INFLUENCE NÉOLOGIQUE DE MUTIAN SUR L^S HUMANISTES D'ERFURT
« 11 ne faut pas vulgariser les mystères », dit-il ailleurs; « il faut les tenir cachés ou bien les expliquer par des fables et des allégories, afin de ne pas jeter de perles aux pourceaux. Voilà pourquoi Jésus-Christ n'a rien laissé par écrit, et pourquoi les évangélisles se sont servis de beaucoup de paraboles pour revêtir la vérité. Théodote, l'écrivain tragique, perdit les yeux pour avoir voulu transporter dans une fable une partie des mystères judaïques. »
Des opinions de ce genre expliquent amplement pourquoi Mutian, au grand scandale des chanoines ses confrères, s'abstenait de dire la messe et de recevoir la communion '; pour quels motifs il regardait comme perdues les heures passées au chœur, rejetait la confession auriculaire 2, appelait les moines mendiants des monstres encapuchonnés, et les mets usités pour le jeûne des aliments de fous. « Il n'y a que des imbéciles », écrit-il, « qui puissent placer leur salut dans le jeûne. Je suis paresseux et stupide, et c'est la nourriture des imbéciles qui en est cause, pour ne rien dire de plus dur. Ce sont des ânes, de véritables ânes, ceux qui se refusent le diner qui leur est nécessaire pour se nourrir de choux et de morue. Les prêtres ne se contentent pas d'affliger le corps par le jeûne : ils torturent encore l'âme, et reprochent aux hommes les iniquités dont eux-mêmes se rendent coupables. Tandis que dans le poème d'Homère l'âne se régale à cœur joie dans les hautes herbes, sans se laisser détourner de son festin par les coups de son gardien, l'homme est troublé pour quelques paroles de menace. » « J'avais coutume de rire de bon cœur », écrit-il à l'humaniste Eberbach, « lorsque Benedict me racontait les lamentations de ta mère, se désolant de te voir peu fréquenter les églises, refuser de jeûner, et manger des œufs, contrairement àlacoutumegénéralement établie. Voici comment j'excusais alors ces fautes inouïes, ces crimes épouvantables: Petrejus, disais-je, agit sagement et prudemment. Il ne va pas à l'église, parce que les temples peuvent s'écrouler, que les tableaux peuvent tomber sur sa
Tu Jove, hoc est optimo maximo deo propitio, contemne tacitus deos minutos. Quuin Jovem nomino, Christum intellige et verum Deum. Satis de his nimium assurgentibus ». Tiré du Codex mamisaipius des lettres de Mutian, Bibliothèque de Francfort, fol. 90 ib., et maintenant reproduit dans Krause, Briefwechsel} 28. — Voy. Strauss, t. II, p. 47.
1 Ce ne fut qu'après avoir joui pendant plus de dix ans des revenus de son canouicat qu'il se décida enfin à dire sa première messe. — Krause, XXIV, 408. —
...auriculariam confessionem iinprobo », etc. Tentzel, p. 178. Krause, p. 130.
s Dans Krause, p. 295. Voy. XXV. Écrivant à son ami Henri Urbanus, religieux Cistercien et humaniste distingué dont le couvent était à Georgenthal, près de Gotha, il dit en se plaignant des chanoines ses confrères : " Dii pecus scabiosum in tartara detrudanl.» Les chanoines lui reprochentde ne pas dire la messe ; il parle de ce qui fait l'objet de leur reproche : « Ihvc simplicia verba sunt, sed pesliferi domines venenum suum eo modo evomiunt et nos Walen esse garriunt. » Recueil de Francfort, fol. 15f. Krause, 275.