple celui sur le péché irrémissible contre le Saint-Esprit. » D'autres se laissent expliquer allégoriquement; ainsi le feu dont il est parlé dans la sainte Écriture n'est autre chose que « la colère et le châtiment de Dieu ». Cette flamme qui torture le riche de l'Évangile, « c'est l'indignation du Seigneur; il n'existe pas d'autres châtiments dans l'enfer, en dépit de toutes les imaginations des poètes, et les tourments éternels ne sont autre chose que cette torture d'âme qui accompagne constamment les coupables2 ». « Érasme, a la hardiesse », dit fort justement le docteur Jean Eck dans ses Commentaires sur le Nouveau Testament, « de corriger l'Espril-Saint, le Maître même des Apôtres. » « Tu prétends », écrivait-il à Érasme, « que les évangélistes se sont trompés. Aucun chrétien n'admettra jamais une pareille hypothèse! Loin de nous de supposer seulement la possibilité d'une semblable erreur! Comment les disciples du Saint-Esprit et de Jésus, notre Bédempteur, comment les colonnes de notre foi, les hommes qui n'ont pas été enseignés par la sagesse humaine, auraient-ils pu se tromper? Si tu compromets, à propos des Évangiles, le respect dû à la sainte Écriture, quelle autre partie de la Bible sera désormais à l'abri du doute3? »

Oue les auteurs des saints Livres aient été en général « inspirés par le Saint-Esprit », et qu'ils aient suivi cette divine impulsion,

1 Voy. cette opinion d'Érasme et d'autres analogues dans Hagen, Deutschlands

liierarische Verhältnisse, t. I, p. 307-318. Voy. aussi DrummOND, t. I, p. 293.

' Nec alia est flamma in qua cruciatur dives ille commessator evangelicus; nec alia supplicia' inferoruin... quam perpétua mentis anxietas, quae peccandi consuetudinem comitatur. ■ Voy. Stichart, p. 2f2-24f, 266-267.

:; • Audi, mi Erasme, arbitrarisiie Christianum patienter laturum Evangelistas in Evangeliis Lapsos? Si liic vacillât sacra' Scripturae auctoritas, qusR pars alia sine suspicione erroris erit? » Lettre du 2 février 1518, in Erasmi Op., III, p. 296-297, ep. 303.

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