‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 354 sur 630 · INFLUENCE NÉOLOGIQUE DE MUÏIAN SUR LES HUMANISTES D'ERFURT · texte numérisé non relu

INFLUENCE NÉOLOGIQUE DE MUÏIAN SUR LES HUMANISTES D'ERFURT

le veux, tu peux en faire l'objet de tes recherches. » « Celui des commandements de Dieu qui renferme le plus de lumière pour les âmes a deux articles fondamentaux : Aime Dieu, et Aime ton prochain comme toi-même. Voilà le dogme qui nous rend dignes de parvenir au salut. C'est la loi naturelle ; elle n'a pas été taillée dans la pierre comme celle de Moïse, ni gravée sur l'airain comme la loi romaine, ni écrite sur du parchemin ou du papier ', mais elle a été répandue dans nos cœurs par le Maître suprême. Celui qui goûte de cette Cène mémorable et salutaire dans un esprit de ferveur fait quelque chose de divin, car le véritable corps du Christ, c'est la paix et la concorde. » Dans une autre lettre, parlant de la fête de Pâques qui s'approche, il écrit : « Notre Rédempteur, c'est l'agneau et le pasteur. Mais que faut-il entendre par le Rédempteur? La justice, la paix, l'allégresse! Voilà le Christ qui est descendu du ciel! Le royaume de Dieu n'est pas nourriture et breuvage. » « Le véritable Christ est esprit et intelligence; il ne saurait être vu de nos yeux, ni touché de nos mains5. » Quant à la Bible, Mulian pensait que les auteurs de la sainte Histoire avaient à dessein enveloppé toutes sortes de mystères dans des paraboles et des énigmes. Selon lui, les évangélistes n'avaient parlé qu'allégoriquement, comme Apulée et Ésope. L'opinion des mahométans qui soutiennent qu'un homme ressemblant à Jésus-Christ, mais non Jésus-Christ lui-même, a été mis en croix, renfermait à ses yeux une profonde sagesse. La notion même de la divinité est confuse dans l'esprit de Mutian. « Il n'y a qu'un Dieu », explique-t-il à un de ses amis; « il n'y a qu'une déesse, mais il y a beaucoup d'êtres divins, beaucoup de dénominations. 11 y a par exemple Jupiter, ou le soleil, Apollon, Moïse, Jésus, Luna, Cérès, Proserpine, Tellus, Marie. Cependant garde-loi bien de répandre ces choses; nous devons les envelopper dans le silence, comme l'étaient jadis les mystères d'Eleusis. Pour les questions religieuses, il faut toujours se servir du voile de l'allégoricetdusecoursdes énigmes. Toi, par la grâce de Jupiter, c'està-dire du meilleur et du plus grand des dieux, tu méprises les dieux secondaires avec un calme dédain. Quand je dis Jupiter, j'entends le Christ et le vrai Dieu. Mais assez parlé de ces choses sublimes3! »

1 Comme les lois de l'Église?

9 Voy.ce passage et d'autres dans Krause, Briefwechsel, 13, 32, 35, 53, 93, 111, 466. — Voy. Hagen, Deutschlands literarische Verhältnisse, t. I, p. 323-431 ; STRAUSS, t. I, p. 46-48. — Contre Kampschulte (t. I, p. 86), qui cherche à attribuer les expressions antichrétiennes de Mltian a son animosité contre ses collègues les chanoines, qui l'avaient attaqué sur ses opinions irréligieuses, voy. Vorreiter, p. 118.

3 « Est unus deus et una dea. Sed sunt multa uti numina ita et nomina : .lupiter, Sol, Apollo, Moses, Christus, Luna, Ceres, Proserpina, Tellus, Maria. Sed hsec cave enunties. Sunt enim oecultanda silentio tanquam Eleusinarum dearum mysteria. L'tendum est fabulisatque enigmatumintegumentis in re sacra.

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