‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 376 sur 630 · LES Ê PITRES DES HOMMES OBSCURS · texte numérisé non relu

LES Ê PITRES DES HOMMES OBSCURS

ce pamphlet, dont la première partie parut en 1515 et 1516 et la seconde en 1517, porterait un coup définitif aux « barbares ».

Presque toutes les Epîtres des hommes obscurs se rapportent à la querelle de Reuchlin. Mais leur véritable but n'est pas d'accabler de sarcasmes les adversaires de Hochstratten, c'est d'ouvrir la campagne contre l'autorité de l'Église. Les théologiens de Cologne ne sont pas l'objet principal de l'attaque; comme Juste Menius le remarquait plus tard avec raison, il s'agissait avant tout de monter à l'assaut de la papauté '.

Érasme ne prit aucune part à la composition des Epîtres; peutêtre même en désapprouvait-il le ton. Cependant c'est à bon droit que le prince de Carpi lui reprochait d'avoir, par YÉloge de la folie, « ce libelle venimeux contre la méthode scolastique, les maîtres du moyen âge et les institutions ecclésiastiques » , fourni à leurs auteurs des armes de toute nature, de sorte qu'on pouvait regarder Érasme comme le vrai père intellectuel de ces pamphlets, dont l'action fut immense 2.

En effet, le fond, la substance des Êpîtres, c'est toujours et encore YEloge de la folie, transposé en plus âpre, en plus grossier langage, et rempli d'attaques plus directes. Ce qui y blesse le plus le goût du lecteur, ce sont les plaisanteries dont la sainte Écriture est le thème. Érasme avait abusé de la Bible; il en avait burlesquement interprété certains textes; mais, allantau delà, les Epîtres des hommes obscurs mettent sur les lèvres des moines dégradés qu'elles nous présentent des sentences bibliques qui sont censées devoir excuser des actes honteux. Érasme, tout dépourvu qu'il fût de véritable sens moral, s'était donné pour un rhétoricien moraliste; il avait livré au mépris public toute la « moinerie », mais jamais il n'avait nommé personne3;

niste Ortwinus Gratius, auquel les moines sont censés écrire, voy. notre premier volume, p. 81-82, et surtout le livre de Reichling, Ortwin Gratius, Heiligenstadt, 1884. Le Fasciculus rerum expectandarum ac fugiendarum lui est faussement attribué. Voy. sur ce point le travail de G. Cremans, dans les Annalen des histor. Vereins für den Niederrhein, rahier23,p. 192-224. — Les Epist. obscur, virorum sont la contre-partie des Clarorum virorum epislolœ missœ ad Reuchlinum. C'est donc à tort qu'en Allemagne on désigne ces épîtres sous le nom de Briefe der Dunkelmänner, dans le sens d'hommes ignorants ou ténébreux. — Vov.Bôcking, Suppl., t. II, p. 517. — Voy. la critique des Epîtres dans Strauss; c'est un chef-d'œuvre en son genre. — Voy. aussi Paulsi.n, p. 49-53.

1 Voy. Kampschllte, t. I, p. 201, note 1. C'est Juste Menius et non Juste Jonas qui est l'auteur de cette lettre. — Voy. Geiger, Reuchlin, p. 344. Que Mutian, Crotus P.ubianus et Ilutten aient tenu Léon X en honneur, qu'ils aient sollicité sa protection, cela ne contredit en rien le fait de leurs attaques contre la papauté. C'est l'institution, non l'homme, qu'ils combattaient.

s Lucubrationes, p . 51.

3 II était surtout mécontent des personnalités que renfermaient ces lettres. ■ Lusi (!) equidem in Moria, sed incruente nullius famam nominatim perstrjnxi - , écrivait-il le 16 août 1517 à l'humaniste Caesarius. 11 écrit de même à

Page 1