‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 394 sur 630 · PARTISANS DE LUTHER DANS L'ALLEMAGNE DU SUD · texte numérisé non relu

PARTISANS DE LUTHER DANS L'ALLEMAGNE DU SUD

foule simple et ignorante, continuât à se laisser abuser par des farces indignes et niaises. « Sous la conduite du Christ, il fallait anéantir l'armée ennemie. » Euricius Cordus, célébrant Luther, découvre en lui un héros plus vaillant qu'Achille; Juste Jonas ne voit dans le monde entier que vice et corruption, et engage tous les hommes éclairés à rompre ouvertement avec le passé1. Mais Crotus Rubianus va plus loin encore; autrefois, à Erfurt, il avait été l'intime ami de Luther. Bien qu'en sa qualité d'humaniste il eût chanté trèspeu de temps auparavant les louanges de l'Italien Pierre Pomponace, qui doutait de l'immortalité de l'âme; bien qu'il eût salué en lui un allié précieux dans la guerre d'extermination qu'il avait juré aux « sophistes » et aux moines3, il ne tarde pas à reconnaître de quelle importance les querelles suscitées par Luther peuvent être pour son parti; aussitôt, son esprit devient « biblique », et il choisit pour nouvelle devise le « glaive de la sainte Écriture ». Le 16 octobre 1519, il presse Luther, « son savant, son saint ami », « l'élu du Seigneur », de ne rien craindre dans la lutte qu'il a entreprise contre Rome, « ce foyer de corruption dont la pensée seule excite le dégoût ». L'éclair qui autrefois avait renversé Luther à Erfurt était un signe donné par Dieu même, et nous révélant que, nouveau saint Paul, Luther avait reçu du ciel une mission divine. Aussi l'exhortait-il à continuer l'œuvre commencée, l'assurant que l'Allemagne recevrait de lui avec enthousiasme la parole de Dieu3.

Luther, dès ses premières négations, avait trouvé parmi les humanistes, les juristes et les patriciens de Nuremberg, des partisans tout aussi exaltés. Christophe Scheurl, Jérôme Ebner, Jean Holzschuher, Lazare Spengler, d'autres encore, se surpassaient mutuellement dans leurs témoignages d'admiration*. « Luther est devenu l'homme le plus célèbre de l'Allemagne ■-, écrivait Christophe Scheurl en 1518; « il est dans toutes les bouches; ses amis le célèbrent, l'adorent, combattent pour lui, sont prêts à tout endurer pour lui ; ils baisent ses moindres écrits, et le nomment le héraut de la vérité, le clairon de l'Evangile, le prédicateur de Jésus-Christ; saint Paul, à les entendre, parle par sa bouche s. » Albert Dürer, lui non plus, ne trouve pas de termes assez louangeurs pour célébrer Luther, « ce docteur éclairé

1 Kampschllte, t. II, p. 31-35. — Sur les - poètes d'Krfiirt et leurs rapports avec Érasme et Luther, voy. Khalse, b'obanus Hessus, t. I, p. 259-329.

* Voy. sa lettre dans RampschoLte, t. II, p. 44-45.

3 Voy. BocKiNG, Hutteni Op. I, p. 309-312. ■ C'est une des lettres les plus remarquables que Luther ait reçues », fait observer avec raison Kampschulte, t. II, p. 51.

* Voy. ROTH, Reformation in Xürnberg, p. i0.

5 Voy. les lettres d'octobre à décembre 1518 dans Schcuds Briefbuch, t. II, p. 53-(>5. Voy. aussi, p. 83, la lettre de Scheurl à Eck (19 février 1519 sur l'enthousiasme du clergé pour Luther, dont il approuve sans restriction les principes.

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