‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 397 sur 630 · ALLIANCE DE LUTHER ET DE HÜTTEN · texte numérisé non relu

ALLIANCE DE LUTHER ET DE HÜTTEN

cela était digne d'un homme comme toi! Tu blâmes l'attitude de Luther, tu désapprouves son entreprise, tu voudrais voir son parti vaincu; mais songes-y bien, tu as en moi un violent adversaire, non-seulement si tu t'en prends à lui, mais si tu te soumets au pontife romain '. »

Depuis quelque temps, Hütten était devenu l'intime ami de Luther.

En 1519, les liens qui l'attachaient encore à l'archevêque de Mayence, les revenus qu'il tenait du prélat, l'empêchaient de se rapprocher ouvertement de Luther*. Aussi, en janvier et février 1520, c'est par l'entremise de Mélanchthon qu'il s'adresse à lui : « Sickingen me charge », écrit-il à Mélanchton (Mayence, 20 février), « de faire savoir à Luther que dans le cas où il aurait à redouter quelque péril à cause de ses opinions et ne trouverait point de meilleur appui d'un autre côté, il peut s'adresser à lui en toute confiance, et serait sur de rencontrer en lui la meilleure volonté de le servir. Crois-moi, je ne sais si ailleurs il pourrait s'assurer un auxiliaire plus sur. Luther est aimé de Sickingen3. » De Steckelberg (28 février), il fait des ouvertures encore plus claires : « Ce que je t'ai chargé de communiquer à Luther de la part de Sickingen, dis-le-lui promptement; mais, je te prie, dis-le-lui à l'oreille; je ne désire pas que quelqu'un sache la part que j'ai dans cette affaire. Si les difficultés s'amassent autour de Luther, il n'a pas besoin de chercher bien loin des auxiliaires; ayant Franz pour lui, il peut, en pleine sécurité, braver tous ses ennemis. Je fais avec Sickingen des plans importants et grandioses; si tu étais ici, je te les communiquerais de vive voix. J'espère que les barbares feront une mauvaise fin, ainsi que tous ceux qui rêvent de voir s'appesantir sur nous le joug romain. Mes dialogues, la Triade romaine et les Spectateurs sont sous presse. Ils s'expriment avec une étrange liberté sur le Pape et sur les sangsues de l'Allemagne*. »

Nous lisons dans le premier de ses dialogues : « Contre le poison qui sort tout fumant du cœur du Pape, il n'est point d'antidote; le Pape peut abriter sous sa protection toutes sortes de ruses, de tours de passe-passe ; les habiles manœuvres, les complots renaissent sans cesse autour de lui. Le Pape est un bandit, et l'armée de ce bandit s'appelle l'Église. » « Oue lardons-nous encore? L'Allemagne n'a-t-elle

1 Lettre du 22 février 1521. Böcking, Hutteni Op., Suppl., t. II, p. 803-804. — Reuchlin's Briefwechsel, p. 327-320. — On voit que la statue de Reuchlin a été malencontreusement placée sur le monument commémoratif de Luther, à Worms.

' Voy. sa lettre à Eoban Hessus, 26 octobre 1519, dans Böcking, t. I, p. 313

3 • Crede mihi, vix aliunde certior salus erit. » Böcking, t. I, p. 320.

* Bocking, t. I, p. 324.

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